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mardi 10 décembre 2013

Russie : Poutine, la propagande et …. Poltava


Depuis que je m’intéresse à l’est de l’Europe, l’agence de presse russe « RIA-Novosti » était mon livre de chevet. Car une véritable information doit être nourrie de sources multiples. Mais il était pathétique de voir RIA-Novosti répéter ad nauseam que les Etats Baltes étaient des repères de nazis et qu’ils n’avaient jamais été occupés par l’URSS.


Or, ce n’était manifestement pas encore suffisant puisque, hier Lundi 9 Décembre, Vladimir Poutine a signé un décret ordonnant la liquidation de RIA-Novosti (mais aussi de la compagnie de radio publique « Voix de la Russie », et leur remplacement par une agence d’information internationale globale, « Rossia Segodnia » (Russie d’aujourd’hui), dont l’objet est clair : «l'éclairage à l'étranger de la politique et de la vie sociale de la Fédération de Russie.» 

Outre ce caractère très marqué de contrôle de l’Etat russe dans le secteur des médias (dixit RIA-Novosti elle-même) déjà surveillé de très près, c’est la personnalité de son futur Directeur général, Dmitry Kiselyov, qui est « intéressante ».  

Dmitry Kiselyov

Adjoint au Directeur du groupe de télévision d’Etat VGTRK (Compagnie pan-russe d'État de télévision et de radiodiffusion), Dmitry Kiselyov est ouvertement anti-gay, anti-américain et anti-opposition,  et il est même qualifié d’inconditionnel de la politique stalinienne. Il est surtout connu pour être l’animateur d’un show d’actualité dominical sur Rossiya 1, show qui est principalement un festival d’attaques venimeuses contre l’opposition à Vladimir Poutine (notamment contre Alexei Navalny), mais aussi contre l’homosexualité et contre une récurrente conspiration occidentale antirusse.

Dans le verbatim de Dmitry Kiselyov, j’ai relevé :
      # En Août dernier : « Si un homosexuel meurt dans un accident, son cœur devrait être enterré ou brûlé ».
      # La semaine dernière, il déclare que la Suède, la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine utilisent les manifestations anti-gouvernementales de Kiev pour fomenter une guerre contre la Russie ! « Ces nations étrangères veulent prendre leur revanche de la bataille de Poltava (8 Juillet 1709) au cours de laquelle l’Empire russe {de Pierre 1er} avait battu la Suède {de Charles XII alliée aux Cosaques de l’hetman Ivan Mazepa} ».
        # Le 8 Décembre, il y a donc deux jours, faisant d'une pierre deux coups, il affirmait que le boxeur et leader de l'opposition ukrainienne Vitali Klitschko et son frère Vladimir étaient des icônes gays ...... 

En Russie même, le décret sème l’inquiétude dans le monde de la communication. Le nouveau décret fera en effet de Kiselyov le chef d’une agence de 2 300 employés qui n’aura de compte à rendre qu’à Poutine lui-même ! Ainsi, Anna Kachkaeva, doyen du département de la communication à l’Ecole Supérieure d’Economie de Moscou, a déclaré que c’était une gifle aux journalistes et un retour à l’Union soviétique.

On rappellera que, dans le classement de la liberté de la presse de « Reporter sans frontières », la Russie est classée 148ème, derrière des pays comme la Lybie et l’Afghanistan !  
   
Après sa nomination, Dmitry Kiselyov a déclaré : « Le rétablissement d'une vision juste de la Russie, en tant que pays important et bien intentionné, telle est la mission de la nouvelle structure que je vais diriger ». On peut s’interroger sur ce qu’il entend par « vision juste » ……

Le siège de RIA-Novosti, 4 Bd Zubovsky à Moscou, deviendra le siège de Rossia Segodnia





    

lundi 9 décembre 2013

8 Décembre 1991 : le début de la fin de l’URSS

Armoiries de l'URSS

Dans l’inconscient occidental, la chute du mur de Berlin (9 Novembre 1989) signe la fin de la domination communiste sur la partie est de l’Europe. Il n’en est malheureusement rien puisqu’on se souviendra que le régime soviétique tuera encore en Janvier 1991 à Vilnius (13 Janvier) et à Riga (20 Janvier), et le 31 Juillet 1991 à Medininkai.

L’étrange putsch de Moscou d’Août 1991, tenté par des communistes orthodoxes membres du gouvernement, profite à Boris Eltsine, Président de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, mais signe paradoxalement l’arrêt de mort de l’URSS. Quelques jours après, Boris Eltsine dissout et interdit le Parti communiste d’Union soviétique.

Le 8 Décembre 1991, les Présidents des Républiques soviétiques de Russie (Boris Eltsine), d’Ukraine (Leonid Kravtchouk) et du Bélarus (Stanislaw Chouchkievitch) se réunissent dans la forêt de Belovej, près de Minsk, et signent les accords de Blaveja (Беловежские соглашения) décidant de la dissolution de l’URSS (annulation du traité du 30 Décembre 1922) et son remplacement par la Communauté des Etats Indépendants (CEI). Certains parlent d’un véritable coup d’Etat.

Accords de Blaveja

Le 21 Décembre 1991, 8 autres anciennes Républiques soviétiques (les 5 républiques d’Asie centrale, la Moldavie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan) signent le Traité d’Alma-Ata (devenue aujourd’hui Almaty au Kazakhstan) et rejoignent la CEI. Les trois Etats baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) et la Géorgie refusent d’y adhérer (mais cette dernière sera contrainte de le faire en 1993).


Le 24 Décembre 1991, la Russie est reconnue par les Occidentaux comme Etat continuateur de l’Union soviétique. Le 25 Décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev, encore Président de l’URSS, constatant que celle-ci est une coquille vide, démissionne. Il transmet à Boris Eltsine, Président de la Fédération de Russie le contrôle de l’armement nucléaire. Il restera dans la mémoire de beaucoup de Russes comme le « fossoyeur de l’URSS ».

Le 26 décembre 1991, le Soviet suprême dissout formellement l’URSS et s’auto-dissout.

Très peu d’analystes avaient pronostiqué un effondrement aussi rapide de l’URSS. En France, les politiciens accumuleront même les bévues, la faute à une gorbymania aveugle. Il faut dire qu’ils se sont effectivement bien fait avoir par les mots. Comme l’écrit la soviétologue Françoise Thom à propos de la perestroïka, il s’agit « d’une tentative pour associer la communauté internationale à l’entretien, au financement, à l’équipement et à l’alimentation des pays socialistes ».    

Gorbatchev et Mitterrand



dimanche 8 décembre 2013

Lituanie – Russie : 2 mois de guerre du lait !


"Guerre du fromage" ou "guerre du lait" fait un peu titre de dessin animé. Et on pourrait être tenté de parler de guerre picrocholine, déclenchée, selon la définition, pour des raisons obscures ou ridicules. Excepté que cette « guerre » entre la Lituanie et la Russie est tout sauf anodine.

Depuis le 7 Octobre 2013, les camions lituaniens transportant du fromage ou/et du beurre sont interdits d’entrée en Russie.


Officiellement, cet embargo a été imposé par la Russie pour des raisons sanitaires. Le service russe de contrôle vétérinaire et phytosanitaire, Rosselkhodnadzor, aurait invoqué un affaiblissement des contrôles des produites laitiers en Lituanie pouvant entraîner des préoccupations. Aucune substance nocive n’a toutefois été décelée.

Les pertes lituaniennes sont estimées à 2 à 3 millions d’Euros par jour du fait de cet embargo. 20 % des exportations lituaniennes vers la Russie sont en effet constituées par des produits laitiers.

Pour les autorités européennes, les réelles motivations seraient politiques et la Commission Européenne n’a pas tardé à réagir en annonçant qu’elle envisageait de porter plainte auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce, ce qui, il faut le reconnaître, n’a rien changé !

Il est notoire que le Président Poutine est irrité par l’activisme de la Lituanie en amont du sommet du Partenariat Oriental (28-29 Novembre derniers). La Lituanie n’est pas la seule à être l’objet de pressions économiques puisque sont également dans le collimateur le chocolat ukrainien (depuis le 29 Juillet 2013) et le vin moldave. La Lituanie avait déjà eu à subir une guerre du lait en 2009.



En marge, la Présidente lituanienne, Dalia Grybauskaitė a été l’objet d’attaques personnelles dans les médias russes, ceux-ci insinuant qu’elle travaillait pour le KGB lorsqu’elle étudiant à l’Université de Leningrad. Ce qui ne manque pas de sel quand on connaît le passé du Président russe !  

Pour l’anecdote, les habitants de l’exclave russe de Kaliningrad protestent contre cet embargo imposé par leurs propres autorités fédérales car ils ne reçoivent plus de produits laitiers ……

Derrière ces escarmouches commerciales, il y a en toile de fond la guerre du gaz qui semble être le véritable enjeu d’un rapprochement potentiel entre l’UE et la Russie. La Lituanie est totalement dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz dont le prix est notoirement fixé « à la tête du client ». La Lituanie paye ainsi son gaz 30 % plus cher que l’Allemagne. Vilnius tente de briser ce monopole par la construction d’un terminal de gaz naturel liquéfié qui devrait être opérationnel fin 2014.





jeudi 5 décembre 2013

Ukraine : le vocabulaire d’EuroMaidan


La contestation ukrainienne est aujourd’hui à un tournant. Certains disent qu’elle s’essouffle, d’autres que l’on est dans l’œil du cyclone. Il faut dire que le Président est en Chine et le Premier Ministre à Moscou !
Profitons de cette pause apparente pour préciser certains points de vocabulaire typiquement ukrainiens que l’on découvre au détour des communiqués.

EuroMaidan : en référence à Maïdan Nézalejnosti (Place de l’Indépendance, en Ukrainien  євромайдан), place centrale de Kyiv qui focalise les manifestations, et ce déjà depuis la révolution Orange de 2004. Euro, bien sûr, c’est pour les aspirations européennes des manifestants.



Berkut (Беркут) : police anti émeutes. Berkut, qui signifie « aigle d’or » est l’équivalent ukrainien des OMON russes. Les policiers des Berkut sont les berkutyvets (беркутівець). Ce sont eux qui ont été accusés de violences gratuites le 30 Novembre.



Titushki (титушки) : types baraqués, en vêtements de sport, qui agissent comme agents provocateurs. Ce n’est pas nouveau (on a les mêmes en France) : soit ils s’en prennent aux manifestants, soit ils se font passer pour des manifestants attaquant violemment les Berkut. La vidéo http://www.youtube.com/watch?v=0Pjd3hpM50k montre deux bus de Titushki mis en place par la police. 



NB : Si le phénomène n’est pas nouveau, le nom l’est : il provient de Vadym Titushko, un des trois hommes condamnés à des peines avec sursis pour avoir frappé deux journalistes en Mai.  

Bankova (Вулиця Банкова) : c’est une rue centrale de Kyiv où se trouvent les bureaux de la Présidence et c’est là qu’eurent lieu les affrontements les plus violents. C’est là que se passa notamment l’assaut des Berkut par un tracteur (certains, photos à l’appui, insinuent que le conducteur du tracteur avait une certaine ressemblance avec un Colonel, commandant en second d’un Régiment de Berkut. Mais méfiance a priori sur les rumeurs ……).



Zek (зек) : argot russe signifiant bagnard, raillerie en référence au temps que le Président Yanukovych a passé en prison il y a 40 ans.

Les drapeaux de Maidan. A côté des drapeaux ukrainiens et européens bien connus, on peu voir des drapeaux rouge et noir. Ce sont les drapeaux de l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne (UPA – en Ukrainien Украïнська Повстанська Армiя), branche militaire de l’OUN qui, pendant la deuxième guerre mondiale, combattait contre les nazis et les soviétiques pour l’indépendance de l’Ukraine.



On peut voir également des drapeaux rouge et blanc d’UDAR, le parti de Vitali Klitschko, ainsi que l’adaptation de quelques drapeaux tatars.



En attendant de savoir si chacun va rentrer chez soi ou si les manifestations vont tourner à la révolution, un peu d’humour. Légende (traduction approximative) : « Vitali, c’est celui-là qui m’a frappé ! ». NB Vitali Klitschko est toujours champion du monde en titre poids lourds WBC, son frère Wladimir est champion du monde WBO et WBA.   



D'après Radio Free Europe / Radio Liberty. Photos en provenance de divers sites.