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samedi 31 mai 2014

30 Mai 1953 : capture du Général Žemaitis par les soviétiques




S’il est quasiment inconnu en France, le Général Jonas Žemaitis est un héros en Lituanie. Le triste anniversaire de sa capture le 30 Mai 1953 est l’occasion de rappeler sa carrière et son destin, et de souligner que certains en France auraient – au moins - une raison de le connaître.

Baptême de la Promotion d'élèves-officiers de 1929 par le Président Smetona

Jonas Žemaitis  est né le 15 Mars 1909 à Palanga. Il étudie à l’Ecole Militaire de Kaunas à partir de 1926 et en sortira le 23 Novembre 1929 avec le grade de Lieutenant. En 1936, il réussit un concours et part en France. De 1936 à 1938, Jonas Žemaitis est Officier stagiaire à l’Ecole d’Application d’Artillerie de Fontainebleau.


Installée initialement à Metz depuis 1802, l’Ecole d’Application de l’artillerie et du génie est recréée à Fontainebleau le 11 Décembre 1871 suite à la défaite de 1871. En 1912, l’Ecole d’Application du génie est créée à Versailles et l’Ecole de Fontainebleau est rebaptisée Ecole d’Application d’Artillerie. Lorsque le Lieutenant Jonas Žemaitis y effectue son stage, le commandant de l’Ecole est le Général Joseph de la Porte du Theil qui sera, en Juillet 1940, le fondateur et le chef des chantiers de la jeunesse française.  

L'Ecole d'Artillerie de Fontainebleau

Jonas Žemaitis sort Capitaine de l’Ecole de Fontainebleau. Après l’occupation de la Lituanie par les troupes soviétiques, il continue son service actif. Par contre, il se retire lorsque l’Allemagne attaque l’URSS, ne voulant pas servir les nazis.

En Février 1944, les Allemands autorisent la création par le Général Povilas Plechavičius d’une force territoriale lituanienne de défense (Lietuvos vietinė rinktinė), espérant en faire une unité supplétive des SS. Refusant toutes les tentatives allemands de phagocyter son unité forte de 20 à 30 000 hommes, Plechavičius fut arrêté par les Allemands le 15 Mai 1944, avec un millier de cadres et de soldats. Environ une moitié des effectifs réussirent à s’enfuir dans les forêts et constituèrent l’Armée Lituanienne de la Liberté (Lietuvos laisvės armija ou LLA), s’attaquant aux forces d’occupation soviétiques.
  
La résistance en Lituanie était organisée comme une véritable armée, avec des combattants en uniforme et une chaîne de commandement, contrôlant l’ensemble du territoire de la Lituanie en dehors des villes, organisé en trois régions militaires et neuf districts, jusqu’en 1949.  

Partisans lituaniens. Jonas Žemaitis est le deuxième en partant de la gauche

En Février 1948, les leaders de la résistance se réunirent dans le village de Minaičiai et établirent un commandement central, l’Union lituanienne des combattants de la Liberté (Lietuvos laisvės kovos sąjūdis ou LLKS). Jonas Žemaitis en fut élu le chef. Le 16 Février 1949, date du 31ème anniversaire de l’indépendance de la Lituanie, le bureau du LLKS signa une déclaration fixant que la Lituanie, une fois sa souveraineté restaurée, sera un Etat démocratique, fondé sur la Liberté et les valeurs démocratiques, où tous les citoyens auront les mêmes droits. En 1999, le Seimas (Parlement) reconnut formellement ce document comme une déclaration d’indépendance. 

Mais, en Décembre 1951, Žemaitis fut frappé par une hémorragie cérébrale et devint paralysé. Le 30 Mai 1953, sa cachette est découverte et il est arrêté par des agents soviétiques. Il est transporté à Moscou et y est interrogé par le Ministre de l’Intérieur, Lavrentiy Beria lui-même. Jonas Žemaitis sera exécuté, dans la prison de Butyrka, le 26 Novembre 1954.

Dernière photo connue 

Jonas Žemaitis sera nommé Général de brigade à titre posthume. Le 11 Mars 2009, il fut officiellement reconnu comme quatrième Président de la République de Lituanie.

Monument devant le Ministère de la Défense lituanien





vendredi 30 mai 2014

Mai - Juin 1937 : « grandes purges » dans l’Armée rouge

Staline et Ribbentrop, le 23 Août 1939

Avec les prochaines commémorations du 70e anniversaire du débarquement en Normandie (6 Juin 1944) et l’invitation controversée du Président russe Vladimir Poutine à ces cérémonies, on ne va pas manquer de nous répéter à l’envi que l’Union soviétique a dénombré 25 millions de morts pendant le deuxième conflit mondial.

La Deuxième Guerre mondiale aurait en effet entraîné en URSS la mort de 8,8 à 11,7 millions de militaires et de 13,5 à 15,7 millions de civils.

Il n’est pas inutile de rappeler que sont inclus dans ces morts :

      # Ceux des Républiques souveraines annexées en 1940 (Estonie, Lettonie, Lituanie, Moldavie)
     # Ceux des victimes de la répression, notamment de la déportation au goulag de populations entières jugées potentiellement déloyales.  


Enfin, comment ne pas rappeler que, bien que n’étant officiellement entrée en guerre que le 22 Juin 1941 (avant, elle était l’alliée de l’Allemagne nazie, ce qui, aujourd’hui, n’est guère politiquement correct), l’URSS a eu des morts lors de la Guerre d’Hiver contre la Finlande (30 Novembre 1939 – 13 Mars 1940) et lors de l’agression contre la Pologne (à compter du 17 septembre 1939).

Or, dans la deuxième moitié des années 30, l’Armée rouge avait été victimes des Grandes Purges,  menées à grande échelle par le Parti communiste d’URSS pour éliminer les opposants politiques, réels ou supposés, de Staline.

C’est ainsi qu’entre Juin 1937 et Juillet 1938 ont été exécutés :

   # 4 Maréchaux sur 5, dont le plus célèbre, le Maréchal Mikhaïl Toukhatchevski, arrêté le 22 Mai et fusillé le 12 Juin 1937 ;
   # 14 Généraux d’armée sur 16 ;
   # 60 Généraux de corps d’armée sur 67 ;
   # 136 Généraux de division sur 199 ;
   # Tous les Amiraux (8) ;
   # Tous les Commissaires politiques (11) ;
   # 20 à 30 000 Officiers.

Le Maréchal Mikhaïl Toukhatchevski

Certains historiens considèrent que cette purge a eu une influence considérable sur la conduite de la guerre, constatant que c’étaient principalement les partisans des blindés qui avaient été exécutés. Mais, a contrario, elle a permis à Staline de se débarrasser d’un rival potentiel, Toukhatchevski, présentant un danger pour son pouvoir absolu, et partisan d’une attaque préventive contre l’Allemagne, alors que lui voulait pouvoir s’entendre avec Hitler sur le dos des anglo-français.

En septembre 1939, les 4 corps blindés existant sont dissous par le Maréchal Grigori Koulik, un bureaucrate stalinien opposé aux innovations, et il faudra attendre la défaite de la France en Mai - Juin 1940, victime de la blitzkrieg des Panzerdivisions allemandes, pour en recréer 8.

Le 22 Juin 1941, lorsque Hitler, encouragé par la faiblesse apparente de son allié de la veille, décide d’envahir l’URSS (Opération « Barbarossa »), la refonte de l’Armée rouge est bien loin d’être achevée. Les nouveaux matériels existent mais sont mal connus des troupes, et les grandes unités mécanisées manquent de cohésion et d’expérience. C’est dans l’urgence, le 23 Juin 1941, donc le lendemain de l'attaque allemande, que l’Etat-major des forces armées, la Stavka, doit être reconstitué !


Confrontée à une surprise stratégique et tactique, mais aussi à l’expérience et à une tactique supérieure de l’armée allemande, l’Armée rouge devra reculer de plusieurs centaines de kilomètres, perdant un effectif et un matériel considérables au cours de l’été 1941. Gageons que, si les officiers d’expérience exécutés en 1937 avaient été présents, les pertes n’auraient peut-être pas été aussi considérables. 

Char soviétique KV-1 détruit près de Kaunas


lundi 26 mai 2014

On votait aussi en Lettonie, en Lituanie et en Ukraine …….


Tout à leur séisme (sic) et à leur nombrilisme, il est à redouter que les médias français ne parlent ni peu ni prou des autres consultations électorales qui ont eu lieu ce week-end des 24 – 26 Mai en Europe. Pallions cette carence.

Bureau de vote en Lettonie


En Lettonie, l’élection au Parlement européen (qui a eu lieu samedi 24) a donné une très nette victoire au parti de centre droit au pouvoir, Vienotība, qui recueille 46,19 % des suffrages et 4 des 8 sièges en jeu. Il devance la droite nationale de Tēvzemei un Brīvībai/LNNK (14,25 % - 1 siège) et la gauche russophone du Saskaņa Centrs (13,04 % - 1 siège), cette dernière étant donc en net recul (28,43 % aux législatives de 2011). Ont obtenu également un siège Zaļo un Zemnieku savienība (Union des Verts et Paysans 8,26 %) et Latvijas Krievu savienība (6,38 %) de Tatjana Ždanoka, une stalinienne pure et dure, qui a été une des rares à aller soutenir sur place le pseudo référendum d’indépendance (devenu depuis d’annexion par la Russie) de la Crimée. Le taux de participation a été de 30,04 %.

Ms Dalia Grybauskaitė 

En Lituanie, la participation  a été plus importante parce que tirée par le deuxième tour de l’élection présidentielle. Dans celui-ci, Dalia Grybauskaitė l’a emporté comme prévu avec 57,9 % des suffrages exprimés, face à son adversaire socio-démocrate, Zigmantas Balčytis, 40,1 %. Le taux de participation a été de 47,3 %.  

L’élection au Parlement européen en Lituanie a vu un émiettement des voix, quatre partis recevant chacun 2 sièges : Tėvynės sąjunga (centre-droit – 17,39 %), LSDP (centre gauche – 17,27 %), Liberalų sajūdis (…… Libéraux – 16,52 %) et Tvarka ir Teisingumas (Ordre et justice de Paksas – 14,27 %). Trois autres partis ont eu chacun un siège : Darbo partija (Parti du travail – 12,83 %), la Coalition polono-russe de Tomaševskis (Lenkų Rinkimų Akcijos Ir Rusų Aljanso Koalicija „valdemaro Tomaševskio Blokas“- 8,06 %) et l’Union populaire agraire (Lietuvos Valstiečių Ir žaliųjų Sąjunga -  6.62 %).

En Ukraine, où se déroulait le deuxième tour de l’élection présidentielle anticipée, le taux de participation a été de 59,16 %, ce qui est élevé compte tenu du fait que plusieurs villes de l’est de l’Ukraine n’ont pas pu voter en raison des actions violentes des insurgés séparatistes. 

Petro Poroshenko

Le favori, Petro Poroshenko, a été élu dès le premier tour avec environ 56 % des voix, devançant largement Ioulia Timoshenko, 13 %. A noter que, outre Donetsk et Luhansk, où la tenue des bureaux de vote a été très difficile en raison des actions des insurgés pro-russes, la Crimée occupée par la Russie, et donc où aucun scrutin n’a pu se tenir, a été symboliquement intégrée aux résultats.  

Insurgs pro-russes

Cette victoire d’un homme rassurant en ces temps de chaos est un effet paradoxal de l’entreprise de déstabilisation menée par la Russie. En portant atteinte à l’intégrité de l’Ukraine, elle a consolidé l’unité du pays. Il n’est qu’à voir en outre les scores extrêmement faibles des deux figures de l’extrême droite, Dmitro Iaroch (Pravyi Sektor) et Oleh Tiakhnibok (Svoboda), qui plafonnent chacun à environ 1 %. Pour l’anecdote, mais anecdote significative quand au pouvoir de manipulation de la presse en Russie, la première chaîne de TV russe a annoncé hier soir que Dmitro Iaroch  de Pravyi Sektor arrivait en tête avec 37,13 %, continuant donc la fable de l’Ukraine aux mains des fascistes ……

Désinformation sur Russia Today


Car l’inconnue ce matin est, alors que l’Ukraine a voté démocratiquement, de savoir quelle va être l’attitude de la Russie.  Vladimir Poutine a annoncé vendredi qu’il respecterait le choix du peuple ukrainien, mais rien n’oblige à croire à ses promesses……

On notera enfin que le champion du monde de boxe Vitali Klitschko, qui avait été très présent pendant Maïdan, est donné vainqueur de l’élection municipale de Kyiv.

Vitali Klitschko



samedi 24 mai 2014

Un dimanche chargé en perspective


L’actualité de ce dimanche 25 Mai sera chargée dans ma zone d’intérêt.

C’est le deuxième tour de l’élection présidentielle en Lituanie. Il opposera Ms Dalia Grybauskaitė, qui avait obtenu 46,64 % des suffrages exprimés au premier tour à M. Zigmantas Balčytis, 13,83 %. La participation avait été de 52,23 %. La réélection de Dalia Grybauskaitė ne devrait être qu’une formalité.


C’est surtout le premier tour de l’élection présidentielle en Ukraine. Il y a 21 candidats parmi lesquels émergent Petro Poroshenko, grand favori mais qui pourrait ne pas être élu dès le premier tour (un sondage du 8 Mai lui donnait 40,5 % des voix),  Yulia Tymoshenko, manifestement en perte de vitesse et qui serait passée à la troisième place (8,8 %) et Serhiy Tihipko (9,0 %).


Le danger peut venir des insurgés soutenus par la Russie, qui ont promis de perturber violemment le scrutin, notamment dans les oblasts de Luhansk et Donetsk. Ils ont déjà commencé à menacer et à enlever des membres de commissions électorales, détruisant le matériel électoral. Par ailleurs, des hommes armés auraient passé illégalement la frontière en provenance de Russie. 80 000 membres des forces de sécurité protégeront, autant que faire se peut, 32 000 bureaux de votes dans toute l’Ukraine, et ce sont près de 8 000 observateurs internationaux (dont 900 de l’OSCE / ODIHR) qui ont été accrédités pour surveiller le bon déroulement.

Bien évidemment, il y a le dernier jour des élections au Parlement européen dans les 28 Etats de l’Union Européenne. Certains ont déjà voté depuis jeudi, mais les résultats ne seront officiellement connus que dimanche soir. L’abstention sera une des clés du scrutin, ainsi que le vote en faveur des europhobes. Dans ce domaine, des surprises ne sont pas à exclure, comme le montrent les résultats officieux des Pays-Bas qui ont voté jeudi (le populiste Partij voor de Vrijheid - Parti pour la Liberté - de Geert Wilders, qui était donné premier dans les sondages, ne serait que quatrième, perdant même deux sièges par rapport à 2009).


Rappelons le taux de participation dans les Etats baltes lors des précédentes élections au Parlement européen  (entre parenthèses, le nombre de sièges à pourvoir en 2014):
      # Estonie : 43,2 % (6)
      # Lettonie : 52,94 % (8)
      # Lituanie : 20,54 % (11)   

Enfin, dans un autre registre, ce sera aussi en France la Fête des Mères. Car, en France, cette fête est célébrée le dernier dimanche de Mai alors que, dans la plupart des pays (et notamment l’Estonie et la Lettonie), c’est le deuxième dimanche de Mai (premier dimanche de Mai pour la Lituanie).