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mercredi 17 juillet 2013

14 Juin 1941 : Litene, le Katyn letton


Dans mon post d’hier, je vous évoquais un mini-Oradour-sur-Glane qui s’est produit à Ablinga, en Lituanie, le 23 Juin 1941 du fait des troupes allemandes. Aujourd’hui, je voudrais parler d’un épisode peu connu, le mini-Katyn (mais à l’échelle de la Lettonie) qu’ont subi les Officiers lettons à partir du 14 Juin 1941 au camp de Litene et en Sibérie, du fait donc des troupes soviétiques.   

Dans la nuit du 16 au 17 Juin 1940, après des incidents de frontière organisé par les Russes et l’ultimatum qui avait suivi, 200 000 soldats soviétiques avaient pénétré sur le territoire letton. Après des « élections » où seul le parti communiste est autorisé à présenter des candidats, le demande d’adhésion (sic) de la Lettonie au sein de l’Union soviétique est acceptée le 5 Août 1940 par le soviet suprême d’URSS. Commence alors « l’année des horreurs » (Baigais Gads). La soviétisation de la Lettonie est mise en route et les purges et déportation commencent dès Juillet 1940.

Dans ce cadre, peu de temps après le début de l’occupation soviétique, commença la „démocratisation” (sic) des forces armées lettones. Des purges la réduisent d’abord de moitié. Puis toute l’Armée lettone du peuple est intégrée dans l’Armée rouge en tant que 24e Corps territorial, fort de 8 000 hommes organisés en deux Divisions, sous le commandement de la région Militaire Baltique (PRIBOVO). Dans le même temps, l’armée lituanienne devient le 29e Corps et l’armée estonienne le 22e Corps.

(On rappellera que la Convention de La Haye de 1907 interdit la mobilisation des habitants de territoire occupés et leur incorporation dans les forces armées de l’occupant. Les soviétiques tournèrent la difficulté en prétendant que les Etats baltes n’étaient pas occupés et qu'ils avaient rejoint l’URSS de leur plein gré.  Les Allemands, de leur côté, ont fait croire que les Baltes qui rejoignaient leurs troupes étaient des volontaires......)

Régulièrement, des Officiers et des hommes du rang disparaissaient et les Officiers politiques russes, les politruks faisaient régner la terreur dans les unités. En Mai 1941, le Général Klavins, qui commandait jusque là le 24e Corps, fut remplacé par un Officier général russe.

C’est à la même période (printemps 1941) que le 24e Corps reçut l’ordre urgent de s’installer en bivouac au camp de Litene, en Latgale du nord (région de Gulbene). Cet décision attira la méfiance de certains Officiers et hommes de troupe, le camp étant notoirement trop petit pour accueillir le 24e Corps, est d’aucuns désertèrent dans les bois. A partir de l’installation sur le camp, des militaires du rang lettons furent démobilisés, mais remplacés par des Russes. Les 11 et 12 Juin, des Officiers Russes remplacèrent les Chefs de Corps. Ces Officiers (plus de 500, dont le Général Klavins) étaient supposés être envoyés à Moscou pour entraînement, mais, en fait, leur destination fut le camp de travail de Norilsk, en Sibérie, sur la rivière Iénisséi, bien au nord du cercle polaire artique. Seuls 90 en revinrent.

Dans la nuit du 13 Juin, les Officiers restant (environ 120) reçurent l’ordre de se regrouper pour dormir dans un lieu désigné et, le 14 Juin 1941 au matin, on leur fit croire qu’ils allaient être emmenés dans un autre endroit pour instruction. En fait, ils furent emmener en forêt, désarmés et attachés, et abattus par les troupes du NKVD ( Commissariat du peuple aux Affaires intérieures = police politique qui gérait le système répressif soviétique, dont le goulag). L’après-midi, le NKVD appréhenda les Officiers qui restaient à Litene et ceux-ci furent soient assassinés, soit déportés à Norilsk.  

Durant cette année des horreurs (Juin 1940 – Juin 1941), ce sont 4 665 militaires lettons de tous grades (sur une armée de 20 000 hommes) qui eurent à souffrir d’arrestations, de déportations et de meurtres.

Mémorial de Litene



mardi 16 juillet 2013

Ablinga, l’Oradour lituanien


En dépit de la disparition progressive de l’Histoire des programmes scolaires, on sait généralement, tout au moins pour les plus anciens, que, le 10 Juin 1944, un bataillon de la Panzerdivision « Das Reich » en retraite a perpétré à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) un massacre qui a fait 642 victimes parmi la population.

Toutes proportions gardées, il s’est passé la même chose en 1941 à Ablinga, un village lituanien situé 48 km à l’est de Klaipėda (alors Memel en Allemagne).



On rappellera en préambule que, conformément au pacte Molotov – Ribbentrop du 23 Août 1939, l’Union soviétique occupe la Lituanie à partir du 15 Juin 1940 avec 15 Divisions. Mais, le 22 Juin 1941, l’Allemagne se retourne contre son ancien allié (Opération Barbarossa) et la Lituanie est aux premières loges, étant envahie par 40 Divisions allemandes, environ 700 000 soldats. Elle sera conquise en moins d’une semaine.



Ayant souffert des exactions et notamment des déportations soviétiques, les Lituaniens accueillirent dans un premier temps les Allemands en libérateurs. Mais, rapidement, en dépit des déclarations du Commandant-en-chef allemand disant que ses troupes venaient en amis et en libérateurs, les Lituaniens se rendirent compte que la réalité sur le terrain était toute autre. Notamment, en cas d’action hostile contre l’armée allemande, tout officier supérieur était en « droit » d’exercer des représailles contre la population civile. C’est ce qui se passa à Ablinga.

Le 22 Juin 1941 au matin donc, l’Allemagne attaque par surprise la Russie d’un Staline qui n’a rien vu venir. Le village lituanien d’Ablinga est sur l’axe d’attaque du 505e Régiment d’Infanterie de la 291e Division d’Infanterie qui se dirige vers le port de Liepaja en Lettonie. Les soldats de l’Armée rouge (295e Bataillon du Génie) qui étaient stationné dans le village se retirent après un tir d’artillerie et, dès midi, les Allemands entrent dans Ablinga.



C’est le 23 Juin 1941 que des éléments soviétiques restés à proximité d’Ablinga tirent sur un Régiment cycliste allemand, tuant deux soldats. C’est à partir de cet incident que se déclencha une opération punitive allemande.    

Quand les Allemands commencèrent à arrêter les habitants, ceux-ci ne furent pas particulièrement inquiets. Des femmes et des enfants furent d’ailleurs relâchés et des femmes restèrent avec leurs maris, espérant que tout le monde serait relâché rapidement.

Mais, au contraire, les otages furent conduits dans la vallée de Dirsteika et exécutés sur trois sites différents. Au total, ce sont 42 personnes qui furent abattues : 33 résidents d’Ablinga (20 hommes, généralement jeunes, 13 femmes et jeunes filles), 6 hommes de Žvaginiai et 3 personnes (2 hommes, une femme) qui rendaient visite à des proches à Ablinga. Après avoir procédé aux exécutions, le détachement allemand mit le feu au village. Seule une vingtaine d’habitants d’Ablinga survécurent.


C’est en 1972 qu’un mémorial fut construit à Ablinga. Il prit la forme de 30 sculptures en chêne, de 5 à 8 mètres de haut, faites par 25 sculpteurs et forgerons lituaniens, les Dievdirbiai (les sculpteurs de Dieu) la plupart venant de Žemaitija. Ce mémorial fut d’ailleurs le premier ensemble monumental de sculptures populaires et relança l’art traditionnel lituanien de la sculpture sur bois.



Aujourd’hui, Ablinga compte trois habitants (recensement de 2001).   


lundi 15 juillet 2013

15 Juillet 1933 : Darius et Girėnas partent traverser l’Atlantique


Il y a exactement 80 ans aujourd’hui, le 15 Juillet 1933, les pilotes lituaniens Steponas Darius et Stasys Girėnas quittait l’aérodrome Floyd Bennett à New York, à 06H24 heure locale (Eastern Time Zone), pour traverser l’Atlantique à bord de leur avion « Lituanica », un Bellanca CH-300 Pacemaker.

Après avoir traversé l’Atlantique et volé avec succès pendant 6 411 km, l’avion s’est écrasé, pour des raisons qui restent indéterminées, à 636 km de sa destination, Kaunas, le 17 Juillet 1933 à 00H36 (heure de Berlin), près du village de Kuhdamm en Prusse Orientale (aujourd’hui Pszczelnik en Pologne), après 37 heures et 11 minutes de vol.  En distance, ce fut le deuxième plus long vol effectué à l’époque, en durée le quatrième. Ce fut surtout le premier dans l’histoire à transporter du courrier transatlantique.


Le crash fut peut-être dû à des difficultés de moteur, conjugués à des problèmes météo, entraînant un atterrissage d’urgence raté. Mais certains ont évoqué la possibilité que le « Lituanica » ait été abattu, ayant été pris pour un avion espion car il volait à proximité d’un camp de concentration. A noter que toutes les pièces de l'épave de l'avion n'ont pas été rendues. 

Rapatriés par un avion allemand le 19 Juillet 1933, les corps de Darius et Girėnas furent placé en 1936 dans un mausolée du vieux cimetière de Kaunas, mausolée détruit par les soviétiques pendant leur deuxième occupation.  Ils sont aujourd’hui au cimetière militaire de Šančiai, à Kaunas. L’épave du « Lituanica » est, elle, au Musée de la Guerre.



Ce dimanche 14 Juillet, la Présidente Dalia Grybauskaitė a déposé une couronne de fleur à l’endroit où sont morts les pilotes lituaniens, à Pszczelnik. Elle a estimé que « la prouesse des triomphateurs de l’Atlantique a transformé une petite nation en une grande nation, ajoutant : « Je souhaite que cet événement historique inspire à créer une Lituanie qui entreprenne des exploits pour se faire connaître ».  

En Lituanie, Steponas Darius est doublement un héro puisque c’est lui qui y aurait introduit le basket-ball, deuxième religion du pays.







dimanche 14 juillet 2013

13 Juillet 1260 : bataille de Durbė

Carte des croisades baltes

Les Chevaliers Porte-Glaive sont un ordre militaire créé en 1202 à Dünamünde (aujourd’hui Daugavgrīva en Lettonie) par l’évêque Albert von Buxhoeveden afin d’assurer la défense de la colonie germanique qu’il avait créée un an auparavant à Rīga. Et « accessoirement » d’évangéliser les populations païennes locales.  

Les tribus baltes vers 1200

Mais les Porte-Glaive furent pratiquement annihilés à la bataille de Saulė (21 Septembre 1236) par les Samogitiens de Vykintas et les Lituaniens de Mindaugas. Cette défaite entraîna en 1237 l’incorporation de ce qui restait des Porte-Glaive dans les Chevaliers Teutoniques, sous le nom de Chevaliers Livoniens.

La guerre reprit en 1253 entre les Chevaliers Livoniens et les Samogitiens, car la Samogitie jouait un rôle crucial en bloquant l’expansion des terres teutoniques, notamment en empêchant la liaison terrestre entre Prusse et Livonie. Les chevaliers Livoniens furent une nouvelle fois défaits par les Samogitiens à la bataille de Skuodas (1259). Ce succès samogitien encouragea les Sémigaliens, sujets de l’ordre (dans l’actuelle Zemgale lettone) à se rebeller.  

Les armées unies de l’Ordre Teutonique et de l’Ordre Livonien (Burchard von Hornhausen), réunies à Memel (Klaipėda) décidèrent alors de mettre un peu …… d’ordre, obtenant même un bulle pontificale du Pape Alexandre IV. Réunis à Memel (Klaipėda) et apprenant la présence d’une armée samogitienne en Kurzeme, ils décidèrent d’aller à sa rencontre. Le choc eut lieu près du Lac Durbė, 23 km à l’est de Liepāja (actuelle Lettonie), le 13 Juillet 1260.
  
La bataille tourna rapidement à l’avantage des Samogitiens car, au début de celle-ci, les supplétifs coures et estoniens désertèrent et les Teutoniques se retrouvèrent rapidement encerclés. Environ 150 chevaliers teutoniques périrent (dont le Grand-Maître livonien, Burchard von Hornhausen), ainsi que des centaines d’autres chevaliers et soldats. Le paradoxe est qu’on ne sait pas avec certitude qui commandait les Samogitiens vainqueurs. Il semblerait toutefois que ce fut Treniota (1210 – 1264), neveu de Mindaugas et …… futur assassin de celui-ci en 1263, avant d’être lui-même assassiné en 1264 par le fils cadet de Mindaugas, Vaišvilkas ! 

Treniota
  
Cette victoire de Durbė sur les Teutoniques donnera le signal d’une rébellion généralisée dans les tribus baltes, notamment celle des Prussiens (de 1260 à 1274). De larges territoires de la Sémigalle (Zemgale) et de la Courlande (Kurzeme) retrouvèrent leur indépendance. Mais surtout, elle permit aux Lituaniens, jouissant d’une relative tranquillité pendant une vingtaine d’années, de renforcer leur Etat naissant. On sait que le coup de grâce fut donné aux teutoniques à la bataille de Žalgiris, le 15 Juillet 1410.

13 Juillet 1260, 15 Juillet 1410, deux dates majeures dans l’histoire de la Lituanie qui devraient être faciles à retenir par des Français ! 

L'Etat teutonique entre 1260 et 1410