Pages vues le mois dernier

mercredi 23 août 2017

23 août 1939 : Le pacte Molotov–Ribbentrop - 23 août 1989 : La Voie Balte


Tous les 23 août, les Baltes célèbrent un double événement : l’un, tragique dans ses conséquences, le Pacte Molotov – Ribbentrop du 23 août 1939, l’autre, synonyme de révolte et d’espoir, la Voie Balte du 23 août 1989

Après leur retour (Lituanie) ou leur accession (Lettonie, Estonie) à l’indépendance en 1918, les États baltes avaient signé avec la Russie soviétique des traités de paix et des pactes de non-agression. Pressentant le conflit européen, ils avaient adopté, début novembre 1938, des textes de lois destinés à manifester leur volonté de rester neutres, à l’écart d’un éventuel conflit.

De son côté l’URSS, inquiète des projets d’expansion à l’est de l’Allemagne cherchait à conclure des accords d’alliance, y compris d’entraide militaire, avec la France et la Grande-Bretagne. Mais ces derniers, faisant preuve d’atermoiements, les soviétiques vont se détourner des démocraties occidentales pour se rabattre sur un accord avec l’Allemagne nazie.

Le 23 août 1939, l'Union soviétique, représentée par son Ministre des Affaires Étrangères, Viatcheslav Molotov, et l'Allemagne nazie, représentée par son homologue, Joachim von Ribbentrop, signent à Moscou un Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte Molotov-Ribbentrop.



Le traité proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays, ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie.

Mais le traité comportait également plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui déterminèrent le destin des États Baltes pour 50 ans. Dans ces protocoles, les deux puissances totalitaires s’entendaient pour se partager la Pologne et pour désigner la frontière nord de la Lituanie comme ligne de partage entre leurs « sphères d’influence ». Ainsi, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie tombaient dans la sphère d’influence soviétique, la Lituanie dans celle de l’Allemagne.

Ayant les mains libres à l’est, Hitler envahit donc « tranquillement » la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui conduisit à la Deuxième Guerre mondiale par l’intervention, le 3 Septembre, de la France et de la Grande-Bretagne volant au secours de leur allié polonais. De son côté, l’URSS envahit la Pologne par l’est le 17 septembre 1939, sans même de déclaration de guerre préalable. Le 28 septembre 1939, les deux puissances totalitaires signèrent un nouvel accord de délimitation des frontières, avec un accord secret complémentaire par lequel la Lituanie tombait, à présent, dans la sphère des intérêts soviétiques.


On n’oubliera pas également que, suite au pacte, l’URSS approvisionna largement l’Allemagne en matières premières (notamment pétrole, caoutchouc, céréales), ce qui permit à celle-ci de constituer des stocks nécessaires à son armée et à son industrie pour la suite de la guerre. C'est ainsi grâce à de l'essence russe que l'Allemagne put envahir la France en mai 1940 ! (Ci-dessous, fraternisation de soldats nazis et russes).



Aujourd’hui, la Fédération de Russie ne fait commencer la seconde Guerre Mondiale qu’en 1941, revendiquant même le titre de principal vainqueur. C’est « oublier » un peu rapidement que, pendant deux ans, elle fut un allié fidèle du régime nazi. Ça en serait presque cocasse si, dans le même temps, elle n'accusait pas les États baltes d'encourager la résurgence du nazisme chez eux ! 

Cinquante ans après, le 23 août 1989, en signe de protestation contre l’occupation dont ils étaient victimes, 2 millions de Baltes (donc un quart de la population totale) se donnèrent la main sur 675 km, entre Vilnius et Tallinn via Riga. Ce fut la Voie Balte, destinée à attirer l'attention de l'Occident sur le sort des États baltes. Les participants demandaient la reconnaissance des protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop, mais surtout le rétablissement de leur indépendance et de leur liberté.



Au passage, le logisticien que je fus ne peut qu’être admiratif devant l’organisation d’un tel événement, au nez et à la barbe de l’occupant ! Le parcours exact fut LT: Vilnius – Širvintos – Ukmergė – Panevėžys – Pasvalys – LV: Bauska – Iecava – Ķekava – Rīga – Vangaži – Sigulda – Līgatne – Drabeši – Cēsis – Lode – Valmiera – Jēči – Lizdēni – Rencēni – Oleri – Zasi – Rūjiena – Koniņi – EE:  Nuija  Karksi Viljandi – Türi – Rapla – Tallin.

Depuis 2009, le 23 août est la Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme.

Aujourd'hui, 23 août 2017, des bruits de bottes, toujours les mêmes, se font encore entendre dans la région, en préambule à la manoeuvre „Zapad-2017“ qui va amener des milliers de soldats russes et bélarusses aux frontières des Etats baltes.




dimanche 18 juin 2017

Lituanie : à propos de la Colline des Croix



Par le biais des alertes Google, je suis encore tombé ce matin sur un site faisant remonter l'installation de la Colline des Croix, près de Šiauliai dans le nord de la Lituanie, au XIVe siècle. Je ne suis pas surpris dans la mesure où c'est ni plus ni moins qu'un copier-coller de Wikipédia (« Les premières croix ont été posées sur la colline fortifiée au xive siècle ») qui relève du domaine de la bourde historique ! Je pense toutefois qu’il n’est pas inutile de rappeler l’histoire de cette colline.

Faisons tout de suite un sort à quelqu'un qui s’auto-baptise « un des meilleurs connaisseurs des Pays baltes » ! Non, les premières croix n’ont pas été érigées par les Lituaniens après la bataille de Saulė (qui, au passage, n’a vraisemblablement pas eu lieu près de Šiauliai) en 1236 ! Pour la simple raison qu’en 1236 les Lituaniens étaient païens et qu’ils n’ont été convertis au christianisme (du moins leurs chefs, à commencer par le Grand-duc Jogaila) qu’en 1386, avec une brève parenthèse opportuniste (1252 – 1260) sous Mindaugas.

A la vérité, sur cette colline de Jurgaičiai (Jurgaičių piliakalnio ) il n’y avait jusqu’au XIVe siècle qu’un château en bois qui participait à la défense du Grand-duché de Lituanie contre les incursions des Chevaliers livoniens, château qui fut brûlé en 1348.
 

La première mention écrite de la présence de croix sur cette colline date de 1850. Le trésorier du district de Šiauliai, Mauricijus Griškevičius, fait état d’un habitant de Jurgaičiai qui avait fait la promesse à Dieu en 1847 de mettre des croix sur la colline s’il survivait à une grave maladie. Il est vraisemblable toutefois que les premières croix aient été placées après l’insurrection de 1831 par les proches des victimes lituaniennes, les autorités russes tsaristes n’ayant pas permis que celles-ci aient une sépulture décente. Puis les croix devinrent plus nombreuses après la seconde insurrection de 1863.

A la fin du XIXe siècle, la colline était déjà un lieu sacré réputé. Le premier comptage des croix eut lieu en 1900 et on dénombra alors 130 croix ; en 1938, il y en avait 400.

Sous l’occupation soviétique, la Colline des Croix prit une importance particulière, devenant le symbole de la résistance au régime. En 1960 il y avait plus de 2 000 croix, aussi le gouvernement soviétique, considérant le lieu comme hostile, détruisit les croix en 1961 et planta à la place des arbres décoratifs. A plusieurs reprises, la colline fut rasée par les bulldozers, notamment en 1973, 1974 et 1976, et le site était gardé par l’armée soviétique et le KGB. En 1978 et 1979 il eut même des tentatives pour construire un barrage afin d’inonder la zone. Mais, à chaque fois, les Lituaniens réussissaient à revenir et chaque année, environ 500 croix devaient être détruites par l’occupant. 

Ce n’est qu’à partir de 1985 que la Colline des Croix fut laissée en paix et, après le retour de la Lituanie à l’indépendance, elle gagna une réputation désormais mondiale. A l’époque, des volontaires de Šiauliai comptèrent 14 387 grandes croix. Il est aujourd’hui impossible de dire combien de millions de croix de toutes tailles il y a sur le site, des centaines s’ajoutant quotidiennement.

Le Pape Jean-Paul II visita la Colline des Croix le 7 Septembre 1993 et fit don d’une croix haute de 3,80 mètres que l’on peut voir à l’entrée du site.




Aujourd'hui, la Colline des Croix est un lieu national majeur lituanien. Personnellement, ce que je trouve le plus remarquable, c’est que le site est ouvert à tous les vents mais que personne, au grand jamais personne, n’aurait l’idée de toucher aux médailles, chapelets, voire pièces de monnaie, et bien sûr aux croix de toutes tailles déposées là. En Lituanie, on a encore apparemment le sens des valeurs.  


vendredi 16 juin 2017

"Don't look back in anger"

Il est parfois, souvent même, des choses plus importantes à faire que de mettre à jour un blog !

Depuis fin avril, j'ai donné la priorité aux conférences que je donne aux militaires français qui partent en Estonie dans le cadre de la « enhanced Forward Presence » de l'OTAN. C'est ainsi que j'étais le 16 mai au 121e Régiment du Train à Montlhéry et le 7 juin au 2e Régiment Étranger d'Infanterie à Nîmes. Ce cycle Estonie devrait se terminer le 5 juillet au camp de Mourmelon, au 501e Régiment de Chars de Combat.

Outre qu'il est valorisant de voir qu'on me fait confiance pour transmettre mes connaissances alors que je suis de facto civil (j'ai dépassé l'âge d'être Officier de réserve depuis « un certain temps »), il est pour moi intéressant de comparer in situ les corps de troupe d'aujourd'hui avec ce qu'ils étaient il y a 17 ans, lorsque j'ai quitté le service actif. On me permettra toutefois d'invoquer le devoir de réserve afin de garder pour moi mes réflexions.

eFP en Estonie

Il est du domaine du possible que je continue à la rentrée avec des conférences sur la Lituanie, les éléments français basculant en effet en novembre 2017 du soutien des Britanniques en Estonie à celui des Allemands en Lituanie. Mais étant « payé à l'acte » (et en l’occurrence pas encore payé de mes missions du mois de mars!), mon statut est quelque peu précaire …...

En outre, un incident – par définition non prévu – est venu perturber mon emploi du temps, Venu passer, le 17 mai, une épreuve d'effort à l'hôpital militaire Begin (Saint-Mandé), je me suis retrouvé hospitalisé pendant 8 jours, le temps de trouver le traitement ad hoc pour minimiser mon arythmie cardiaque. Juste histoire de me rappeler que chaque jour je vieillis ……

Entrée de l'hôpital Bégin

Néanmoins, ma vie continue à ne pas être un long fleuve tranquille, et c'est tant mieux ! J'envisage toutefois de faire un tri sérieux dans mes diverses activités à l'horizon de 2019,

Je pars ce lundi pour 8 jours en Bretagne (Saint-Gildas de Rhuys, Morbihan) pour des vacances qui, comme d'habitude, ne seront pas vraiment du repos.

Du 30 juin au 3 juillet, je serai à Lyon pour aider à tenir le stand de la Lituanie lors des traditionnelles Fêtes Consulaires sur la place Bellecour. C'est pour moi une obligation morale que de traverser la France pour, avec d'autres amis, donner un coup de main à mon ami Consul Honoraire de Lituanie pour promouvoir ce pays dont nous sommes plus que des fans.

Le 5 juillet, je serai donc à Mourmelon et le 6 je passe un IRM à l'HIA Begin, en espérant qu'on ne me refasse pas le coup de l’hospitalisation ……

Camp de Mourmelon
Du 3 au 18 août, j'accueillerai mon ami letton qui n'est pas venu en France depuis 2 ans.

Merci donc de pardonner mes absences passées et à venir sur ce blog. En tout état de cause, ne regardez pas en arrière avec colère …...



vendredi 28 avril 2017

Avril 2007 : l'affaire du soldat de bronze à Tallinn






Du 26 au 28 avril 2007, la capitale estonienne a connu des émeutes qui, avec le recul, de dix années, peuvent être interprétées comme la première manifestation d'une guerre hybride.

En septembre 1944, puis en avril 1945, les restes de soldats soviétiques sont enterrés sur la colline de Tonismägi, dans le centre de Tallinn. Le 12 juin 1945, la place est renommée « Square des Libérateurs », Un mémorial, commandé à l'architecte Arnold Alas, est inauguré le 22 septembre 1947 ; sa statue centrale est un soldat de bronze, œuvre du sculpteur Enn Roos. En 1964, il est ajouté une « flamme éternelle ».

Le problème est que ce soldat « libérateur » apparaissait, aux yeux des Estoniens, comme le symbole de 50 ans d'occupation.

Le 4 mai 2006, les partis conservateurs de centre droit Union de la patrie et Res Publica demandent à la municipalité de Tallinn de prévoir le déplacement du monuments à un endroit moins central et la ré-inhumation des restes de soldats dans un cimetière militaire. C'est le Parti de la Constitution, soutenu par le Kremlin, dont le leader est Andrei Zarenkov, qui exprime le premier son opposition au déplacement.

Le site du monument sur Tõnismägi devint rapidement le point de fixation à la fois des nationalistes estoniens et des groupes extrémistes russes. « Nochnoy Dozor », la Garde Nocturne , est créée, avec pour objectif la protection du monument. Ça n'empêche pas celui-ci d'être vandalisé le 22 mai 2006, Le 26 mai, le Ministre de l'Intérieur interdit tout rassemblement aux alentours immédiats du monument, lequel est gardé 24 heures sur 24 par la police.

Le 10 janvier 2007, le Riigikogu (parlement) vota le « Décret de protection des tombes de guerre » qui stipule que le Premier Ministre peut décider du déplacement des restes de soldats si leur lieu d'inhumation est inapproprié. Le 9 mars 2007, le Ministère de la défense recommanda de déplacer les restes des soldats de Tõnismägi. Les travaux préparatoires commencèrent le 26 avril. À 04H30 du matin.

Mais, rapidement, la tension monta, notamment à partir de 9H du matin ce 26 avril. Les manifestants lancèrent des pavés sur les policiers (ce qui n'est pas vraiment dans les mœurs locales) qui durent faire usage de lacrymogènes et de canons à eau. Des voitures furent endommagées et des boutiques pillées. Il fut procédé à 300 arrestations, la plupart des prévenus ayant moins de 20 ans. Les manifestations reprirent le 27 avril soir, s'étonnant même à Narva et Jöhvi, dans l'extrême nord-est russophone de l'Estonie.


Dans la nuit du 27 au 28 avril, devant la gravité de la situation, le gouvernement réuni dans la nuit décide de faire enlever le soldat de bronze le lendemain matin, d'un seul tenant. En outre, la vente de l'alcool est interdite sur tout le territoire estonien du 28 avril au 2 mai. Mais la situation ne reviendra au calme qu'à partir du 9 mai. Ces manifestations auront toutefois fait un mort, Dmitri Ganin, 20 ans, poignardé dans des conditions non encore élucidées à ce jour. Les centaines d'arrestations ne conduiront qu'à 91 inculpations et 6 emprisonnements.



Il est aujourd'hui certain que des agents des forces spéciales russes, en provenance a priori de la Brigade de Spetsnaz de Pskov (de l'autre côté de la frontière) , on coordonné les manifestations, ravitaillant en outre les insurgés en liquide inflammable et en …… vodka.

En outre, l'Estonie a eu à subir le 9 mai la première cyberattaque par déni de service (DoS attack) d'envergure sur les sites des journaux, les banques et les organismes gouvernementaux. L'attaque ayant eu lieu le jour où la Russie célèbre la victoire de 1945, le 9 mai et non pas le 8 mai comme les autres pays, tous les regards accusateurs se tournèrent vers Moscou …...

Ces événements de 2007 contenaient donc déjà tous les ingrédients d'une attaque hybride (manipulation des masses par des agents sur le terrain et cyberattaques) que l'Estonie pourrait bien subir à nouveau dans un futur plus ou moins proche.

Le soldat de bronze à son emplacement actuel, dans le Cimetière des Forces de Défense de Tallinn






vendredi 21 avril 2017

Débuts officiels du groupement inter-armes franco-britannique en Estonie

Prise d'armes à Tapa (Estonie)
Le groupement inter-armes franco-britannique de l'OTAN, stationné en Estonie a marqué le début de ses activités officielles par une cérémonie et un défilé militaire sur la base de Tapa, hier jeudi 20 avril après-midi.

Près de 1 500 soldats de Grande-Bretagne., de France et d'Estonie ont participé au défilé militaire, dont la cérémonie d'ouverture comprenait des discours du secrétaire d'État britannique à la Défense Sir Michael Fallon, du ministre danois de la Défense Claus Hjort Frederiksen et du ministre estonien de la Défense Margus Tsahkna. Des soldats britanniques, français et danois ont également procédé au lever de leurs drapeaux nationaux respectifs lors de la cérémonie.

Au sein du détachement français

En plus des trois ministres de la Défense, on notait la présence de la Présidente estonienne Kersti Kaljulaid, du Premier ministre Jüri Ratas, du président du Riigikogu (Parlement) Eiki Nestor et du commandant des forces de défense estonienne, le général Riho Terras. Le Général d'Armée Didier Castres, Inspecteur des Armées, représentait la France.

La Présidente estonienne face au détachement français

Dans son discours, M, Margus Tsahkna a déclaré que l'arrivée du groupe de combat allié marquait clairement que l'Estonie n'était désormais plus seule et qu'elle ne serait plus jamais seule pour se défendre contre les menaces,

Il y a environ 1 200 soldats alliés dans le groupement de combat stationné à Tapa. La Grande-Bretagne contribue avec plus de 800 soldats et des chars Challenger 2, des véhicules de combat d'infanterie Warrior (IFV), de l'artillerie automotrice AS90 ainsi que d'autres véhicules blindés. La France contribue avec 300 personnels et chars Leclerc, des VBCI et des VAB.



Les détachement français de Tapa sera remplacé au bout de quatre mois par d'autres français, après quoi ils passeront la main à un contingent danois de taille similaire.







dimanche 16 avril 2017

Les traditions de Pâques en Lituanie



La majorité des Lituaniens (80%) étant des catholiques romains pratiquants, ce n'est pas une surprise que Pâques, fête la plus importante du christianisme car commémorant la résurrection de Jésus, prenne en Lituanie un relief particulier. Avec quelques traditions spécifiques.

Le rituel de Pâques commence 40 jours avant avec le Carême, appelé Gavėnia en Lituanien. Mais c'est avec le dimanche des Rameaux (Verbų Sekmadienis), le dimanche avant Pâques, que commence la Semaine Sainte. Ce dimanche commémore l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem. Les gens venus l'accueillir déposaient devant Lui leurs manteaux et des branches de palmiers. Comme, compte tenu du climat, il n'y a pas de palmiers en Lituanie, on a fait il y a bien longtemps des « Palmes de Pâques » spécifiques ou Verbos. Ces Verbos sont constituées de différentes fleurs colorées séchées, de tiges et d'épis de céréales, de branches de saules.

Le jeudi saint (Didysis ketvirtadienis) est, selon la coutume, le jour du grand nettoyage. Non seulement il est impératif de nettoyer sa propre personne, mais aussi la maison en entier et tout ce qui s'y trouve : fenêtres, poêles, murs, vêtements, etc …...

Le vendredi saint (Didysis Penktadienis), les gens essaient de se taire et on interdit aux enfants de faire du bruit, par respect pour Jésus qui a été crucifié ce jour-là. Lke nettoyage de la maison, entrepris le jeudi saint, doit être terminé car la poussière pourrait entrer dans les yeux de Jésus qui a déjà suffisamment souffert comme ça.

Le samedi saint (Didysis Šeštadienis) on décore les œufs, les célèbres Margučiai (singulier : Margutis), soit en les teignant naturellement avec des peaux d'oignons, des pétales de fleurs, du foin, de l'écorce d'arbre, etc.….., soit par par gravure avec un outil pointu. En outre, un panier d'aliments de Pâques (œufs, sel, pain, gâteaux, jambon, saucisse, beurre, fromage, etc.…..) est apporté à l'église pour être béni. Enfin, le soir et la nuit de Pâques, les jeunes gens célibataires déambulent à travers les villages en jouant de la musique. Ils s’arrêtent dans chaque famille pour lui souhaiter une bonne année, une bonne récolte et une bonne santé. Là où il y a une jeune fille à marier, ils entonnent un chant spécial et ils sont le plus souvent remerciés avec des Margučiai.


Le matin de Pâques (Velykos), le gens vont à la messe puis font ensuite un repas somptueux car tous les interdits alimentaires du Carême sont levés. Une des plus anciennes traditions païenne consiste en quelque sorte à trinquer avec des œufs peints. On tape les pointes des œufs les unes contre les autres et forcément l’une des deux casse Si votre coquille d’œuf reste intacte, vous êtes destiné à avoir une longue vie. 

Linksmų Šventų Velykų visiems


vendredi 14 avril 2017

Telšiai et le Musée Samogitien « Alka »



Telšiai ne fait pas partie des étapes traditionnelle des touristes en Lituanie et c'est dommage. Car, outre que c'est une ville agréable, au bord d'un lac, capitale historique de la Samogitie, elle abrite un musée très intéressant.

Telšiai est une ville de 30 000 habitants, capitale de l'apskritis ( = canton, arrondissement) éponyme, mais surtout capitale historique de la Samogitie, province aux particularismes très marqués, notamment un dialecte (ou langue ?) original, le Samogitien. Installée sur les rives du lac Mastis, Telšiai ( en Samogitien : Telšē ) a , comme Rome, sept collines dont la formation est due au géant légendaire Džiugas ! La première mention écrite de la ville remonte aux années 1450, mais les fouilles archéologiques ont montré que la région était habitée dès l'âge de pierre.

Le Musée "Alka" au bord du lac Mastis

La première église catholique date de 1536 et, aujourd'hui, Telšiai est le siège d'un évêché, avec la cathédrale saint-Antoine de Padoue, et elle possède un séminaire. Mais, en 1897, les Juifs représentaient 51 % de la population. Ce sont les soviétiques qui, d'abord, fermèrent la Yeshiva (école talmudique) en 1940, puis la population juive fut massacrée par les nazis. Miraculeusement, une rre synagogue en bois survécut jusqu'à nos jours.

Pranas Genys, premier directeur du Musée "Alka"

Tout ça, et bien d'autres choses, on le retouve au Musée Samogitien « Alka ». C'est le 24 janvier 1931 que se tint la première réunion de la Société d'Ethnographie Régionale dont le poète Pranas Genys fut élu président. Genys imaginait qu' « Alka » deviendrait un centre culturel non seulement pour Telšiai mais pour toute la Samogitie. Le Musée fut inauguré le 16 février 1932 dans trois pièces louées dans une maison en bois. Ce n'est que le 6 octobre 1938 qu'il ouvrit dans son bâtiment actuel, sur la Colline Verte.

Devant la photo  de Sophie de Choiseul-Gouffier, avec Regina Bartkienė du Département Histoire  (à droite)

Aujourd'hui, le Musée « Alka » est célèbre dans toute la Lituanie pour ses 62 000 objets présentés, ses 70 000 documents d'archives et sa bibliothèque riche de 12 000 livres, Certainns des objets et documents proviennent du manoir de Plateliai, aujourd'hui détruit, qui a appartenu de 1800 à 1945 à la famille noble d'origine française de Choiseul-Gouffier. C'est ce dernier point qui a fait que je me suis rapproché depuis plusieurs mois du Musée « Alka » et que je lui ai rendu visite le 24 mars dernier.

Au pied du Musée « Alka », au bord du lac Mastis, il y a également une Musée en plein-air regroupant 16 maisons authentiques, typiques de la Samogitie du XIXe siècle, Il n'était malheureusement pas encore ouvert lors de mon passage.

Il y a donc de quoi largement s'occuper intelligemment à Telšiai , et nul doute que j'y retournerai !

Armoiries de la Samogitie








mercredi 12 avril 2017

Pažaislis, « Monte Pacis » et Claire-Isabelle de Mailly-Lascaris


Lors de mon récent périple en Lettonie – Lituanie, après la conférence que j'ai donnée à Kaunas, j'ai été hébergé à l'hôtel-restaurant « Monte Pacis », installé dans une aile du monastère de Pažaislis. (http://montepacis.lt/?lang=en_us)

Bien que ma nuit ait été courte, je tiens à souligner le caractère hautement recommandable de cet hôtel, compte tenu de son environnement, du décor intérieur et de la serviabilité du personnel. A titre d'exemple, comme je partais avant l'heure normale du petit déjeuner, un petit-déjeuner m'a été apporté en chambre à l'heure pile souhaitée et le taxi (offert) pour m'emmener à la gare routière était largement en avance.



En plus, j'ai eu droit à un clin d'oeil personnalisé car j'ai été hébergé dans la chambre « Claire-Isabelle de Mailly-Lascaris » (Klara Izabelė de Maijly), la manager ayant été manifestement mise au courant que j'avais écrit sur les Français en Lituanie

Claire-Isabelle de Mailly-Lascaris (ci-dessous) était dame d'honneur de Louise-Marie de Gonzague-Nevers, laquelle avait été couronnée Reine de Pologne et Grande-duchesse de Lituanie le 10 mars 1646 à Cracovie. Claire-Isabelle épouse le 28 juin 1654 le comte Kristupas Zigmantas Pacas (1621 – 1684) qui sera Chancelier du Grand-duché de Lituanie de 1658 jusqu'à sa mort en 1684.



Kristupas Zigmantas Pacas était un homme instruit, ayant étudié à Cracovie, Liège et surtout 8 ans à Florence. C'est suite à ce séjour en Italie qu'il obtient la permission du Pape de construire un monastère pour l'ordre des Camaldules près de Kaunas. Ce sera Pažaislis. La construction débute le 20 octobre 1667 (pose de la première pierre), l'église est sanctifiée en 1674 et consacrée en 1712.

Pacas, qui admirait beaucoup le baroque italien, a fait appel pour la construction du monastère à des architectes italiens, et à des artistes également italiens pour sa décoration. Parmi les fresques, on peut remarquer près de la sacristie celle concernant Saint Brunon de Querfurt venu évangéliser les païens baltes. C'est dans le texte relatant sa décapitation, le 14 février 1009, qu'apparaîtra pour la première fois le nom de « Lituanie ».

On notera que le nom officiel du monastère, Eremus Montis Pacis (l'hermitage de la colline de la paix) est un jeu mots entre le nom latin de paix (pacis) et le nom de la famille Pacas ; jeu de mots que l'on retrouve au fronton de l'église Saint-Pierre-et-Paul de Vilnius, construite par son frère, Mykolas Kazimieras Pacas : « Regina Pacis, funda nos in pace ».



Le monastère sera pillé par l'armée napoléonienne en 1812. Occupé par des moines orthodoxes après l'insurrection de 1831, ceux-ci emporteront œuvre d'art et archives quand ils fuiront devant l'armée allemande en 1915. A partir de 1920, les sœurs de Saint-Casimir le remontèrent avant d'en être chassées par le pouvoir soviétique. Les sœurs revinrent en 1992 et sont aujourd'hui une cinquantaine.

Le comte Pacas, son épouse Isabelle et leur face décédé en très bas âge avaient été enterrés dans le cimetière de Pažaislis. Leurs tombent ayant été plusieurs fois profanées lors des tourments de l'histoire, ils ont été solennellement ré-enterrés en 2003.



L'Hôtel « Monte Pacis », installé dans une (confortable) dépendance où il ne dépare nullement le site, vaut bien la peine qu'on s'y arrête pour se pencher sur cette page d'histoire lituano-française.




Merci à la très francophile manager de l'hôtel « Monte Pacis », Madame Indra Ramanauskienė, de m'avoir permis de connaître ce lieu remarquable où je me promets de revenir pour apprécier ses talents de sommelière ……. 





vendredi 7 avril 2017

Lielais Kristaps et la légende de la création de Riga





Comme promis lors de mon récent voyage, notamment en Lettonie, une explication sur la statue de « Lielais Kristaps » (le Grand Christophe) que l'on peut voir à Riga sur les bords de la Daugava.



Il était une fois ……., il y a bien longtemps, avant que la cité de Riga ne soit construite, un homme grand et fort, nommé Lielais Kristaps, habitait dans une cabane sur la rive droite de la Daugava. Faute de pont ou de gué, il transportait les personnes sur son dos pour leur faire traverser la rivière.

Un soir qu'il dormait, Kristaps a entendu un petit enfant pleurer de l'autre côté de la rivière. Il se leva immédiatement pour aller chercher l'enfant et commença à le faire traverser sur son dos. Mais, petit à petit, l'enfant s'alourdissait et Kristaps eut toutes les peines du monde à atteindre la rive. Exténué, il coucha l'enfant dans sa hutte et s'endormit à son tour.

Au matin, quand Kristaps se réveilla, il constata que l'enfant avait disparu mais, à sa place, il trouva un grand coffre rempli de pièces d'or, Jusqu'à sa mort, Kristaps utilisa l'argent pour construire Riga, la première maison étant élevée là où se trouvait sa cabane.

(Il ne vous aura pas échappé qu'il s'agit là d'une variante de la légende de Saint-Christophe)



Une sculpture, œuvre de Michael Brinkman, fut érigée en 1683, Elle a été remplacée en 1997 par une copie de Gints Upitis, l'original étant déposé au Musée de Riga et de la Navigation où on peut toujours la voir aujourd'hui.


Pour mémoire le Festival du film letton porte le nom de Lielais Kristaps et distribue des statuettes éponymes, équivalents des Oscars ou des Césars.