Pages vues le mois dernier

lundi 7 juillet 2014

7 Juillet 1807 : premier traité de Tilsit (avec la Russie)


L’origine de la rencontre de Tilsit se trouve dans la quatrième coalition contre Napoléon, formée le 1er Octobre 1806 par l’Angleterre, la Russie, la Suède et la Prusse. Napoléon 1er se tourne d’abord contre cette dernière, qui refusait la constitution de la Confédération du Rhin, et écrase son armée à Iéna et à Auerstedt (le deux batailles eurent lieu le 14 octobre 1806).

Entrée des troupes françaises à Berlin le 27 octobre 1806

Ces victoires entraînent l’entrée des troupes françaises à Berlin (27 octobre 1806) et la capitulation de la Prusse du Roi Frédéric Guillaume III le 30 novembre 1806

C’est à Berlin que, le 21 novembre 1806, Napoléon signe le décret instaurant le blocus continental contre l’Angleterre. Ce décret précisait notamment que tout commerce avec l’Angleterre était interdit, que tout Britannique présent dans l’Empire français serait fait prisonnier de guerre et que tout navire, même neutre, ayant mouillé dans un port britannique serait dit « de bonne prise ».

Le Roi Frédéric Guillaume III de Prusse et la reine Louise


Depuis Berlin, Napoléon continue son avance dans l’actuelle Pologne et obtient un demi-succès face aux armées russes à la bataille d’Eylau (8 février 1807 – aujourd’hui Bagrationovsk). Mais les Russes du Général Bennigsen subiront une écrasante défaite à Friedland (14 juin 1807 – aujourd’hui Pravdinsk). Le 16 juin 1807 Königsberg (Kaliningrad) tombe aux mains des français qui atteignent le Niémen le 19 juin 1807.

Ce sont les généraux russes qui supplient le Tsar de solliciter un armistice. Lequel Tsar redoute que les Ottomans n’en profitent pour attaquer sur le Danube. De son côté, Napoléon ne se sent pas les moyens de poursuivre les Russes au-delà du Niémen. Et il redoute que l’Autriche ne rejoigne la coalition.
Le 25 juin 1807, entre 13H et 14H30, le Tsar de toutes les Russies et l’Empereur de tous les Français vont se rencontrer au milieu du Niémen sur un radeau de luxe construit par le Général comte Lariboisière. Alexandre 1er aurait dit à Napoléon « Je hais autant les Anglais que vous », ce à quoi l’Empereur aurait répondu « En ce cas, la paix est faite » !   

La rencontre des deux Empereurs sur le Niémen, le 25 juin 1807


Le premier traité est signé en secret le 7 juillet 1807 entre les deux empereurs, après qu’il ait été négocié par Charles Maurice de Talleyrand et le prince Alexandre Kourakine. Il associe la Russie au blocus continental, mais lui laisse les mains libres pour s’emparer de la Finlande et démembrer l’Empire ottoman.

Le second traité, celui-ci public, est signé le 9 juillet 1807 avec la Prusse et consacre le démembrement de celle-ci. Il est notamment créé le Duché de Varsovie à partir de terres polonaises et lituaniennes (Užnemunė), le Roi Frédéric-Auguste de Saxe, allié fidèle de Napoléon, devenant duc de Varsovie. On notera au passage que le terme de Pologne n’a pas été repris par Napoléon, afin de ménager la susceptibilité du Tsar.

Carte du Duché de Varsovie initial
    
Les traités de Tilsit ressemblent à un partage de l’Europe. Mais l’accord est mal accueilli à Saint-Pétersbourg, car on subodore que l’application du blocus continental va ruiner l’économie russe. D’ailleurs, informé qu’une conjuration se préparait contre lui, le Tsar Alexandre 1er va rapidement prendre du recul vis-à-vis de Napoléon 1er.  


L’épilogue aura lieu en 1812. Napoléon est au zénith de sa gloire, malgré la suprématie anglaise sur les mers et la guérilla en Espagne. Il gouverne directement un tiers du continent européen. Accusant le Tsar de ne pas respecter l’accord de Tilsit, il décide 5 ans plus tard d’attaquer la Russie en franchissement le Niémen dans la nuit du 23 au 24 juin 1812. On connaît la suite …… 

1812 : la marche vers Moscou









dimanche 6 juillet 2014

5 Juillet 1767 : naissance de Georges Frédéric Parrot, Français ( ?) en Livonie

Georges Frédéric Parrot


Ce n’est certes pas vous faire injure que de penser que peu d’entre vous ont déjà entendu parler de Georges Frédéric Parrot (1767 – 1852), ce Français qui eut, comme disait feu mon ami Edmond Zajac, une vie colorée. Il fut notamment le premier recteur de l’Université Impériale de Dorpat (Tartu).

Mais au fait, était-il vraiment Français ? Georges Frédéric Parrot est né en 1767 à Montbéliard. Mais, à l’époque, la ville appartenait depuis 1397 au comté puis duché (1495) de Württemberg et s’appelait Mömpelgard ! Entre 1534 et 1537, tout le duché de Württemberg adopta la Réforme protestante. La ville ne fut annexée par la France qu’en 1793, annexion confirmée en 1796, et surtout en 1806 par la « Médiation germanique », lorsque le Württemberg devint un Royaume à la disparition du Saint Empire Romain Germanique.

Carte du Saint Empire Romain germanique en 1789


Georges Frédéric Parrot est donc clairement né sujet du Duc de Württemberg. De famille protestante aisée, son père, chirurgien et même médecin personnel du Duc à Montbéliard, ayant été même élu Maire de la ville, Georges Frédéric est envoyé à Stuttgart, capitale du Duché, pour étudier la physique et les mathématiques (1782 – 1786). C’est en 1795 qu’il part pour la Livonie, pour des raisons financières, ayant besoin de revenus fixes après son mariage. Depuis le Traité De Nystad (10 Septembre 1721), la Livonie était une partie de l’Empire russe, mais la noblesse germano-balte y conservait ses privilèges, son pouvoir de juridiction et ses assemblées locales.

Le gouvernement russe de Livonie (capitale Riga) était limité au nord par le gouvernement russe d’Estland (capitale Reval, aujourd’hui Tallinn) et au sud par le Duché de Courlande, devenu en 1795 gouvernement russe de Courlande (capitale Mitau, aujourd’hui Jelgava).

Georges Frédéric Parrot fut initialement nommé Premier secrétaire de la Société Livonienne charitable et économique (Livländische gemeinnützige und ökonomische Sozietät). Puis quand, en Avril 1802, le Tsar Alexandre 1er décide de rouvrir l’Université de Dorpat (Kaiserliche Universität zu Dorpat, aujourd’hui Tartu en Estonie), la seule université luthérienne et en langue allemande de l’Empire russe, Parrot y est initialement nommé titulaire de la chaire de mathématiques, puis à celle de physique.  

Dès cette même année 1802, Georges Frédéric Parrot fut élu comme premier recteur de l’Université de Dorpat par les professeurs titulaires d’une chaire. A ce poste, il combattit pour la liberté et l’autogestion de l’Université, contre la pression politique des barons germano-baltes. Son heure de gloire survint le 22 Mai 1802, lorsque le Tsar Alexandre 1er s’arrêta à Dorpat sur la route de Memel (Klaipėda), où il allait rencontrer le Roi de Prusse, Frédéric Guillaume III. Le Tsar fut impressionné par l’éloquence et les idées de Parrot, si bien qu’il s’en suivit une amitié de 10 ans, assortie d’un grade de Conseiller d’Etat.

Le bâtiment principal de l'Université de Dorpat en 1821


En 1811, Parrot fut élu membre correspondant de l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, dont il deviendra membre à part entière en 1826. Il quittera d’ailleurs l’Université de Dorpat pour prendre la direction du laboratoire de physique de l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg. Il décédera en 1852 à l’occasion d’un voyage à Helsingfors (Helsinki), dans ce qui était alors le Grand-duché de Finlande, autonome dans l’Empire russe. 

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, Tartu sera le centre culturel des Estoniens à l’époque du nationalisme romantique.


Alors, Georges Frédéric Parrot ? Allemand ? Russe ? Livonien ? Français ? Et si, peu importe sa citoyenneté, il était un de ces innombrables vecteurs de la culture européenne, symbole d’ouverture et de liberté, à l’image d’un Erasme militant pour la paix en Europe, symboles que certains voudraient aujourd’hui voir disparaître ? 

A noter que l’accord franco-estonien de coopération scientifique et technologique, signé en Juillet 2002, porte son nom.  

vendredi 4 juillet 2014

4 Juillet 1946 : le jour où Königsberg est devenue Kaliningrad


C’est en 1226 que le duc polonais Conrad 1er de Mazovie (Konrad I Mazowiecki) appela à l’aide les Chevaliers Teutoniques pour combattre les tribus baltes païennes locales, notamment les Borusses ou Vieux-Prussiens.

A partir de 1231, les Teutoniques commencèrent à s’emparer des terres de ces tribus  et c’est en 1255 qu’ils obtinrent du Roi de Bohême, Ottokar II Přemysl, l’autorisation de raser le village borusse de Tvankste pour y édifier à la place une petite ville à laquelle ils donnèrent le nom de Königsberg (le Mont du Roi) en hommage à Ottokar.

Ottokar II Přemysl

La ville de Königsberg (charte de 1286) devint successivement capitale de l’Ordre Teutonique (1457, après la chute de Marienburg), puis capitale du Duché de Prusse (1525) jusqu’à l’union de celui-ci avec la Marche de Brandebourg en 1618. L’Etat de Bandebourg-Prusse (capitale Berlin) devient en 1701 le Royaume de Prusse qui sera le noyau de l’unification allemande. Le 18 Janvier 1871, le Roi de Prusse Guillaume 1er reçoit la couronne de l’Empire allemand (dans la galerie des glaces à Versailles), fédération de 25 Etats réunis sous l’égide de la Prusse. L’Empire allemand perdurera jusqu’à la proclamation de la République de Weimar, le 9 Novembre 1918
  
Ce sont les accords de Yalta (4 – 11 Février 1945) et surtout de Postdam (17 Juillet – 2 Août 1945) qui attribuèrent aux Soviétiques la ville de Königsberg et la partie nord de la Prusse orientale allemande, la partie sud revenant à la Pologne. Ce territoire représentait pour Staline un « tribut de guerre », contrepartie des pertes humaines subies par les Soviétiques pendant la guerre. L’URSS accédait ainsi aux ports de Pillau et de Königsberg qui, à la différence de Leningrad (redevenue aujourd’hui Saint-Pétersbourg) et de Kronstadt, étaient libres de glace toute l’année.


En 1946, la région devient un oblast, division administrative de l’URSS, directement rattaché à la République de Russie (et donc non pas à l’URSS). Les populations allemandes qui n’avaient pas fui en 1945 devant l’Armée rouge sont expulsées en totalité vers l’Allemagne.

Le 4 Juillet 1946, la ville de Königsberg et sa région sont rebaptisées Kaliningrad, en l’honneur de Mikhaïl Kalinine, président du soviet suprême, décédé un mois plus tôt (3 Juin 1946). Vieux bolchevique extrêmement populaire et relativement inoffensif, Kalinine est toutefois un des responsables soviétiques qui, sans le signer, soutinrent l’ordre d’exécution du 5 Mars 1940 concernant « 25 700 « prisonniers polonais, anciens officiers, fonctionnaires, agents de police, agents de renseignement, gendarmes […], membres de diverses organisations contre-révolutionnaires d'espions et de saboteurs… », sans comparution des détenus devant les tribunaux spéciaux du NKVD, ni acte d'accusation » (massacre de Katyń).   

Mikhaïl Kalinine

La fédération de Russie, héritière de l’URSS et occupante de ce territoire n’a pas jugé utile de changer ce nom peu glorieux ……


Emmanuel Kant, né et mort à Königsberg







mardi 1 juillet 2014

L’attentat de Sarajevo du 28 Juin 1914 : les conséquences


Lorsque le jeune Serbe de Bosnie Gavrilo Princip assassina, le 28 Juin 1914 à Sarajevo, l’Archiduc d’Autriche François-Ferdinand et son épouse, nul ne pouvait sans doute prédire les conséquences funestes de ce geste. Membre du groupuscule révolutionnaire Jeune Bosnie,  celui-ci était armé par la Main Noire, société secrète nationaliste serbe, fondée en Serbie en 1911.

Gavrilo Princip après plusieurs mois de détention

Jeune Bosnie recherchait la coopération entre les populations slaves du sud (ou yougo Slaves), de façon à ce qu’ils soient libérés (= indépendants) de l’Autriche – Hongrie. La Main Noire, elle, avait comme objectif de réunir en un seul Etat serbe l’ensemble des territoires faisant partie de l’Autriche-Hongrie et de l’Empire Ottoman qui étaient peu ou prou habités par des Serbes.

Pendant leur interrogatoire, les conjurés, et notamment Prinzip et Čabrinović ne dévoilèrent rien de la conspiration, jusqu’à ce qu’un de ses membres, Danilo Ilić, avoue notamment que les armes avaient été fournies par le gouvernement serbe.

L'Empereur d'Autriche, François-Joseph 1er 

L’Autriche-Hongrie accusa donc la Serbie d’assassinat. Après s’être assuré du soutien allemand, le Conseil de la Couronne décide le 7 Juillet 1914 d’imposer un ultimatum à la Serbie. L’ultimatum est notifié le 23 Juillet 1914. Mais l’un des points de cet ultimatum (l’envoi d’enquêteurs autrichiens en Serbie pour enquêter sur l’assassinat) est inacceptable par les Serbes, car violant la Constitution.

Le 25 Juillet 1914, soutenu par la Russie, le gouvernement serbe rejette l’ultimatum. Les relations diplomatiques entre les deux Etats sont rompues.

Le 28 Juillet 1914, soutenue par l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie déclare une guerre « préventive » à la Serbie. Le 29 Juillet, l’Empereur d’Autriche François-Joseph 1er déclare à ses sujets : « J'ai tout examiné et tout pesé ; c'est la conscience tranquille que je m'engage sur le chemin que m'indique mon devoir ».

Le 31 Juillet 1914, l’Allemagne envoie un double ultimatum sous 48 heures à la France et à la Russie leur enjoignant de se déclarer neutres dans le conflit qui se prépare. La France répond qu’elle agira « conformément à ses intérêts ».  

Le 2 Août 1914, l’Allemagne attaque le Luxembourg neutre. Le 3 Août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France et, le 4 Août, attaque la Belgique, elle aussi neutre. Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne, garant des traités fondateurs de la Belgique (au même titre que l’Allemagne ……), ayant adressé un ultimatum à l’Allemagne pour qu’elle retire ses troupes de Belgique, mais n’ayant pas reçu de réponse, déclare à son tour la guerre à l’Allemagne le 5 Août 1914.  

Ce n’est que le 6 Août 1914 que débute le conflit entre la Russie et l’Autriche-Hongrie.

Les alliances théoriques en 1914 

La première Guerre mondiale opposa deux grandes alliances :

      # La Triple-Entente, initialement composée de la France, du Royaume-Uni et de la Russie, et de leurs empires, coalition qui fut rejointe par la suite par la Belgique, le Japon (Août 1914), l’Italie (Avril 1915), la Roumanie (Août 1916) et les Etats-Unis (Avril 1917).

      # La Triple-Alliance, initialement constituée de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, rejointes par la suite par l’Empire Ottoman (Octobre 1914) et par le Royaume de Bulgarie.

Les alliances effectives pendant la guerre

NB : Je ferai à Vilnius, en principe le 10 Novembre 2014, une conférence sur la Première Guerre mondiale sur le front nord-est. Je ferai épisodiquement sur ce blog un certain nombre de posts permettant de mieux connaître ce théâtre d’opérations.