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lundi 20 août 2018

21 août 1968 : l'Union soviétique écrase le Printemps de Prague






Le « printemps de Prague » avait commencé le 5 janvier 1968 par l'élection d'Alexander Dubček (1921 - 1992) comme secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque, puis par l'élection du Général Lulvik Svoboda à la présidence de la République.

Alexander Dubček

Dubček prônait un « socialisme à visage humain » ; il avait aboli la censure, autorisé les voyages à l'étranger et fait même arrêter le chef de la police ! Ce mouvement est très vite acclamé par la population, les médias osent parler librement et de nombreux Tchécoslovaques se ruent vers l'Occident. Dubček parle avec ses concitoyens, descend dans la rue et se mêle à la foule : l'antithèse de Brejnev qui est en train de mettre au point la « doctrine Brejnev » qui limite l'autonomie des États soviétiques !

Mais très vite le Kremlin veut reprendre le contrôle de ectte République socialiste qui semble s'éloigner du « droit chemin ». Le 3 août, Dubček est fermement invité à rejoindre les représentants soviétiques, y compris Brejnev, à Bratislava et doit signer une vague promesse de lutter contre les « forces anti-socialistes » après des discussions orageuses.

Les armées du Pacte de Varsovie, composé de l'URSS, de la Pologne, de la Bulgarie, de la Hongrie et de la RDA, font irruption en Tchécoslovaquie dans la nuit du 20 au 21 août 1968. Les moyens militaires mis en œuvre sont énormes : 28 divisions blindées comptant 6300 tanks, 800 avions, 2000 canons de tous calibres et, dès la première journée, près de 100 000 soldats. Ils seront 750 000 dans les jours suivants. 



Quand les chars investissent les villes du pays, la population s'abstient de toute résistance armée. Elle tente de dialoguer avec les tankistes soviétiques. Dans un dérisoire effort de résistance passive, elle enlève les plaques des rues pour désorienter l'occupant. En certains endroits, des tankistes perdent leur sang-froid face à l'audace des manifestants et ouvrent le feu. On compte le soir du 21 août quelques poignées de morts.



Les 23 - 26 août, des dirigeants tchécoslovaques internés furent conduits en train sous bonne escorte à Moscou. , soumis à des pressions psychologique et même physique, ils furent contraints de signer un protocole annulant le processus de renouveau. Le bloc socialiste devait rester sans changement et sous le diktat soviétique. Tous les dirigeants finirent par capituler, à une exception près : Frantisek Kriegel, qui a refusé de signer le honteux protocole.

Leonid Brejnev

A partir de là, les choses se déroulèrent suivant la mise en scène de Moscou. Les hommes du Printemps de Prague furent éliminés de leurs fonctions. La nouvelle réalité fut scellée en octobre 1968, lorsque l'Assemblée nationale vota le traité sur le séjour temporaire des troupes soviétiques. Gustav Husak fut installé à la direction du pays devenu satellite de Moscou.   

L'invasion a marqué la vie du pays et de ses habitants pour 22 longues années. L'occupation soviétique a fait 72 morts et plus de 700 blessés. L'étouffement du processus de démocratisation a provoqué, tout comme ça avait été le cas en 1948, une vague d'émigration que seule la fermeture des frontières, en 1969, a arrêté. Lors de la période dite de normalisation, dans le cadre des purges communistes, 326 000 membres du PCT, des intellectuels notamment, ont été exclus du parti. Plus de 300 000 personnes ont été écartées de la vie publique. 350 000 autres ont été licenciées ou déplacés à des postes subalternes.












lundi 13 août 2018

13 Août 1961: construction du mur de Berlin



Il y a 57 ans, dans la nuit du 12 au 13 Août 1961, la République Démocratique Allemande (RDA) commençait la construction d’un mur qui allait séparer Berlin en deux pendant plus de 28 ans. « Mur de protection antifasciste » suivant la phraséologie est-allemande, ce mur avait pour objet de tenter de mettre fin à l’exode des Allemands de l’est vers la République Fédérale Allemande (entre 2,6 et 3,6 millions de 1949 à 1961). Car, à Berlin, il suffisait avant 1961 de prendre le métro pour passer à l’ouest.

C’est le Pacte de Varsovie qui, le premier, propose de « contrecarrer à la frontière avec Berlin-Ouest les agissements nuisibles aux pays du camp socialiste et d'assurer autour de Berlin-Ouest une surveillance fiable et un contrôle efficace ». Le conseil des ministres de RDA adopte le 12 août un décret dénonçant « la politique d'agression impérialiste des Occidentaux à son encontre ». Un contrôle très strict des frontières séparant Berlin-Ouest et Berlin-Est est instauré.



Rappelons qu’à l’époque Walter Ulbricht était Secrétaire général du comité central du Parti socialiste unifié d’Allemagne (SED, faux nez du Parti communiste) et Nikita Sergueïevitch Khrouchtchev Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de l’Union  soviétique.



Dans la nuit du 12 au 13 Août 1961, 14 500 membres des forces armées est-allemandes bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin-Ouest. Des troupes soviétiques se tiennent prêtes au combat et se massent aux postes frontières des Alliés. Tous les moyens de transport entre les deux parties de la ville sont interrompus. La construction du Mur autour des trois secteurs de l'Ouest consiste tout d'abord en un rideau de fils de fer barbelés. Ce réseau est complété, dans les semaines qui suivent, par un mur de béton, puis il est muni de divers dispositifs de sécurité.



La photo du jeune garde-frontière Hans Conrad Schumann, 19 ans, sautant les prémisses du mur en construction pour fuir le « paradis soviétique », au risque de se faire tuer, est devenue mythique. Dire que certains, aujourd’hui, voudraient nous faire croire que l’époque de l’URSS et des démocraties populaires c’était le bon vieux temps ou osent comparer l'UE avec l'URSS !!



Des milliers d’Allemands de l’est tenteront de franchir le mur au péril de leur vie. Au total, d’Août 1961 au 8 Mars 1989, 5 075 personnes réussissent à s’évader de l’est pour Berlin-ouest par divers moyens : escalade, souterrains, voitures spécialement transformées, fuites à la nage dans la Spree, etc …...

Le nombre de victimes du mur est incertain et varie, en fonction des sources (occidentales), entre 125 et 1 135. La dernière victime est tuée par la RDA le 5 Février 1989, neuf mois avant la chute du mur le 9 Novembre 1989 (laquelle chute du mur, rappelons-le, ne signifie pas pour autant la chute de l’URSS qui tuera encore, notamment dans les Pays baltes, en 1991).



dimanche 12 août 2018

6 octobre 2018 : élections législatives en Lettonie





Les électeurs lettons sont appelés aux urnes le 6 octobre prochain afin de remplacer les 100 députés du Parlement monocaméral, le Saeima,

16 parties et coalitions ont soumis avant le 7 août leur liste et ont été retenus par la Commission Centrale Électorale (Centrālā Vēlēšanu Komisija – CVK). Ce sont 1 470 candidats qui se présenteront au suffrage des électeurs. 68,3 % sont des hommes, 31,7 % sont des femmes. L'âge moyen des candidats est de 46,6 ans, le plus jeune ayant 21 ans, le plus vieux 88 ans.

Les bureaux de vote seront ouverts le 6 octobre de 7H00 à 20H00 ; mais les électeurs ne pouvant pas être disponibles le 6 octobre pourront voter par anticipation les 1er, 4 et 5 octobre, à certaines heures et dans certains bureaux de vote. Enfin, il est prévu que les urnes se déplacent au domicile des personnes ne pouvant pas se déplacer.

Ce 10 août, un tirage au sort a été effectué, attribuant un numéro d'ordre à chaque partie/coalition, lequel apparaîtra sur tous les matériels électoraux et surtout détermine l'ordre de présentation aux électeurs :

  1. "Latvijas Krievu savienība" (Latvia's Russian union)
  2. Jaunā konservatīvā partija (New conservative party)
  3. Rīcības partija (Action party)  
  4. Nacionālā apvienība "Visu Latvijai!"-"Tēvzemei un Brīvībai/LNNK" (National alliance "all for Latvia!" - "For Fatherland and Freedom/LNNK")
  5. "PROGRESĪVIE" ("PROGRESSIVES")
  6. "Latvijas centriskā partija" ("Latvia's centrist party")
  7. No sirds Latvijai (For Latvia from the heart)
  8. "Saskaņa" sociāldemokrātiskā partija ("Harmony" socialdemocratic party)
  9. Attīstībai/Par! (For development/For!)
  10. Latvijas Reģionu Apvienība (Latvia's Regional Alliance)
  11. "Latviešu Nacionālisti"("Latvian Nationalists")
  12. Jaunā VIENOTĪBA (New UNITY) 
  13. Par Alternatīvu (For an Alternative)
  14. Politiskā partija "KPV LV" (Political party "KPV LV")
  15. Zaļo un Zemnieku savienība (Greens and Farmers Union)
NB : pour avoir des députés, un parti/coalition doit obtenir au moins 5 % des voix.
Les précédentes élections législatives du 4 octobre 2014 avaient vu 6 partis dépasser la barre des 5 % , le Centre d'Harmonie du Maire de Riga, Nils Ušakovs (centre gauche pro-russe) arrivant en tête avec 23 % et 24 députés. Mais, faute de pouvoir s'accorder avec des partenaires pour former une coalition, c'est une coalition de centre-droit (Unité, Zaļo Zemnieku Savienība - ZZS, Alliance Nationale) qui avait été reconduite.

Affiche électorale du Centre d'Harmonie

Compte tenu de l'émiettement du nombre de listes, l'issue du scrutin reste incertaine. Bien qu'ayant mis en avant des jeunes et ayant dénoncé son partenariat avec « Russie Unie » de Poutine, il est vraisemblable que le Centre d'Harmonie ne continuera qu'à drainer les voix des russophones et ne trouvera pas de partenaire(s) pour gouverner. On s'acheminerait donc vers une nouvelle majorité et un nouveau gouvernement de centre-droit.

La liste des candidats par parti/coalition peut être consultée sur le site de la Commission Centrale Electorale : https://sv2018.cvk.lv/pub/CandidateLists




vendredi 3 août 2018

3 août 1940 : « incorporation » de la Lituanie à l'URSS

Un processus encore en vogue aujourd'hui ! 

Il y a 78 ans, à l'issue d'un processus qui a encore fait récemment ses preuves en Crimée, la Lituanie devenait une république socialiste soviétique.


En vertu des protocoles secrets du pacte de non agression, dit pacte Molotov – Ribbentrop, du 23 août 1939, modifié par le protocole additionnel secret au traité de délimitation et d'amitié du 28 septembre 1939, la Lituanie était rattachée à la sphère d'intérêt de l'URSS.

Carte du pacte Molotov - Ribbentrop


Après la défaite de la Pologne, l'URSS a tout de suite lancé ses opérations dans les Pays baltes, en commençant par la déstabilisation de l'Estonie, faisant notamment sans cesse voler ses avions au-dessus des villes estoniennes. Le 28 septembre 1939, l'Estonie fut obligée de signer un accord d'assistance soi-disant mutuelle et de laisser entrer 25 000 militaires soviétiques sur son territoire. La Lettonie fut soumise de manière similaire le 5 octobre 1939.

Le 10 octobre 1939, la Lituanie et l'URSS signèrent un accord d'assistance mutuelle (sic) semblable, mais aussi un accord pour le transfert de la région de Vilnius (qui était occupée par la Pologne depuis 1920) à la Lituanie, En échange, la Lituanie s'engageait à laisser entrer 20 000 hommes de l'Armée rouge, chiffre presque équivalent à toute l'armée lituanienne ! Cette présence étrangère jeta une ombre sur la restitution de Vilnius, les Lituaniens disant « Vilnius est à nous, la Lituanie est aux Russes » ! (Vilnius yra mūsų, Lietuva rusų). Le 28 octobre 1939, l'armée lituanienne fit son entrée à Vilnius.

Tant que l'URSS fut en guerre contre la Finlande (30 novembre 1939 – 13 mars 1940), la Lituanie fut temporairement laissée en paix. Mais, le jour même où l'armée allemande encercla les forces alliées à Dunkerque (24 mai 1940) , l'URSS présenta à la Lituanie une note dans laquelle elle accusait celle-ci d'avoir enlevé des soldats de l'Armée rouge, accusation totalement fantaisiste. Le 7 juin, nouvelle accusation absurde : les Pays baltes avaient constitué une alliance militaire contre l'URSS. Les soviétiques ne faisaient en fait que chercher des prétextes pour lancer une agression.

Le 14 juin 1940, les nazis entrèrent dans Paris et, la nuit qui suivit, l'URSS remit à la Lituanie un ultimatum arbitraire : laisser entrer en Lituanie un contingent illimité de l'armée soviétique et former un nouveau gouvernement. Molotov, Ministre soviétique des Affaires Étrangères, déclara à son homologue lituanien qu'en tout état de cause, l'armée soviétique entrerait de toute façon en Lituanie.

Réuni dans la nuit du 14 au 15 juin, le gouvernement lituanien, à l'exception du Président Antanas Smetona et de trois ministres, accepta l'ultimatum à 7H du matin, Ce qui n'empêcha pas, comme annoncé, les troupes soviétiques d'envahir le territoire lituanien le 15 juin à partir de 15H, avec 240 000 soldats, 1 140 avions, 1 513 chars, 2 946 canons, etc.….. Le Président Smetona et le Ministre de la Défense, Kazys Musteikis, eurent le temps de s'enfuir en Allemagne où ils furent internés.

Le Président Antanas Smetona


L'après-midi du 15 juin, le vice-commissaire aux Affaires Étrangères soviétique, Vladimir Dekanozov, arriva à Kaunas et commença à régner en maître sur la Lituanie. Son rôle consistait à dissimuler l'occupation, à former un gouvernement fantoche et à mettre en scène le spectacle de l'adhésion « volontaire » de la Lituanie à l'URSS.

Sur ordre du Kremlin, des élections « les plus démocratiques au monde » furent organisées à la hâte le 14 juillet 1940 dans les trois États baltes. Des élections sans choix puisque seuls les candidats communistes étaient autorisés à se présenter. Malgré des mesures « incitatives » la participation fut minimale, aussi fallut-il prolonger les élections d'un jour et avoir manifestement recours aux « ressources administratives ». Il fut ainsi obtenu une participation de 95,51 % des électeurs dont 99,19 % votèrent pour les candidats du parti,. Dans certains districts, plus de 100 % des inscrits votèrent, le record s'établissant à 123 % de votants !!

Le 21 juillet 1940, les soi-disant parlementaires du peuple se réunirent, avec la participation de jeunes communistes, d'officiers de l'Armée rouge et de membres du NKVD. Ils demandèrent que le système politique lituanien soit changé et surtout que la Lituanie soit admise dans l'URSS.

Le 3 août 1940, le Conseil Suprême de l'URSS accéda à la demande des pseudo-délégués lituanien et la Lituanie devint la république socialiste soviétique de Lituanie. L'Allemagne nazie reconnut l'occupation et l'annexion de la Lituanie et, sur ordre de Moscou, les ambassades et consulats lituaniens à Berlin, Paris, Rome, Stockholm et Vienne furent fermés.

C'en était fait pour 50 ans de l’indépendance de la Lituanie. Pendant cette période d'occupation soviétique :
# 186 000 citoyens lituaniens furent arrêtés et emprisonnés
# 140 000 furent déportés
# 48 000 sont morts en déportation
# 21 000 ont été tués dans des actions de résistance (la résistance armée dura jusqu'en 1953)
Aujourd'hui, la Fédération de Russie refuse toujours de reconnaître qu'il y ait eu occupation ……

Monument commémoratif à Vilnius, à côté de l'ancien siège du KGB

D'après « Pages tragiques de l'histoire de la Lituanie 1940 - 1953 » par Vladas Terleckas, Vilnius 2016