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dimanche 5 avril 2020

5 avril 1242 : la bataille des glaces



Au cours des croisades baltes, l'ordre militaire des chevaliers Porte-Glaive fut fondé en 1202 à Daugavgrīva (Dünamünde) à l'initiative de Albert de Buxhoevedenévêque de Riga ; il était composé de « moines guerriers » germaniques dont l'objectif officiel était de christianiser les populations baltes païennes de Livonie au besoin au fil de l'épée. Leur règle se fondait principalement sur celle des Templiers.

Après des succès initiaux, les chevaliers Porte-Glaive furent battus sévèrement par les Samogitiens le 22 septembre 1236 à la bataille de Saulė, leur grand maître Volquin de Naumbourg trouvant la mort sur le champ de bataille. Hermann von Salza, grand maître de l'ordre Teutonique en Prusse, prit alors l'initiative de négocier avec le pape Grégoire IX le rattachement des chevaliers Porte-Glaive. L'année suivante, les restes de l'ordre furent incorporés dans celui des chevaliers Teutoniques sous le nom d'ordre de Livonie.



À partir de 1237, l'ordre-uni conquit toutes les régions baltes de Courlande, de Zemgale et de Livonie, alors que le nord de l'Estonie autour de Tallin (Reval) restait sous le contrôle du roi Valdemar II de Danemark. Néanmoins, les tentatives de l'ordre d'envahir la République de Novgorod à l'est et d'occuper la ville de Pskov furent infructueuses.

Pourtant, espérant exploiter la faiblesse de la Russie dans le sillage des invasions mongoles et suédoises, les chevaliers occupèrennotamment Pskov à l'automne 1240. Sentant le danger, les habitants de Novgorod rappellèrent le jeune Alexandre Nevski, ce surnom (« de le Néva ») lui ayant été donné après sa victoire contre les Suédois le 15 juillet 1240 sur les rives de la Néva.

Dans l'espoir de surprendre l'armée de Novgorod, les chevaliers teutoniques, menés par le grand maître de l'ordre Hermann de Dorpat, empruntèrent un itinéraire très audacieux et mais qui allait se révéler très dangereux: il fit traverser à son armée l'étendue gelée du lac Peïpous en direction de Pskov. Les Russes les attendaient sur la rive et avaient prévu de les maintenir sur le lac coûte que coûte.



In fine, les Teutoniques furent battus, perdant 400 chevaliers, dont une vingtaine de l’ordre teutonique. Seul le grand maître, quelques évêques et une poignée de chevaliers réussirent à retourner à Dorpat (Tartu), après la bataille. Mais, contrairement à la théorie la plus connue, la glace du lac ne se serait jamais rompue parce qu'elle ne soutenait plus le poids des armures et des destriers teutons. La légende serait due au film Alexandre Nevski de 1938, de Sergueï Eisenstein.

Cette bataille met définitivement fin à l'expansion des croisés vers les principautés russes. 



Pour voir le film de Sergeï Eisenstein (né à Riga) dans son intégralité :

mercredi 25 mars 2020

25-28 mars 1949 : Opération Priboï - Déportation de 90 000 Baltes


Le 8 mai 1945 n’a pas signifié la fin de la guerre pour une grande partie de l’Europe, occupée par l’Union soviétique. Des mouvements de résistance, principalement les Frères de la Forêt, menèrent des actions armées dans les trois États baltes, et principalement en Lituanie où ils étaient le mieux organisés.

C’est Alexsandr Mishutin, procureur de la RSS de Lettonie, qui alerta Moscou dans un rapport secret,  le 21 septembre 1948, indiquant que des groupes clandestins de résistance, incluant des Koulaks (« riches » paysans), et des éléments contre-révolutionnaires, « pourrissaient la société soviétique lettone ».  

Le Conseil des Ministres de l’URSS (dont le président était Joseph Staline) prit, le 29 janvier 1949 la décision n° 390-1388ss approuvant la déportation des « Koulaks », des nationalistes (sic) et des bandits (re-sic), mais aussi de leurs soutiens et de leurs familles, depuis l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.  L’objectif était double : forcer à la collectivisation des propriétés et éliminer les soutiens des insurgés.

Le 28 février 1949, Viktor Abakumov, le Ministre de la Sécurité d’Etat (MGB) signa l’ordre n° 0068 du MGB pour la préparation et l’exécution de la déportation par les Forces de l’Intérieur, aux ordres du Lieutenant-Général Burmak. Compte tenu de l’objectif de 30 000 familles à déporter, des troupes additionnelles sont venues en renfort de l’intérieur de l’URSS, 4 350 en Estonie, 4 500 en Lettonie. C’est au total 76 212 personnels, articulés en équipe de 9-10, y compris des activistes du parti communiste armés pour l’occasion, qui ont été impliqués dans la déportation.

Selon les chiffres officiels, mais qui parfois divergent, 19 827 personnes ont été déportées d’Estonie, 41 811 de Lettonie et 25 951 de Lituanie. Ils se répartissaient en 27 % d’hommes, 44 % de femmes et 29 % d’enfants de moins de 16 ans. Leur destination était la Sibérie, principalement les oblasts d’Irkoutsk (27 %), d’Omsk (23 %) et de Tomsk (16 %).



Compte tenu du fort taux de mortalité enregistré chez les déportés lors de leurs premières années en Sibérie, en raison de l’incapacité – que ce soit par négligence ou par préméditation – de fournir un hébergement et de l’habillement adapté, certaines sources considèrent ces déportations comme un génocide (intention d’éliminer systématiquement un groupe culturel, ethnique, linguistique, national, racial ou religieux). Se fondant sur la clause dite de Martens (1899) et sur les principes de la Charte de Nuremberg (1945), la Cour Européenne des Droits de l’Homme a statué que les déportations de mars 1949 constituaient un crime contre l’humanité.

et 

Je ne changerai pas une ligne à ma conclusion de 2011 sur le même sujet : « Les crimes nazis et les crimes soviétiques sont une réalité. En aucun cas les crimes des uns ne peuvent excuser les crimes des autres. En aucun cas le commanditaire du crime, qu'il soit vainqueur ou vaincu d'une guerre mondiale, n'est absout et ne doit échapper à la justice, pas plus que l'exécutant. »


En 1949, le commanditaire du crime (mais pas seulement de celui-là) est Staline, ce même Staline réhabilité par le pouvoir russe actuel.  





jeudi 12 mars 2020

Užgavėnės, ou Mardi Gras en Lituanie



Avec cette fois pas mal de retard, retour sur une tradition lituanienne.

Užgavėnės est une tradition lituanienne qui a lieu durant la septième semaine qui précède Pâques, en principe la veille du Mercredi des cendres. Son nom signifie « le temps avant le Carême ». Cette célébration païenne correspond à la tradition catholique de Mardi gras et au Carnaval.



Toutefois, en Lituanie comme ailleurs, en semaine on travaille. C’est la raison pour laquelle Užgavėnės est généralement célébré lors du week-end le plus proche.

Le thème principal d’Užgavėnės est la victoire en apothéose du printemps (personnifié parKanapinis (l’homme de chanvre) sur l’hiver (Lašininis = le goret). Des diables, des sorcières, des chèvres, la « grande faucheuse », des bohémiens et d’autres personnages joyeux ou effrayants participent aux célébrations. Les festivités se terminent par la crémation d’une effigie de l’hiver, nommée Morė.  Le « slogan du jour » est :

Žiema, žiema, bėk iš kiemo !
(Hiver, hiver, va-t-en de la cour !)



Les célébrations les plus populaires ont lieu au Musée en plein air de Rumšiškės, près de Kaunas.



mercredi 11 mars 2020

11 mars : Jour de la restauration de l’Indépendance de la Lituanie




En Lituanie, le 11 Mars est le « Lietuvos Nepriklausomybės Atkūrimo diena », le Jour de la restauration de l’Indépendance de la Lituanie. Il commémore ce soir du 11 Mars 1990 quand, à 22H44, le Soviet Suprême de la Lituanie a adopté l’Acte de rétablissement de l’État indépendant de Lituanie (ci-dessous).  



Dans la salle des sessions plénières, le drapeau tricolore recouvre les armoiries soviétiques. Le Soviet, devenu Diète Reconstituante, proclame le retour en vigueur de la Constitution de 1938. Ce fait doit être interprété comme un moyen pour démontrer la continuité de la souveraineté de la Lituanie, interrompue par 50 ans d’occupation soviétique.

Le Grand-duché de Lituanie avait été un État souverain de 1253 à 1795, disparaissant dans les trois partages de la Pologne – Lituanie au profit principalement de la Russie mais aussi de la Prusse. La notion de continuité est importante. Car le fait de dire que le 11 Mars 1990 serait une nouvelle indépendance, après celle de 1918 – 1940, accréditerait l’affabulation, encore en vigueur dans la Russie d’aujourd’hui, selon laquelle les États baltes auraient rejoint l’U.R.S.S. de leur plein gré et n’auraient pas été occupés.

On soulignera également que le rétablissement de l’indépendance date bien du 11 Mars 1990 et non pas d’un quelconque jour d’Août 1991 quand, après le bien étrange putsch de Moscou, la puissance occupante soviétique a daigné reconnaître cette indépendance. On rappellera d’ailleurs que l’Islande fut la première à reconnaître le retour à l’indépendance de la Lituanie le 11 Février 1991.