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lundi 14 décembre 2015

De la trouée de Fulda à la trouée de Suwałki


Ceux qui, comme moi, ont servi pendant un certain temps dans les Forces Françaises en Allemagne ont entendu parler de la trouée de Fulda. Aujourd’hui, par analogie, on entend parler de plus en plus de trouée de Suwałki (en Lituanien : Suvalkai).

La trouée de Fulda ("Fulda gap")

La trouée de Fulda était l’une des deux routes possibles, voire probables, d’une hypothétique invasion des forces blindées du Pacte de Varsovie contre l’Allemagne de l’Ouest (notamment Frankfurt-am-Main) et, au-delà, vers le saillant d’Alsace, Lauterbourg n’étant qu’à 250 km de Fulda.

Moins favorable à l’avancée des troupes blindées du Pacte de Varsovie que l’autre option (la grande plaine d’Allemagne du nord), la trouée de Fulda aurait permis aux soviétiques et du Pacte d’atteindre les ponts du Rhin et de franchir le fleuve avant que l’OTAN n’ait pu organiser une riposte.

Le lieutenant-général Frederick Ben Hodges

Aujourd’hui, c’est une autre trouée qui donne des insomnies au Lieutenant-général (***) Frederick Ben Hodges, Commandant de l’Armée de Terre US en Europe (USAREUR), ainsi vraisemblablement à son chef, le Général (****) Phillip Breedlove, Commandant des Forces US en Europe (Cdr EUCOM) et Commandant Allié en Europe (SACEUR). Cette trouée, sur laquelle le Général Hodges a attiré l’attention du Pentagone mercredi dernier, est la bande de terrain plat de 91 km qui sépare l’exclave de Kaliningrad de la Fédération de Russie à l’ouest de l’allié bélarusse à l’est, bande au milieu de laquelle court la frontière entre la Pologne et la Lituanie. C'est la trouée de Suwałki.


Il faut dire que la tension est alimentée par le Président russe qui fait monter la pression dans la région en convoquant des exercices inopinés dans l’oblast de Kaliningrad, auxquels aucun observateur n’est convié ; et en insistant auprès de son alter ego bélarusse, Aliaksandr Loukachenka, pour pouvoir installer (à Babruïsk ?) une nouvelle base aérienne, en plus de celle de Baranovitchi, capable d’accueillir des chasseurs Su-27. Sans parler des incursions ou quasi incursions récurrentes d’aéronefs russes dans l’espace aérien balte et de la présence de missiles balistiques Iskander-M (portée 500 km) à Kaliningrad.  


"Les missiles de théâtre Iskander figurent parmi les armes de frappe les plus performantes en dotation des forces armées russes. Equipé de différents types d'ogives, le système Iskander est en mesure de neutraliser des cibles très variées: des troupes adverses jusqu'aux centres de commandement souterrains. Les missiles peuvent au besoin être dotés d'ogives nucléaires. L'armée russe dispose de deux versions de cette arme: Iskander-M et Iskander-K." (Source : http://rpdefense.over-blog.com/)

Portée des Iskander-M de Kaliningrad


Une attaque surprise des Russes entre Kaliningrad et le Bélarus dans la trouée de Suwałki couperait les Etats Baltes du reste de l’Union Européenne, (surtout si elle s’accompagnait d’une saisie de l’île suédoise de Gotland, peu défendue, au large de la Lettonie). Et les forces russes stationnées à Kaliningrad pourraient limiter la réaction de l’OTAN.

Le Général Ben Hodges ajoute que cette hypothèse est improbable. Mais l’imprévisibilité de Poutine, mise en exergue lors de l’occupation de la Crimée et, plus récemment, lors de l’intervention en Syrie, fait qu’un chef militaire de l’OTAN digne de ce nom ne peut pas faire l’impasse face à une telle menace potentielle. Car improbable ne veut pas dire impossible !

Pour dissuader la Russie de se lancer dans une telle aventure, le Général Hodges a organisé des rotations au sein des troupes d’USAREUR pour alimenter des exercices permanents dans l’est de l’Europe et a mis sur pied une Force de Réaction Rapide de 5 000 hommes. Sera-ce suffisant ?  

Débarquement d'un char Abrams M1 à Klaipeda



   



  

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