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samedi 11 juin 2011

Abbé Edgeworth de Firmont (1745 – 1807)

Je vois d’ici mes (rares) lecteurs se dire : mais de quoi va-t-il encore nous parler ?! Les plus érudits sauront qu’il a été le confesseur de Louis XVI sur l’échafaud. Mais quel rapport avec la Lituanie, la Lettonie, etc. … ? Eh bien si, il y a un rapport, vous allez le constater.

Né en 1745 à … Edgeworthtown en Irlande, Henry Essex Edgeworth (ci-dessus) était le fils d’un pasteur converti au catholicisme et réfugié en France. Devenu prêtre, il fut vicaire général du diocèse de Paris et devint ainsi en 1791 le confesseur de Madame Elisabeth (sœur des Rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, guillotinée le 10 Mai 1794). C’est d’ailleurs Madame Elisabeth qui recommanda l’abbé Edgeworth à son frère Louis XVI pour l’assister lors de son procès. Après la condamnation à mort du Roi, il put obtenir la permission de célébrer la messe pour lui et l’accompagner à l’échafaud. L’abbé Edgeworth est resté célèbre pour une phrase apocryphe lors de l’exécution de Louis XVI (21 Janvier 1793) : « Fils de Saint Louis, montez au ciel ! »

Après l’exécution du Roi, il resta en France, malgré le danger, pour assister Madame Elisabeth. Mais, après l’exécution de celle-ci, il jugea prudent de quitter la France et il alla rejoindre le Comte d’Artois, futur Charles X, à Edimbourg en Août 1796. Le Comte de Provence, celui qui s’était proclamé Roi Louis XVIII à la mort du Dauphin en Juin 1795, était alors à Blankenburg, dans le Harz, chez le Duc de Brunswick, et manifesta le désir que l'abbé passât le carême auprès de lui et lui fit faire ses Pâques. Il le nomma alors son aumônier ordinaire.

L’abbé Edgeworth partagea alors l’exil du Roi. Après la paix de Campoformio (17 Octobre 1797), les princes allemands demandent au Duc de Brunswick de chasser Louis, et c’est le Tsar Paul 1er, qui haïssait la Révolution française, qui lui accorde l’asile à Mitau, l’actuelle Jelgava, dans le château qui appartenait jadis aux ducs de Courlande (ci-dessous).

Le 10 Juin 1799 est célébré dans une des salons du château, transformé en chapelle, le mariage du Duc d’Angoulême, fils ainé du Comte d’Artois, avec Marie-Thérèse, la fille orpheline de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Le Cardinal de Montmorency, Grand-aumônier de France, assisté de l’abbé Edgeworth, officie.

Paul 1er, commençant à s’enthousiasmer pour les victoires de Bonaparte face aux Autrichiens, prend un prétexte pour chasser Louis XVIII, lequel trouve refuge à Varsovie, à cette époque territoire prussien, de Mars 1801 à Juillet 1804. Le voyage eut lieu au plus froid de l’hiver et se transforma en un épuisant périple, notamment pour Louis qui était déjà atteint d’un embonpoint considérable.

Après que le Sénat français ait conféré à Napoléon le titre d’Empereur héréditaire, Louis XVIII et son frère d’Artois se rencontrent en Suède. Mais, après une nouvelle intempérance de langage, le Roi de Prusse fait savoir que Louis XVIII était désormais persona non grata. Après un séjour dans un manoir de campagne à Blankenfeld (actuelle frontière entre la Lettonie et la Lituanie), Louis XVIII et sa Cour retrouve Mitau, mais qui a été pillé entre temps, en Janvier 1805.

Quant à l’abbé Edgeworth, on le retrouve, en compagnie de la Duchesse d’Angoulême, à soigner des prisonniers français blessés, vraisemblablement après la bataille d’Eylau (8 février 1807). Il y contracte le typhus et meurt à Mitau le 22 Mai 1807, à l’âge de 62 ans. Toute la Cour en fut, parait-il réellement affecté et Louis XVIII rédigea lui-même l’épitaphe en latin de son aumônier.

L’abbé Edgeworth fut enterré au cimetière catholique de la ville et les Français qui se sont rendus entre les deux guerres mondiales dans la Lettonie nouvellement indépendante, parlent encore de sa tombe (cf. ci-dessous). La conservatrice du petit musée dans le château de Mitau / Jelgava (aujourd’hui Ecole Nationale d’Agriculture) m’avait toutefois précisé que le cimetière catholique avait été rasé à l’époque soviétique et que tout souvenir de l’abbé Edgeworth a donc disparu.

Louis XVIII, quant à lui, ne se sentant plus en sécurité après la victoire de Napoléon à Friedland (14 Juin 1807) et surtout après le traité de Tilsit entre Napoléon 1er et Alexandre 1er, décide de partir pour l’Angleterre. Il s’embarque le 3 septembre 1807 à Liebau (Liepaja) et résidera au château d’Hartwell jusqu’en Avril 1814.

2 commentaires:

  1. Merci Gilles ,ce post est très intéressant,je ne connaissais pas l'Abbé Edgeworth de Firmont. J'ai pris là un beau cours d'Histoire .

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  2. L'abbé Edgeworth est relativement connu pour avoir assisté Louis XVI avant la mort de celui-ci. Mais l'épisode "errance avec Louis XVIII" (que je qualifie avec insolence de SDF royal) l'est effectivement beaucoup moins.

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