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mercredi 15 janvier 2014

15 Janvier 1923 : les Lituaniens conquièrent Memel / Klaipėda


Ce sont les Chevaliers Teutoniques qui, en 1252 fondent la ville de Memel, à proximité du delta du Niémen, sur un territoire initialement occupé par des tribus baltes (Coures et Skaloviens). La région fut âprement disputée aux Lituaniens, qui, eux, voulaient avoir un accès à la mer, car elle permettait de relier la Prusse des Chevaliers Teutoniques et la Livonie des Chevaliers Porte-Glaive.

Le 27 Septembre 1422, la paix du lac de Melno met fin à des décennies de conflit et fixe la frontière de la Prusse au nord du Niémen, Memel revenant définitivement à l’Etat monastique des Chevaliers Teutoniques. Au-delà des vicissitudes historiques, à travers le Duché de Prusse (1525 – 1701), uni à la Marche de Brandebourg de 1618 à 1701, puis du Royaume de Prusse (1701 – 1918), au sein de l’Empire d’Allemagne à partir de 1871, la frontière ne sera plus modifiée et Memel restera germanique jusqu’à la fin de la première Guerre mondiale. 

  
Les articles 28 et 99 du Traité de Versailles (signé le 28 Juin 1919, promulgué le 10 Janvier 1920) créent ex abrupto un « territoire de Memel » (Memelland, cf. ci-dessus) avec la partie de la Prusse orientale située au nord du Niémen, peuplée pour une grande moitié de Lituaniens et pour une petite moitié d’Allemands. Le territoire est détaché de l’Allemagne mais il n’est pas précisé à qui il est attribué. La tendance était que la France, qui considérait que la Lituanie n’avait pas d’avenir en tant qu’Etat, et qui voulait l’installation d’une zone tampon entre l’Allemagne et la Russie, souhaitait l’attribution du territoire à la Pologne.

Le 9 Janvier 1920, un accord intervient entre l’Allemagne et les Puissances alliées, qui place le territoire de Memel sous le contrôle de la Société des Nations (créée par le Traité de Versailles). Son administration est, après bien des tergiversations et une ultime volte-face britannique (21 Janvier 1920), confiée à la France au nom de l’Entente. Le Général de Brigade Joseph Dominique Odry en est initialement le chef et le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied (et non pas Alpins comme écrit ici ou là), avec un effectif d’environ 750 hommes (6 compagnies), est chargé d’assurer le fonctionnement de la mission et le maintien de l’ordre. Le 15 Février 1920, le commissaire allemand, le comte Lambsdorf, remet officiellement le pouvoir sur le territoire de Memel au Général Odry.  

Le Général Odry (au centre)

Le gros des forces françaises, aux ordres du Chef de Bataillon Guillaud (remplacé le 20 Juillet 1922 par le Chef de Bataillon Thibeaud), est installé à Memel, alors qu’une compagnie est détachée à Heydekrug (Šilutė) et une compagnie et demie à Pogegen (Pagėgiai). Mais, la situation étant estimé calme, voire monotone, les effectifs seront réduits à plusieurs reprises jusque ne plus compter qu’une seule compagnie à l’été 1922. La Mission quant à elle est abondée à partir du 31 Mars 1920 du Préfet Jean-Gabriel Petisné qui deviendra en Mai 1921 Haut-commissaire allié.

Le Haut-commissaire Petisné (au centre)

En Octobre 1922 fut créée, par la Conférence des Ambassadeurs, une commission spéciale, dirigée par un diplomate français, chargée d’élaborer (enfin !) un projet de statut pour le territoire de Memel. Mais ce projet prenant nettement un tour correspondant aux attentes polonaises, les lituaniens, dont la partie est du pays était par ailleurs militairement occupée par les Polonais, décidèrent de résoudre le problème d’une autre manière, en l’occurrence l’annexion par la force du territoire de Memel.

La prise du territoire de Memel eut lieu du 10 au 15 Janvier 1923. Elle fut le fait d’une unité lituanienne de 1 400 hommes, aux ordres du Colonel Budrys, à qui ont avait imposé d’abandonner tout objet pouvant faire croire qu’ils ne venaient pas du territoire de Memel. Le but était de faire croire à un soulèvement des Lituaniens du territoire contre «  … le directoire allemand et son soutien Petisné ». Il faut souligner que le Premier Ministre lituanien, Ernestas Galvanauskas, avait donné des consignes pour ne pas verser de sang français inutilement.

Insurgés lituaniens

 Les deux premiers jours de l’insurrection furent relativement calmes, et l’ennemi principal sembla être le froid. Les affrontements décisifs eurent lieu dans la matinée du 15 Janvier 1923. Les Français en sous-effectif (200 contre 1400 militaires lituaniens et 300 habitants du territoire) durent se replier sur la Préfecture, siège de la Mission française. Les réserves de munitions françaises s’épuisant rapidement, le Commissaire Petisné fit hisser le drapeau blanc. Les Chasseurs rendirent leurs armes, mais qui leur furent rapidement rétrocédées par les Lituaniens. Les combats firent toutefois 12 morts lituaniens et 2 français.


La Conférence des Ambassadeurs tenta d’intimider les Lituaniens, mais renonça à une intervention armée de peur d’embraser la région. Finalement, le 16 février 1923, la Conférence des Ambassadeurs décida que le port et la région de Memel passaient officiellement sous souveraineté lituanienne. Le gouvernement polonais était consterné mais, quelques jours plus tard, le statu quo de l’occupation polonaise de Vilnius était officiellement reconnu à son profit.

"Défilé de la victoire" lituanien

Le 19 Février au matin, tous les Français, civils et militaires, quittèrent Memel - devenue Klaipėda -  pour s’embarquer sur l’aviso Ailette, puis sur le cuirassé Voltaire et rentrer en France. La parenthèse française à Memel était terminée et il faut bien reconnaître que cette période de trois ans, qualifiée encore aujourd’hui d’occupation par les Lituaniens, n’a pas laissé de traces à Klaipėda.


Pour tout savoir sur cette insurrection et ce qui se passera après : « Les Français à Klaipėda et après – 1920-1932 » d’Isabelle Chandavoine, éditions Žara, 2003. On pourra également consulter, si on le trouve, le catalogue de l’exposition « Prancūzai Klaipėdoje 1920-1923 », Libra Memelensis, 2007, recueil de photographies exposées par Bernard Jusserand au Musée pour l’Histoire de la Lituanie Mineure de Klaipėda. 









lundi 13 janvier 2014

13 Janvier 1991 : l’armée soviétique tue à Vilnius !


Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 13 Janvier 1991 ?

A moins d’un événement personnel exceptionnel, vraisemblablement pas. En ce qui me concerne, j’étais à l’État-major de la Force d’Action Rapide (FAR) à Maisons-Laffitte et nous étions en plein psychodrame international à propos de l’Irak : l’opération « Tempête du désert » allait se déclencher 3 jours plus tard !

En Lituanie, les Lituaniens, eux, se souviennent : un quart de la population était à Vilnius pour défendre sa liberté et son indépendance retrouvée, tout au moins proclamée le 11 Mars 1990, contre les chars soviétiques.


14 d’entre eux, civils lituaniens sans arme, y ont laissé la vie, tués par les OMON près de la tour de télévision, des centaines d’autres (officiellement 702) ont été blessés. On ne me fera pas croire que, dans un système aussi verrouillé, aussi hiérarchisé que l’Union soviétique, le « bon » M. Gorbatchev, Président désigné (non élu) de l’URSS, chouchou des Occidentaux, n’était pas au courant. D’autant que, du 17 au 20 Janvier, les mêmes exactions se répétèrent à Riga (Lettonie). Le choix même de la date de l’attaque, alors que le monde entier avait les yeux tournés vers l’Irak, ne pouvait pas être un hasard.



Et pourtant, les Lituaniens ont gagné face au totalitarisme. Les soviétiques n’ont pas osé donner l’assaut au Parlement, protégé par des milliers de Lituaniens qui faisaient de leur corps un rempart. Dès le 13 Janvier, Boris Eltsine, Président élu de Russie, condamna l’attaque et reconnut la souveraineté des Etats baltes. A Moscou, 100 000 personnes descendirent dans la rue pour condamner la répression dans les Républiques baltes. On peut dire que, quelque tragique qu’il fut pour les Baltes, ce 13 Janvier 1991 marqua le début de la fin de l’URSS, et on ne peut que s’en réjouir. Finalement le 9 Février, les Lituaniens, toujours occupés par les soviétiques, votèrent à 90,4 % pour leur indépendance. Mais les soviétiques continueront à tuer, jusqu’au 31 Juillet 1991 lorsque  7 douaniers et gardes-frontières lituaniens, sans armes, seront assassinés à Medininkai.


Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse toujours de reconnaître qu’il y ait eu occupation des Etats baltes. Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse que Gorbatchev aille témoigner au procès des assassins de Janvier 1991. Aujourd’hui, certains (cf. Jirinovski) réclament même le retour des Etats baltes dans le giron de la Russie. Aujourd’hui, certains, propagandistes zélés face à des milliers de témoins, proclament que ce ne sont pas les OMON qui ont tiré, mais des « provocateurs ».  



On me dira que c’est le passé. Est-on sûr que ce passé ne se reproduira jamais ? Au Royaume des Bisounours, sans doute !....... Et pourquoi laisse-t-on des criminels soviétiques en liberté alors que l’on continue à juger des criminels nazis octogénaires ?

La liberté a un prix. 14 Lituaniens, et quelques jours plus tard 5 Lettons, ont payé ce prix de leur vie. Soyons vigilants afin que de telles exactions ne se reproduisent pas.  




mardi 7 janvier 2014

Lettonie : Mme Laimdota Straujuma chargée de former le gouvernement

Mme Laimdota Straujuma

Le 27 Novembre 2013, M. Valdis Dombrovskis annonçait sa démission surprise du poste de Premier Ministre (Ministru Prezidents) qu’il occupait depuis le 12 Mars 2009, assumant la responsabilité politique et morale de la tragédie du « Maxima » qui avait fait 54 morts de 21 Novembre 2013. (cf. http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2013/11/demission-surprise-du-premier-ministre.html). Depuis, le Président Andris Bērziņš et le parti Vienotība, leader de la coalition de centre-droit, jouaient au chat et à la souris pour trouver un nouveau Premier Ministre.

Le cabinet des Ministres sortant

Finalement, hier 6 Janvier 2014, le Président Bērziņš a décidé de charger Mme Laimdota Straujuma, Ministre de l’Agriculture dans le gouvernement sortant, de former le nouveau cabinet des Ministres. Le bureau directeur de Vienotība avait proposé la veille le nom de Mme Straujuma, tout en acceptant l’adhésion de celle-ci, car elle n’était jusqu’à présent membre d’aucun parti politique.

Madame Straujuma est née le 24 Février 1951 et est titulaire depuis 1992 d’un Doctorat en Economie. Elle travailla par la suite à l’institut d’Economie de l’Académie des Sciences de Lettonie.

Du 9 Octobre 2000 au 31 Décembre 2006 elle fut Secrétaire d’Etat au Ministère de l’Agriculture, puis, du 1er janvier 2007 à Décembre 2010, Secrétaire d’Etat au Ministère du Développement Régional et des Affaires de Gouvernement locales. Elle était Ministre de l’Agriculture depuis le 25 Octobre 2011.

Madame Straujuma pourra compter sur une large majorité à la Saeima (Parlement) puisque seul le parti russophone du Centre de l’Harmonie (Saskaņas Centrs) ne fera pas partie de la coalition gouvernementale. Celle-ci devrait donc être composée du Parti Réformateur (Reformu partija – 22 sièges), d’Unité (Vienotība – 20 sièges), de l’Alliance Nationale (Nacionālā Apvienība – 14 sièges) et de l’Union des Verts et des Paysans (Zaļo un Zemnieku savienība -  13 sièges).

La formation du nouveau gouvernement devrait toutefois prendre de deux à trois semaines. Néanmoins, le travail du gouvernement de Mme Straujuma ne devrait pas différer de celui des trois gouvernements successifs de M. Valdis Dombrovskis.  

Le Premier Ministre sortant, M. Valdis Dombrovskis
   



vendredi 3 janvier 2014

Lituanie : il y a 300 ans naissait Kristijonas Donelaitis


Si vous êtes déjà allé à l’Université de Vilnius, vous connaissez certainement Kristijonas Donelaitis (1714 – 1780) : c’est sa statue qui est au coin du bâtiment administratif et d’Universiteto gatvė !

Sculpture représentant Donelaitis à l'Université de Vilnius

Kristijonas Donelaitis est né il y a 300 ans, le 1er Janvier 1714, à Gumbinnen (aujourd’hui Gusev dans l’oblast de Kaliningrad), alors partie du Royaume de Prusse peuplée majoritairement de Lituaniens, aussi appelée Lituanie Mineure (Mažoji Lietuva ou encore Prūsų Lietuva, Lituanie prussienne). Ses parents étaient des paysans libres et le jeune Kristijonas fut envoyé en 1731 pour étudier à l’école de la cathédrale de Kneiphof, un quartier de Königsberg (Kaliningrad). En 1736, il reçut une bourse pour étudier pendant 4 ans la théologie luthérienne à l’Université de Königsberg.



Devenu pasteur en 1743, il vivra le reste de sa vie, jusqu’à sa mort le 18 Février 1780), dans sa paroisse de Tollmingkehmen (en Lituanien Tolminkiemis : 30 villages, 3 000 habitants aux 2/3 Allemands, 1/3 Lituaniens), aujourd’hui Chistye Prudy.   


Donelaitis vécut dans cette maison de 1743 à 1780

Kristijonas Donelaitis était également un poète, mais aucun de ses écrits ne fut publié de son vivant. Il écrivit au moins trois poèmes en Allemand et six fables en Lituanien. Mais c’est surtout le poème « Les saisons » („Metai“), constitué de 4 idylles (petits poèmes),  qui est célèbre. C’est l’éditeur Ludwig Rhesa qui, de 1809 à 1818, retrouva, regroupa et traduisit les œuvres de Donelaitis. Le poème « Les saisons » décrivant la vie quotidienne des paysans lituaniens et notamment leur lutte contre le servage, il fut pour cette raison largement censuré pour cette raison.


Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que l’œuvre de Donelaitis suscita de l’intérêt. Aujourd’hui, il est considéré comme le père de la littérature lituanienne.  

  
Un timbre et une enveloppe « Premier jour » seront édités le 4 Janvier 2014.