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dimanche 22 septembre 2019

22 Septembre 1236: la bataille de Saulė ou la fin des chevaliers porte-glaive



La bataille de Saulė eut lieu le 22 Septembre 1236 et opposa les Chevaliers Porte Glaive (Fratres militiæ Christi Livoniaeaux Samogitiens et Semigalliens. L’ordre des Chevalier Porte Glaive avait été créé à Riga en 1202 par l’archevêque Albert afin de protéger d’une façon permanente les colons germaniques, mais aussi pour convertir les tribus païennes au Christianisme, le plus souvent au fil de l'épée.

Le 19 Février 1236, le Pape Grégoire IX avait publié une bulle appelant à la croisade contre la Lituanie païenne. Son objectif était de conquérir le littoral de la Baltique afin d’assurer une continuité entre le territoire des Chevaliers Teutoniques et celui des Porte Glaives. Par contre, l’objectif des Porte Glaive était de s’agrandir le long de la rivière Daugava et c’est la raison pour laquelle ils se dirigèrent vers la Samogitie.    



Le Maître des Porte Glaive, Volkwin, réunit environ 3 000 hommes, parmi lesquels des troupes de la République de Pskov, des Livoniens, des Latgalliens et des Estoniens. Ils firent un raid en Samogitie, pillant le pays, mais sans l’occuper selon les habitudes de l’époque. C’est en se retirant qu’ils tombèrent sur un groupe déterminé de Samogitiens qui les empêcha de traverser la rivière Mūša. Le lendemain matin, alors que les Chevaliers lourdement armés pataugeaient dans les marais, le Duc samogitien Vykintas, qui avait eu le temps de ramener des renforts (en tout 4 à 5 000 hommes), fit un véritable massacre, les troupes samogitiennes, plus légèrement armées, étant plus mobiles. En outre, les alliés locaux des Porte Glaives se débandèrent, notamment quand le Maître Volkwin fut tué. Enfin, les chevaliers qui s’enfuyaient en direction de Riga furent tués par les Semigalliens. 
   
Cette défaite est importante dans la mesure où elle obligea l’Ordre des Porte Glaives à fusionner en 1237 avec l’Ordre Teutonique, bien que demeurant une branche autonome sous le nom de Chevaliers Livoniens. Mais surtout, cette victoire des Samogitiens (Lituaniens) et Semigalliens (Lettons) donna des idées aux autres  peuples « Lettons » (Curoniens, Seloniens, Oeseliens) qui se révoltèrent à leur tour contre l’Ordre Livonien.



Le problème, est qu’on ne sait pas où s’est déroulée la bataille de Saulė (en Lituanien Saulės mūšis, ou Saules kauja en Lettonce qui, comme chacun sait, veut dire dans les deux cas « Bataille du soleil »). Le recueil Chronicon Livoniae, écrit par le chroniqueur westphalien Hermanni de Wartberge, mentionne que la bataille fit rage en terram Sauleorum. Traditionnellement, le lieu est identifié comme étant Šiauliai en Lituanie (Šiaulē en samogitien, Saule en live, Schaulen en allemand des Chevaliers Teutoniques), sans que le lien formel avec la ville actuelle ne soit prouvé. Car Vecsaule, près de Bauska (Lettonie) lui dispute cet honneur, ainsi qu’un des Pamūšis sur la rivière Mūša.

En l’absence de quelque trace que ce soit, est-ce bien important de savoir où s’est réellement déroulée cette bataille ? Peut-être pas, sinon pour les historiens, toujours pointilleux. Ce qui est à mon sens important, c’est que cette date du 22 Septembre soit devenue le Jour de l’unité des Baltes (comprendre Lituaniens et Lettons).


lundi 9 septembre 2019

8 septembre 1514 : bataille d'Orcha

La bataille d'Orcha; à première vue, un peu chaotique


Au XVIe siècle, le Grand Duché de Lituanie, uni à la Pologne depuis 1386, comprenait, en plus des terres ethniques lituaniennes, des territoires ruthènes et russes. De son côté, la Grande Principauté de Moscou, libérée du joug tatare depuis 1480, voulait unir tous les territoires peuplés de populations parlant le russe ou le ruthène, y compris ceux sous domination lituanienne.

En guerre contre la Lituanie depuis novembre 1512, une armée moscovite aux ordres du Grand Prince Vasili III prit Smolensk le 30 juillet 1514. En réaction, une force polono-lituanienne quitta la région de Wilna/Vilnius pour reconquérir la ville. Cette force comprenait environ 35 000 soldats repartis en 15 000 Lituaniens de l'armée régulière, 17 000 mercenaires polonais (infanterie, cavalerie, artillerie) et 3 000 cavaliers volontaires constitués par les magnats polonais. Elle était commandée par le Duc Konstantin Ostrogski, Grand Hetman de Lituanie, Castellan de Vilnius, futur Voïvode de Trakai, son second étant le Voïvode de Kiev, Jerzy Radziwiłł. Les forces moscovites étaient deux fois plus nombreuses, aux ordres d'Ivan Andreevitch Czeladnin.

L'Hetman Konstantin Ostrogski

NB : les chiffres sont ceux de Rerum Moscoviticarum Commentarii (Notes sur les Affaires Moscovites) écrites en 1549 par Sigismund, Freiherr von Herberstein. Ils ont été par la suite sujets à caution.

Czeladnin décida de livrer bataille près d'Orcha (aujourd'hui dans l'est du Bélarus), là où le Dniepr s'oriente vers le sud. Il partagea ses troupes en deux pour bloquer les ponts, mais les Polono-Lituaniens, qui disposaient de sapeurs, réussirent à traverser le fleuve dans la nuit du 7 septembre sur deux ponts reposant sur de grands barils.

La tactique de Czeladnin était de déborder les Polono-Lituaniens pour les rejeter dans le fleuve. A la deuxième attaque, la cavalerie légère lituanienne de l'aile droite fit semblant de fuir, mais, en fait, attira les Moscovites vers un bois où était cachée l'artillerie polonaise. De tous les côtés, les forces lituaniennes et polonaises surgirent et encerclèrent les Moscovites. Ce fut la panique et la débandade dans les rangs ceux-ci. Czeladnin fut fait prisonnier ainsi que 8 de ses commandeurs et des milliers de soldats. Il y eut entre 30 et 40 000 Moscovites tués. Les Polono-Lituaniens s'emparèrent du camp moscovite et de plus de 300 canons. Dans la foulée, il se réapproprièrent les places fortes qu'ils avaient auparavant perdues, à l'exception de Smolensk. La progression des Moscovites était arrêtée pour quatre ans.

En décembre 1514, l'Hetman Ostrogski fit une entrée triomphale à Vilnius. Deux églises orthodoxes y furent construites pour commémorer la victoire : l'église de la Sainte Trinité et l'église Saint-Nicolas.

Eglise Saint-Nicolas à Vilnius


Mais la Pologne et la Lituanie adressèrent en Europe, et en particulier à Rome, ce qu'on appellerait aujourd'hui de la propagande pour améliorer leur image. Avec comme message : « Les Moscovites ne sont pas des Chrétiens ; il sont cruels et barbares ; ils sont Asiatiques et non Européens ; ils sont alliés avec les Turcs et les Tatars pour détruire la Chrétienté ».

dimanche 1 septembre 2019

La provocation de Gleiwitz qui déclencha la deuxième guerre mondiale

Le relais radio de Gleiwitz en 1929


Sans refaire la genèse des événements qui ont conduit au déclenchement de la deuxième guerre mondiale, il faut néanmoins souligner les accords de Munich (30septembre 1938), Par ces accords, la France et la Grande-Bretagne, qui ne désirent pas la guerre, autorisent l'Allemagne à annexe les régions de la Tchécoslovaquie majoritairement peuplées par des Allemands. L'épilogue aura lieu le 15 mars 1939 au matin, quand les troupes allemandes envahissent sans coup férir le reste de la Tchécoslovaquie (Bohème et Moravie) pour y établir un protectorat.

Grisé par ce succès, Hitler déclare, le 23 mai 1939 : « Il n'est pas question d'épargner la Pologne » !

Auparavant, l'Allemagne nazie s'assure de la neutralité de la Russie soviétique en signant le pacte Molotov-Ribbentrop (23 août 1939), dont on ne soulignera jamais assez l'importance majeure dans le déclenchement de la guerre.

Ainsi tranquille à l'est, Hitler va confier au Reichsführer-SS Heinrich Himmler le soin d'organiser une opération de provocation baptisée (en toute modestie) « Opération Himmler ». La mise en scène du plan est l’œuvre du bras droit d'Himmler, Reinhard Heydrich, qui monte deux prétendues attaques, une sur la station radio allemande de Gleiwitz et l'autre sur le poste de douane de Hochlinden. L'exécution (dans tous les sens du terme) est confiée à la Gestapo, notamment Alfred Naujocks à Gleiwitz qui est considéré comme l'homme ayant déclenché la deuxième guerre mondiale.  

Alfred Naujocks, alors prisonnier des Américains en 1944


Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1939, six soldats allemands membres duSicherheitsdienst de Heydrich, accompagnés de douze criminels à qui on avait promis la liberté, tous revêtus d'uniformes polonais, s'emparent de l'émetteur radio de Gleiwitz (aujourd'hui en Pologne, à la frontière tchèque). Puis ils lancent sur les ondes un message appelant la minorité polonaise de Silésie à prendre les armes pour renverser le chancelier Hitler.

A la vérité, le technicien qui accompagnait le commando fut incapable de mettre en œuvre l'antenne longue portée et le message ne put être diffusé que localement. Mais cela n'empêcha nullement la mise en place de la suite du plan, notamment l'exécution des criminels (drogués) représentant les cadavres des pseudo-attaquants polonais. Des journalistes furent convoqués pour constater de visu et témoigner de l' « attaque polonaise ».

Parallèlement, en tout état de cause, l'armée allemande attaqua la Pologne le 1er septembre 1939 à 04H45 du matin, sur toute l'étendue du front. Ainsi débuta la deuxième guerre mondiale, l’attaque allemande entraînant l'entrée en guerre de la France le 3 septembre et de la Grande-Bretagne le 4 septembre. Le 17 septembre, la Russie soviétique lança à son tour son attaque à partir de l'est de la Pologne, conformément aux protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop.

Le relais aujourd'hui décommissionné



vendredi 23 août 2019

23 Août: journée du ruban noir dans les États Baltes

La voie balte - vers la Liberté

Le 23 Août 1939 a été signé à Moscou le « Traite de non-agression entre l’Allemagne et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.  Pour en savoir plus, je vous convie à lire mes posts précédents :



Ce jour est appelé dans les Etats baltes « Jour du ruban noir » car ce pacte entre les deux puissances totalitaires du XXe siècle a scellé leur destin pour les 50 ans qui suivirent. A cette occasion, les drapeaux nationaux, à la hampe desquels est accroché un ruban noir, sont arborés sur les façades des immeubles.

Il scella également le sort de la Pologne qui fut dépecée à partir du 1er Septembre 1939 par les nouveaux alliés, l'URSS prenant sa part du « gâteau » à partir du 17 septembre. 



C’est aussi le souvenir du 23 Août 1989quand 2 millions de Baltes, bravant l’occupant soviétique, ont formé une chaîne humaine de Vilnius à Tallinn, via Riga (en Lituanien leBaltijos kelias), pour protester contre l’occupation soviétique. Laquelle occupation est toujours non reconnue par la Russie d’aujourd’hui qui, au contraire, réhabilite Staline et essaye de justifier le pacte Molotov-Ribbentrop.

Donc, le 23 août 1989, en signe de protestation contre l’occupation dont ils étaient victimes, 2 millions de Baltes (donc un quart de la population totale) se donnèrent la main sur 675 km, entre Vilnius et Tallinn via Riga. Ce fut la Voie Balte, destinée à attirer l'attention de l'Occident sur le sort des États baltes. Les participants demandaient la reconnaissance des protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop, mais surtout le rétablissement de leur indépendance et de leur liberté.



Au passage, le logisticien que je fus ne peut qu’être admiratif devant l’organisation d’un tel événement, au nez et à la barbe de l’occupant ! Le parcours exact fut LT: Vilnius – Širvintos – Ukmergė – Panevėžys – Pasvalys – LV: Bauska – Iecava – Ķekava – Rīga – Vangaži – Sigulda – Līgatne – Drabeši – Cēsis – Lode – Valmiera – Jēči – Lizdēni – Rencēni – Oleri – Zasi – Rūjiena – Koniņi – EE:  Nuija  Karksi – Viljandi – Türi – Rapla – Tallin.

La dalle "Stebuklas" (Miracle), point de départ de la Voie Balte devant la cathédrale de Vilnius

Depuis 2009, le 23 août est la Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme.

Aujourd'hui, 23 août 2019, 30 ans après la Voie Balte, des bruits de bottes, toujours les mêmes, se font encore entendre dans la région,  et les gouvernants et populations baltes ont toutes les raisons de continuer à se méfier de leur voisin russe.