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jeudi 11 octobre 2018

Ré-inhumation d'un des chefs de la Résistance lituanienne, Adolfas Ramanauskas-Vanagas

Adolfas Ramanauskas-Vanagas "Faucon"



Alors qu’elle s'était déclarée neutre, la Lituanie a été successivement occupée pendant la seconde guerre mondiale par l'URSS (juin 140 – juin 1941) , puis par l'Allemagne nazie, après que celle-ci se soit retournée contre son ancien allié soviétique.

En Février 1944, les Allemands autorisèrent la création, par le Général Povilas Plechavičius, d’une force territoriale lituanienne de défense (Lietuvos vietinė rinktinė), espérant en faire une unité supplétive des SS. Refusant toutes les tentatives allemandes de phagocyter son unité forte de 20 à 30 000 hommes, Plechavičius fut arrêté par les Allemands le 15 Mai 1944, avec un millier de cadres et de soldats. Environ une moitié des effectifs réussirent à s’enfuir dans les forêts et constituèrent l’Armée Lituanienne de la Liberté (Lietuvos laisvės armija ou LLA), s’attaquant aux forces d’occupation soviétiques. Car, n'en déplaise à la Russie d'aujourd'hui, il s'agissait bien d'occupation, avec sa terreur quotidienne, ses exécutions, ses déportations en Sibérie et son enrôlement forcé d'hommes dans l'Armée Rouge.

Les partisans en Lituanie, plus connus sous le nom de « Frères de la Forêt », étaient organisés en une véritable armée, avec des combattants en uniforme et une chaîne de commandement, contrôlant l’ensemble du territoire de la Lituanie en dehors des villes, armée organisée en trois régions militaires et neuf districts, jusqu’en 1949.  

En Février 1948, les leaders de la résistance se réunirent dans le village de Minaičiai et établirent un commandement central, l’Union lituanienne des combattants de la Liberté (Lietuvos laisvės kovos sąjūdis ou LLKS). Jonas Žemaitis en fut élu le chef. Le 16 Février 1949, date du 31ème anniversaire de l’indépendance de la Lituanie, le bureau du LLKS signa une déclaration fixant que la Lituanie, une fois sa souveraineté restaurée, sera un État démocratique, fondé sur la Liberté et les valeurs démocratiques, où tous les citoyens auront les mêmes droits. En 1999, le Seimas (Parlement) reconnut formellement ce document comme une déclaration d’indépendance. 

Jonas Žemaitis 


Adolfas Ramanauskas (6 mars 1918 – 29 novembre 1957), nom de code Vanagas (faucon), était au moment de la déclaration du 16 février 1949, chef provisoire de la région sud de la Lituanie. Il fut alors nommé adjoint à Jonas Žemaitis et commandant-en-chef des forces de défense donc, comme l'a récemment statué la Cour Constitutionnelle ( Dainius Žalimas), commandant-en-chef des forces armées légales de la République de Lituanie.

La guérilla contre l'occupant soviétique dura jusqu'en 1953. Après plusieurs années de traque, Ramanauskas-Vanagas fut arrêté et sauvagement torturé par les soviétiques en 1956, puis exécuté un an plus tard par le KGB, son corps jeté dans une fosse commune. Ses restes ne furent retrouvés que l'an dernier au cimetière Našlaičiai d'Antakalnis et formellement identifiés que cette année 2018.



Plus de 60 ans après avoir été exécuté, Adolfas Ramanauskas, a eu droit ce samedi 6 octobre 2018, à des funérailles nationales. Des milliers de Lituaniens se sont pressés dans les rues de Vilnius pour rendre un dernier hommage à « Vanagas », le « Faucon ». Le Premier ministre lituanien, Saulius Skvernelis, a qualifié cet enterrement de « jour de justice historique ».  In fine, Adolfas Ramanauskas-Vanagas a été ré-inhumé au cimetière d'Antakalnis.




lundi 8 octobre 2018

Élections législatives en Lettonie




Samedi 6 octobre dernier, les Lettons étaient appelés aux urnes pour remplacer les 100 députés de leur Parlement, le Saeima.

On notera d'emblée que la participation s'érode inexorablement : 60 ,55 % en 2011, 58,85 % en 2014, elle n'est plus que de 54,6 % cette année. L’abstention la plus forte a été enregistrée en Latgale russophone où il n'y a eu que 43,07 % de participation.

Résultat national

Sept partis seront représentés dans la nouvelle assemblée, dont un certain nombre de nouveaux (entre parenthèse, la différence avec 2014):

# Saskaņa (Harmonie) : 23 sièges ( - 1)
# KPV LV  : 16 sièges (+ 16)
# Jaunā Konservatīvā : 16 sièges (+ 16)
# Attistibai/Par !  : 13 sièges (+ 13)
# Nacionālā apvieniba : 13 sièges (- 4)
# ZZS : 11 sièges (- 10)
# Jaunā Vienotība : 8 sièges (- 15)


Explication : Tendances des partis élus

# Saskaņa, dont le leader est le Maire de Riga, Nils Usakovs, voudrait apparaître comme un parti de centre gauche « normal », mais il focalise les votes de la plupart des russophones. Il faut dire qu'il avait un lien formel avec « Russie Unie » de Poutine et il avait reconnu l'annexion de la Crimée.

A noter que, contrairement à ce que titrent nombre de médias, les pro-russes de Saskaņa sont en net recul par rapport aux élections précédentes.



# KPV LV, (Kam pieder valsts?  Qui possède le pays?), populistes dont le programme reste flou.

# Jaunā Konservatīvā (Nouveau Parti Conservateur): alternative plus centriste à l'Alliance Nationale, dont le cheval de bataille est la lutte contre la corruption.

# Attistibai/Par ! (Pour le développement / Pour!) Son candidat le plus connu est l'ancien Ministre des Affaires Étrangères, Artis Pabriks, un ancien de Vienotiba ! De tendance libérale, ils espéraient capter les votes de Vienotiba et des jeunes souhaitant voir de nouveaux visages.

# Nacionālā apvieniba (Alliance Nationale « Tout pour la Lettonie »). Membre de la coalition sortante, il couvre un large spectre du centre droit aux plus conservateurs.

# ZZS (Zalo un Zemnieku Savieniba = Union des Verts et des Paysans). Membre de la coalition sortante, il n'est pas « vert » au sens où on l'entend chez nous, mais qui regroupe plutôt des paysns et des retraités

# Jaunā Vienotība. Tentative pour enrayer la dégringolade de Vienotiba (Unité), centre droit « soft » en rebaptisant le parti « Nouveau Vienotiba ». Son leader à Riga est Edgars Rinkēvičs , actuel Ministre des Affaires étrangères.

Le Président letton, Raimonds Vejonis, attendant son tour pour voter

Analyse

Les seuls alliés potentiels de Saskaņa pour former une coalition de gouvernement seraient les populistes de KPV LV. Or, à eux deux, ils ne totalisent que 39 députés, bien loin des 51 nécessaires pour avoir une majorité.

Il reste donc aux cinq autres à trouver un compromis pour gouverner. De l'avis de tous les responsables, ça pourrait prendre « un certain temps », jusque même l'année prochaine (!), voire même ne pas déboucher et conduire à de nouvelles élections. Il serait donc illusoire d'imaginer qui sera le prochain Premier Ministre et avec qui il gouvernera, pour quelle politique. Mais les cinq partis en question seraient bien inspirés de penser que, de leur accord, dépend l'avenir pro-UE et pro-OTAN de la Lettonie.

Si, ce qui est vraisemblable, Saskaņa, une nouvelle fois, ne participe pas au gouvernement, on ne peut en outre pas totalement exclure un scénario « à la Donbass » en Latgale par exemple : un soulèvement de protestation d'une minorité radicale, manipulée en sous-main par une puissance étrangère. On notera d'ailleurs que le déroulement du scrutin a été accompagné, mais non perturbé, par une cyberattaque contre le principal réseau social letton Draugiem.lv. Ses utilisateurs ont vu apparaître sur leurs écrans un message en russe: "Camarades Lettons, cela vous concerne. Les frontières de la Russie n'ont pas de limites". 

En clair, la Lettonie entre pour un certain temps dans une période d'incertitude dont pourrait profiter quelque voisin mal intentionné.




vendredi 5 octobre 2018

Timbres en mémoire du Convoi 73


Inscription "Nous sommes 900 Français" dans le Fort IX


Entre mars 1942 et août 1944, 79 convois de déportation ont quitté la France, généralement Drancy, pour les camps. Ils étaient composés de personnes présumées de religion, d’appartenance ou d’ascendance juive. Un seul, le convoi 73 s’est dirigé vers les États baltes, mais, à ce jour, on ignore toujours pourquoi.

Ce convoi 73, constitué de 15 wagons à bestiaux, a quitté Drancy le 15 Mai 1944. Il avait pour caractéristique de ne comporter que des hommes dans la force de l’âge, entre 12 et 66 ans, en tout 878 dont 38 adolescents. Le convoi s’est d’abord dirigé vers la Lituanie qu’il atteint après trois jours d’un voyage éprouvant, le 18 mai 1944. Dix des quinze wagons sont restés à Kaunas, et ce sont environ 600 hommes qui ont été dirigés vers le IXe Fort puis, peu de temps après, vers le camp de travail de Pravieniškės, à une vingtaine de kilomètres de Kaunas. Ils furent soumis au travail forcé avant d’être exécutés par groupes dans la forêt. Les cinq autres wagons ont continué jusqu’à Reval, aujourd’hui Tallinn, et les déportés ont d’abord été internés à la prison de Patarei, puis utilisés à réparer les pistes du terrain d’aviation de Lasnamaë.

Le Fort IX de Kaunas


Seuls 22 des 878 hommes du Convoi 73 ont survécu après la guerre, et ont pu rentrer en France en Mai 1945. Parmi les victimes, on compte le père et le frère de Madame Simone Veil, elle-même déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz-Birkenau. Le pire est que les familles ignorent où leur parent a été exécuté. Il reste aujourd’hui un survivant, M. Henri Zajdenwergier qui avait 16 ans en 1944.

L’Association des Familles et Amis des Déportés du Convoi 73 organise tous les deux ans un voyage de mémoire en Lituanie et en Estonie. Cette année, elle a également finalisé le projet de mettre à disposition du public une série de 4 timbres-poste émis à la mémoire des déportés du Convoi 73. Ces timbres se présentent sous deux formes :

# Un livret-prestige comprenant la série des 4 timbres, utilisables au tarif lettre prioritaire, avec un commentaire sur le parcours atypique du Convoi 73 (coût 5 €);

# Une planche de 30 timbres , panachage des 4 modèles, utilisables au tarif lettre verte (coût : 30 €).

Pour tout renseignement : contact@convoi73.fr. Pour commander : Association CONVOI 73 – Mémorial de la Shoah – 17 rue Geoffroy l'Asnier – 75004 Paris (ajouter 2 € pour les frais d'envoi). Chèque à l'ordre de « Familles et Amis des Déportés du Convoi 73 ».

Le lancement officiel des timbres aura lieu le dimanche 21 octobre 2018 à partir de 14H30, salle Kelman (3e étage) au Mémorial de la Shoah.

samedi 29 septembre 2018

Les origines françaises de Frédéric Chopin



Frédéric Chopin par Eugène Delacroix, 1838


(Etant allé récemment au cimetière du Père Lachaise, je reposte ici un article de 2013 dans lequel j'évoquais les origines françaises de Frédéric Chopin. Le but n'est pas de polémiquer en affirmant que Chopin est Français, ou Polonais, ou Moldo-valaque. Je veux simplement dire qu'il est heureux qu'à cette époque il ne se soit pas trouvé quelque homme politique polonais pour fermer ses frontières aux migrants. Le visage de la musique européenne en eut été changé.)

Frédéric Chopin est né le 22 Février 1810 (d’autres sources disent le 1er Mars 1810) au village de Żelazowa Wola, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Varsovie, dans une Pologne devenue russe après le troisième partage de la Pologne – Lituanie en 1795. On ne se demande généralement pas pourquoi son nom est si peu polonais !

Au début étaient François Chopin et Marguerite Delfin, originaires du Dauphiné, qui s’établirent à Marainville-sur-Madon (aujourd’hui dans le département des Vosges) en 1769, l’année de leur mariage. Ils eurent trois enfants : Anne (1769 – 1845), Nicolas (1771 - 1844) et Marguerite (1775 – 1845). 

Il faut savoir que l’éphémère Roi de Pologne – Grand-duc de Lituanie (1704 – 1709 et quelques jours en 1733), Stanislas Leszczyński, beau-père de Louis XV depuis 1725, avait obtenu en 1737 la souveraineté des Duchés de Lorraine et de Bar et que jusqu’à sa mort en 1766, la cour de Lunéville fut un intense foyer d’activités culturelles et artistiques. C’est la raison pour laquelle des nombreux Polonais et Lituaniens y furent attirés et parmi eux le comte lituanien Mykolas Jonas Pacas (1730 – 1787) qui acheta le château de Marainville en 1781.

François Chopin, qui était devenu syndic du village, et se trouvait ainsi en contact avec le comte Pacas et son régisseur polonais, Adam Weydlich. C’est a priori grâce à Adam Weydlich  que le jeune Nicolas put recevoir une bonne éducation et lorsque le comte Pacas décéda, c’est encore Adam Weydlich qui proposa à Nicolas de le suivre en Pologne.

Nicolas (Mikolaj) Chopin


Arrivé à Varsovie au cours de l’année 1787, Nicolas Chopin, 16 ans, est d’abord comptable à la Manufacture des tabacs pendant deux ans puis précepteur d’enfants de bonne famille, ce qui suppose que son sérieux et ses qualités personnelles étaient remarquables car les précepteurs français, s’ils étaient certes à la mode en Pologne comme en Russie, étaient généralement des aristocrates. Présent à Varsovie lors de l’insurrection de Kościuskko de 1794, il se sent déjà suffisamment concerné pour y prendre part, bien que n’étant présent en Pologne que depuis 7 ans.

Pour l’anecdote, lorsque Napoléon 1er entra à Varsovie en 1806, une jeune Polonaise s’adressa à lui en Français et l’Empereur lui demanda qui lui avait appris cette langue, elle répondit « Chopin » ! En effet, Nicolas Chopin gérait depuis 1795 le domaine de Czerniewo et éduquait les quatre enfants de la famille dont la petite Maria, devenue comtesse Walewska, aura une liaison avec l’Empereur et lui donnera un fils, Alexandre comte Walewski.  

La maison familiale de Zelazowa Wola


Mais c’est auprès d’une autre famille, les Skarbek, qui avaient une propriété à Żelazowa Wola, au cœur de la Mazovie, que Nicolas Chopin fit la connaissance en 1802 de Justyna Krzyżanowska (1782 – 1861). Les jeunes gens se marièrent le 2 Juin 1806. De l’union naquit d’abord Ludwika (1807 – 1855) puis Fryderyk Franciszek (Frédéric François) (1810 – 1849). L’acte de baptême, signé de l’abbé Jan Duchnowski, indique que Frédéric est né le 22 Février, mais les Chopin ont toujours indiqué le 1er Mars comme date de naissance du compositeur.   

Le 12 place Vendôme, où est décédé Frédéric Chopin


Juste retour des choses : on sait que Frédéric Chopin s’installera à Paris en Septembre 1831, qu’il sera de 1836 à 1847 le compagnon de George Sand, et qu’il décédera le 17 Octobre 1849 au 12 place Vendôme, à l’âge de 39 ans. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise, mais son cœur est dans un cénotaphe dans l’église Sainte-Croix de Varsovie. Comme le disait Heinrich Heine « Il n'est alors ni Polonais, ni Français, ni Allemand ; il trahit une origine bien plus haute, il descend du pays de Mozart, de Raphaël, de Goethe : sa vraie patrie est le royaume enchanté de la poésie ».  

La tombe de Frédéric Chopin au cimetière du Père Lachaise (photo prise le 20 septembre 2018)


vendredi 28 septembre 2018

Les accords de Munich (29 – 30 septembre 1938)



A l'issue de la Première Guerre mondiale, le Traité de Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919) consacre la dislocation de la monarchie austro-hongroise et crée sept États successeurs selon le principe du droit des peuples à disposer d'eux-même (10e des 14 points du Président Woodrow Wilson).

Dans ce Traité, la revendication des Tchèques et des Slovaques de se doter d'un pays commun est reconnue, et la Tchécoslovaquie est créée. Mais le pays inclut une importante population de langue allemande, ainsi qu'une minorité hongroise. Les habitants de nationalité allemande sont 3 millions dans un État de 15 millions d'habitants.

La crise économique de 1929 a une influence importante dans les régions industrielles des Sudètes où le chômage augmente rapidement, exacerbant les conflits nationalistes. Hitler, qui prend le pouvoir en Allemagne en 1933, se donne pour mission de rattacher au Reich toutes les régions de langue allemande. La minorité allemande (majoritaire dans les Sudètes), emmenée par le nazi Konrad Henlein, amplifie ses exigences après l'Anschluss de l'Autriche au Reich, les 11 – 12 mars 1938.

Konrad Henlein


Hitler, invoquant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, annonce alors que, quoi qu'il arrive, il annexera la région le 1er octobre 1938, sachant pertinemment que cela équivalait à une déclaration de guerre avec la France et la Grande-Bretagne, alliés de la Tchécoslovaquie. .

Alors que la France mobilise, c'est Benito Mussolini qui propose de tenir une conférence de la dernière chance, à Munich. Participe à cette réunion, outre Mussolini pour l'Italie, Adolf Hitler pour l'Allemagne, Neville Chamberlain pour la Grande-Bretagne, et Edouard Daladier pour la France.



La France a un traité d'alliance avec la Tchécoslovaquie pour garantir ses frontières, mais elle n'est pas prête pour la guerre. En France , les accords de Munich font d’ailleurs consensus dans la classe politique, la grande majorité des politiciens étant « munichois ». Daladier, qui pensait être hué pour avoir cédé à Hitler, en ne recevant en échange que de vagues promesses de paix, est, à sa grande surprise, acclamé à sa sortie d'avion au Bourget. De même, Chamberlain est accueilli en héros à son retour à Londres. C'est que les opinions publiques sont consciente d'avoir échappé à un conflit majeur. C'est Winston Churchill qui prononce (ou pas) la célèbre formule : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre. Ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre »




Les accords de Munich prévoient l'évacuation du territoire des Sudètes avant le 10 octobre 1938 et son occupation progressive par les troupes allemandes. Le 30 septembre, le gouvernement tchécoslovaque se soumet aux termes des accords , mais le président Edvard Beneš, qui n'avait pas été invité à Munich, démissionne le 5 octobre. En quelques semaines, la Tchécoslovaquie perd 41 098 km2 et 4 879 000 habitants.




En mars 1939, les armées allemandes, violant délibérément les accords passés six mois plus tôt, envahissent et occupent le reste de la Bohême-Moravie, alors que la République Slovaque devient un État théoriquement indépendant sous la houlette de Mgr Tiso, contrôlé par le Reich allemand. Il faudra attendre l'invasion conjointe de la Pologne par l'Allemagne nazie et la Russie soviétique pour que la France et la Grande-Bretagne réagissent.


dimanche 16 septembre 2018

Le château de Rochecotte, la Courlande et la chapelle de Castellane

Le château de Rochecotte

Ce samedi 15 septembre, dans le cadre des journées du patrimoine, je suis allé visiter le château de Rochecotte à Saint-Patrice (commune de Les Coteaux-sur-Loire). « Visiter » est un bien grand mot, car le château étant depuis 1984 un hôtel de luxe, on ne visite pas l'intérieur pour ne pas déranger les (riches) clients. Mais la visite des jardins et notamment de la terrasse « à l'italienne » n'a pas manqué d'intérêt grâce aux connaissances de notre guide du jour, M. Daniel Sans-Chagrin, adjoint à la culture de la commune de Côteaux-sur-Loire (37130),

Pour en savoir plus sur celle qui fut une des plus notables propriétaire des lieux, Dorothée de Dino, je vous laisse vous reporter à un post récent : https://gillesenlettonie.blogspot.com/2018/08/dorothee-de-dino-de-la-courlande.html

Devant la façade principale du château de Rochecotte 

C'est en 1828 que Dorothée de Dino, quatrième fille du Duc de Courlande, achète le domaine de Rochecotte qui, outre un château resté abandonné depuis la Révolution, comporte 446 hectares de forêt et six fermes. La Duchesse va entreprendre de grands travaux, embellit et rend ainsi accueillante sa nouvelle demeure. Elle va beaucoup recevoir à Rochecotte, Talleyrand bien sûr, mais aussi les amis politiques de celui-ci, comme Thiers, futur président de la République, ou Guizot, futur président du conseil. Balzac est reçu le 26 novembre 1836, mais il ne semble pas avoir été le bienvenu ; Mme de Dino écrit en effet dans son journal : «  …… j’ai été ravie quand il est parti. Il est vulgaire de figure, de ton, et, je crois de sentiments ; sans doute il a de l’esprit, mais il est sans verve ni facilité dans la conversation. Il y est même très lourd, …... »

Après la mort de Talleyrand (17 mai 1838), Dorothée de Dino décide de regagner don duché de Żagań en 1843 et, en 1847, elle fait donation de Rochecotte à sa fille Pauline, épouse du Marquis Henri de Castellane. Le marquis meurt très jeune des suites d'une chute de cheval et Pauline va alors vivre très repliée sur Rochecotte, mais avec un rôle social très important. Elle crée dans le village une fondation, une école de filels, l'église, et elle intervient pour que la gare de Saint-Patrice soit implantée juste en face de l'entrée du château.

Trois générations de Castellane vont se succéder à Rochecotte. En 1890, Pauline meurt et laisse le domaine à son fils Alexandre. Le fils de celui-ci, Boniface (Boni), passera sa jeunesse à Rochecotte et il y organisera une fête fastueuse de trois jours à l'occasion de son mariage avec la richissime américaine Anna Gould. Stanislas, le frère de Boni, hérite de Rochecotte mais le vend en 1934 à son beau-frère d'origine cubaine, Emilio Terry. Le 16 janvier 1978, le dernier Castellane cède le château et le domaine à une société qui le démembre et disperse le mobilier, la bibliothèque et maints souvenirs historiques. Ce n'est qu'en 1984 que la demeure, abandonnée, est rachetée et restaurée par la famille Pasquier qui le transforme en château hôtel de luxe.

La chapelle de Castellane, dans le cimetière de Saint-Patrice

Mais j'ai appris aussi hier que Pauline de Castellane ainsi que onze autre membres de la famille de Castellane sont enterrés dans une chapelle, dite chapelle de Castellane, au fond du cimetière der Saint-Patrice. Celle-ci, que je suis allé voir après la visite, est malheureusement en mauvais état et il faudrait 50 000 € pour la restaurer. Une souscription à été récemment lancée par la Fondation du patrimoine du Centre-Ouest ( https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/chapelle-de-castellane-a-saint-patrice ) et je pense que, quiconque est concerné par la sauvegarde de notre patrimoine commun entre la France/Touraine et la Lettonie/Courlande aura à cœur d'apporter sa contribution.

Souscription pour la restauration de la chapelle de Castellane



samedi 1 septembre 2018

Le « false flag » de Gleiwitz qui déclencha la deuxième guerre mondiale





L'émetteur de Gleiwitz

Wikipedia : Les opérations sous fausse bannière (ou « sous faux pavillon », parfois désignées sous l'anglicisme false flag) sont des actions menées avec utilisation des marques de reconnaissance de l'ennemi.
Sans refaire la genèse des événements qui ont conduit au déclenchement de la deuxième guerre mondiale, il faut néanmoins souligner les accords de Munich (30septembre 1938). Par ces accords, la France et la Grande-Bretagne, qui ne désirent pas la guerre, autorisent l'Allemagne à annexer les régions de la Tchécoslovaquie majoritairement peuplées par des Allemands. L'épilogue a lieu le 15 mars 1939 au matin, quand les troupes allemandes envahissent sans coup férir le reste de la Tchécoslovaquie (Bohème et Moravie) pour y établir un protectorat.

Grisé par ce succès, Hitler déclare, le 23 mai 1939 : « Il n'est pas question d'épargner la Pologne » !

Auparavant, l'Allemagne nazie s'assure de la neutralité de la Russie soviétique en signant le pacte Molotov-Ribbentrop (23 août 1939), dont on ne soulignera jamais assez l'importance majeure dans le déclenchement de la guerre (http://gillesenlettonie.blogspot.com/2018/08/le-23-aout-jour-important-pour-les.html)

Reinhard Heydrich


Ainsi tranquille à l'est, Hitler va confier au Reichsführer-SS Heinrich Himmler le soin d'organiser une opération de provocation baptisée (en toute modestie) « Opération Himmler ». La mise en scène du plan est l’œuvre du bras droit d'Himmler, Reinhard Heydrich, qui monte deux prétendues attaques, une sur la station radio allemande de Gleiwitz et l'autre sur le poste de douane de Hochlinden. L'exécution (dans tous les sens du terme ,,,,,,) est confiée à la Gestapo, notamment Alfred Naujocks à Gleiwitz qui est considéré comme l'homme ayant déclenché la deuxième guerre mondiale.


Alfred Naujocks

Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1939, il y a donc 79 ans, six soldats allemands membres du Sicherheitsdienst de Heydrich, accompagnés de douze criminels à qui on avait promis la liberté, tous revêtus d'uniformes polonais, s'emparent de l'émetteur radio de Gleiwitz (aujourd'hui en Pologne, à la frontière tchèque). Puis ils lancent sur les ondes un message appelant la minorité polonaise de Silésie à prendre les armes pour renverser le chancelier Hitler.

A la vérité, le technicien qui accompagnait le commando fut incapable de mettre en œuvre l'antenne longue portée et le message ne put être diffusé que localement. Mais cela n'empêcha nullement la mise en place de la suite du plan, notamment l'exécution des criminels (drogués) représentant les cadavres des pseudo-attaquants polonais. Des journalistes furent convoqués pour constater de visu et témoigner de l' « attaque polonaise ».

Parallèlement, en tout état de cause, l'armée allemande attaqua la Pologne le 1er septembre 1939 à 04H45 du matin, sur toute l'étendue du front. Ainsi débuta la deuxième guerre mondiale, l’attaque allemande entraînant l'entrée en guerre de la France le 3 septembre et de la Grande-Bretagne le 4 septembre. Le 17 septembre, la Russie soviétique lança à son tour son attaque à partir de l'est de la Pologne, conformément aux protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop.


NB : Toute ressemblance avec des événements actuels (démocraties occidentales faibles, « défense » des « ressortissants » au-delà de ses frontières, provocations œuvre de « petits hommes verts ») ne serait pas fortuite …….