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vendredi 30 mai 2014

Mai - Juin 1937 : « grandes purges » dans l’Armée rouge

Staline et Ribbentrop, le 23 Août 1939

Avec les prochaines commémorations du 70e anniversaire du débarquement en Normandie (6 Juin 1944) et l’invitation controversée du Président russe Vladimir Poutine à ces cérémonies, on ne va pas manquer de nous répéter à l’envi que l’Union soviétique a dénombré 25 millions de morts pendant le deuxième conflit mondial.

La Deuxième Guerre mondiale aurait en effet entraîné en URSS la mort de 8,8 à 11,7 millions de militaires et de 13,5 à 15,7 millions de civils.

Il n’est pas inutile de rappeler que sont inclus dans ces morts :

      # Ceux des Républiques souveraines annexées en 1940 (Estonie, Lettonie, Lituanie, Moldavie)
     # Ceux des victimes de la répression, notamment de la déportation au goulag de populations entières jugées potentiellement déloyales.  


Enfin, comment ne pas rappeler que, bien que n’étant officiellement entrée en guerre que le 22 Juin 1941 (avant, elle était l’alliée de l’Allemagne nazie, ce qui, aujourd’hui, n’est guère politiquement correct), l’URSS a eu des morts lors de la Guerre d’Hiver contre la Finlande (30 Novembre 1939 – 13 Mars 1940) et lors de l’agression contre la Pologne (à compter du 17 septembre 1939).

Or, dans la deuxième moitié des années 30, l’Armée rouge avait été victimes des Grandes Purges,  menées à grande échelle par le Parti communiste d’URSS pour éliminer les opposants politiques, réels ou supposés, de Staline.

C’est ainsi qu’entre Juin 1937 et Juillet 1938 ont été exécutés :

   # 4 Maréchaux sur 5, dont le plus célèbre, le Maréchal Mikhaïl Toukhatchevski, arrêté le 22 Mai et fusillé le 12 Juin 1937 ;
   # 14 Généraux d’armée sur 16 ;
   # 60 Généraux de corps d’armée sur 67 ;
   # 136 Généraux de division sur 199 ;
   # Tous les Amiraux (8) ;
   # Tous les Commissaires politiques (11) ;
   # 20 à 30 000 Officiers.

Le Maréchal Mikhaïl Toukhatchevski

Certains historiens considèrent que cette purge a eu une influence considérable sur la conduite de la guerre, constatant que c’étaient principalement les partisans des blindés qui avaient été exécutés. Mais, a contrario, elle a permis à Staline de se débarrasser d’un rival potentiel, Toukhatchevski, présentant un danger pour son pouvoir absolu, et partisan d’une attaque préventive contre l’Allemagne, alors que lui voulait pouvoir s’entendre avec Hitler sur le dos des anglo-français.

En septembre 1939, les 4 corps blindés existant sont dissous par le Maréchal Grigori Koulik, un bureaucrate stalinien opposé aux innovations, et il faudra attendre la défaite de la France en Mai - Juin 1940, victime de la blitzkrieg des Panzerdivisions allemandes, pour en recréer 8.

Le 22 Juin 1941, lorsque Hitler, encouragé par la faiblesse apparente de son allié de la veille, décide d’envahir l’URSS (Opération « Barbarossa »), la refonte de l’Armée rouge est bien loin d’être achevée. Les nouveaux matériels existent mais sont mal connus des troupes, et les grandes unités mécanisées manquent de cohésion et d’expérience. C’est dans l’urgence, le 23 Juin 1941, donc le lendemain de l'attaque allemande, que l’Etat-major des forces armées, la Stavka, doit être reconstitué !


Confrontée à une surprise stratégique et tactique, mais aussi à l’expérience et à une tactique supérieure de l’armée allemande, l’Armée rouge devra reculer de plusieurs centaines de kilomètres, perdant un effectif et un matériel considérables au cours de l’été 1941. Gageons que, si les officiers d’expérience exécutés en 1937 avaient été présents, les pertes n’auraient peut-être pas été aussi considérables. 

Char soviétique KV-1 détruit près de Kaunas


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