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mercredi 1 septembre 2021

1er septembre 1939 : le « false flag » de Gleiwitz qui déclencha la deuxième guerre mondiale

 

L'émetteur de Gleiwitz


Wikipedia Les opérations sous fausse bannière (ou « sous faux pavillon », parfois désignées sous l'anglicisme false flag) sont des actions menées avec utilisation des marques de reconnaissance de l'ennemi.

Sans refaire la genèse des événements qui ont conduit au déclenchement de la deuxième guerre mondiale, il faut néanmoins souligner les accords de Munich (30 septembre 1938). Par ces accords, la France et la Grande-Bretagne, qui ne désirent pas la guerre, autorisent l'Allemagne à annexer les régions de la Tchécoslovaquie majoritairement peuplées par des Allemands. L'épilogue a lieu le 15 mars 1939 au matin, quand les troupes allemandes envahissent sans coup férir le reste de la Tchécoslovaquie (Bohème et Moravie) pour y établir un protectorat.

Grisé par ce succès, Hitler déclare, le 23 mai 1939 : « Il n'est pas question d'épargner la Pologne » !

Auparavant, l'Allemagne nazie s'assure de la neutralité de la Russie soviétique en signant le pacte Molotov-Ribbentrop (23 août 1939), dont on ne soulignera jamais assez l'importance majeure dans le processus de déclenchement de la guerre. (cf. http://gillesenlettonie.blogspot.com/2021/08/23-aout-1939-1989-2021-la-voie-balte.html)

Reinhard Heydrich

Ainsi tranquille à l'est, Hitler va confier au Reichsführer-SS Heinrich Himmler le soin d'organiser une opération de provocation baptisée (en toute modestie) « Opération Himmler ». La mise en scène du plan est l’œuvre du bras droit d'Himmler, Reinhard Heydrich, qui monte deux prétendues attaques, une sur la station radio allemande de Gleiwitz et l'autre sur le poste de douane de Hochlinden. L'exécution (dans tous les sens du terme …...) est confiée à la Gestapo, notamment à Alfred Naujocks à Gleiwitz, qui est considéré comme l'homme ayant déclenché la deuxième guerre mondiale.

Alfred Naujocks


Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 1939, six soldats allemands membres du Sicherheitsdienst de Heydrich, accompagnés de douze criminels à qui on avait promis la liberté, tous revêtus d'uniformes polonais, s'emparent de l'émetteur radio de Gleiwitz (aujourd'hui en Pologne, à la frontière tchèque). Puis ils lancent sur les ondes un message appelant la minorité polonaise de Silésie à prendre les armes pour renverser le chancelier Hitler.


Plaque commémorative à Gleiwitz

A la vérité, le technicien qui accompagnait le commando fut incapable de mettre en œuvre l'antenne longue portée et le message ne put être diffusé que localement. Mais cela n'empêcha nullement la mise en place de la suite du plan, notamment l'exécution des criminels (drogués) représentant les cadavres des pseudo-attaquants polonais. Des journalistes furent convoqués pour constater de visu et témoigner de l' « attaque polonaise ».

En tout état de cause parallèlement, l'armée allemande attaqua la Pologne le 1er septembre 1939 à 04H45 du matin, sur toute l'étendue du front. Ainsi débuta la deuxième guerre mondiale, l’attaque allemande entraînant l'entrée en guerre de la France le 3 septembre et de la Grande-Bretagne le 4 septembre. Le 17 septembre, la Russie soviétique lança à son tour son attaque à partir de l'est de la Pologne, conformément aux protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop.



lundi 23 août 2021

23 août 1939 / 1989 / 2021 : la Voie Balte

 

"La voie balte vers la Liberté !"

Tous les 23 août, les Baltes célèbrent un double événement : l’un, tragique dans ses conséquences, le Pacte Molotov – Ribbentrop du 23 août 1939, l’autre, synonyme de révolte et d’espoir, la Voie Balte du 23 août 1989

Après leur retour (Lituanie) ou leur accession (Lettonie, Estonie) à l’indépendance en 1918, les États baltes avaient signé avec la Russie soviétique des traités de paix et des pactes de non-agression. Pressentant le conflit européen, ils avaient adopté, début novembre 1938, des textes de lois destinés à manifester leur volonté de rester neutres, à l’écart d’un éventuel conflit.

De son côté l’URSS, inquiète des projets d’expansion à l’est de l’Allemagne cherchait à conclure des accords d’alliance, y compris d’entraide militaire, avec la France et la Grande-Bretagne. Mais ces derniers, faisant preuve d’atermoiements, les soviétiques vont se détourner des démocraties occidentales pour se rabattre sur un accord avec l’Allemagne nazie.

Le 23 août 1939, l'Union soviétique, représentée par son Ministre des Affaires Étrangères, Viatcheslav Molotov, et l'Allemagne nazie, représentée par son homologue, Joachim von Ribbentrop, signent à Moscou un Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte Molotov-Ribbentrop.



Le traité proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays, ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie.

Mais le traité comportait également plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui déterminèrent le destin des États Baltes pour 50 ans. Dans ces protocoles, les deux puissances totalitaires s’entendaient pour se partager la Pologne et pour désigner la frontière nord de la Lituanie comme ligne de partage entre leurs « sphères d’influence ». Ainsi, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie tombaient dans la sphère d’influence soviétique, la Lituanie dans celle de l’Allemagne.

Ayant les mains libres à l’est, Hitler envahit donc « tranquillement » la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui conduisit à la Deuxième Guerre mondiale par l’intervention, le 3 Septembre, de la France et de la Grande-Bretagne volant au secours de leur allié polonais. De son côté, l’URSS envahit la Pologne par l’est le 17 septembre 1939, sans même de déclaration de guerre préalable. Le 28 septembre 1939, les deux puissances totalitaires signèrent un nouvel accord de délimitation des frontières, avec un accord secret complémentaire par lequel la Lituanie tombait, à présent, dans la sphère des intérêts soviétiques.

On n’oubliera pas également que, suite au pacte, l’URSS approvisionna largement l’Allemagne en matières premières (notamment pétrole, caoutchouc, céréales), ce qui permit à celle-ci de constituer des stocks nécessaires à son armée et à son industrie pour la suite de la guerre. C'est ainsi grâce à de l'essence russe que l'Allemagne put envahir la France en mai 1940 ! (Ci-dessous, fraternisation de soldats nazis et russes).



Aujourd’hui, la Fédération de Russie ne fait commencer la seconde Guerre Mondiale qu’en 1941, revendiquant même le titre de principal vainqueur. C’est « oublier » un peu rapidement que, pendant deux ans, elle fut un allié fidèle du régime nazi. Ça en serait presque cocasse si, dans le même temps, elle n'accusait pas les États baltes d'encourager la résurgence du nazisme chez eux ! 

Cinquante ans après, le 23 août 1989, en signe de protestation contre l’occupation dont ils étaient victimes, 2 millions de Baltes (soit un quart de la population totale) se donnèrent la main sur 675 km, entre Vilnius et Tallinn via Riga. Ce fut la Voie Balte, destinée à attirer l'attention de l'Occident sur le sort des États baltes. Les participants demandaient la reconnaissance des protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop, mais surtout le rétablissement de leur indépendance et de leur liberté.

Depuis 2009, le 23 août est la Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme.

Mais la Russie, elle, n'a jamais fait l'inventaire de son passé. Le régime de Vladimir Poutine s'emploie même à le réécrire et à faire de l'histoire un champ de bataille. De la réhabilitation de Staline (70 % des Russes estiment qu'il a eu un impact positif!) à la diabolisation et à l'occupation des voisins, ce révisionnisme n'est pas sans risques graves.







jeudi 19 août 2021

Retour sur l'étrange putsch de Moscou (19 – 22 août 1991)

 

Ça s'est passé il y a exactement trente ans ; mais nous n'avons toujours pas fini d'apurer les comptes suite à l'étrange putsch qui s'est déroulé à Moscou du 19 au 22 août 1991. Après être revenu, dans une première partie, sur les faits, je mettrai en exergue, dans la deuxième partie, les incohérences de ce putsch.


1ère partie : Les faits

Le 19 Août 1991 au matin, les soviétiques, qui avaient appris à lire entre les lignes, se doutèrent qu’il se passait quelque chose car leur télévision passait en boucle le « Lac des cygnes » ! En effet, ce 19 Août à 6H du matin, un « Comité d’État pour l’état d’urgence » s’était approprié le pouvoir au Kremlin. Parmi les comploteurs, il y a du beau monde. A commencer par Guennadi Ianaïev, Vice-président de l'URSS, Valentin Pavlov, Premier Ministre de l'URSS, Vladimir Krioutchkov, Président du KGB, Boris Pugo, Ministre (letton) de l'Intérieur et Dmitri Iazov, Ministre de la Défense.



C'est la publication du projet de traité de l'Union, le jeudi 15 août, qui aurait précipité l'instauration de cet état d'urgence, opération envisagée depuis quelque temps. Alors que six des quinze républiques soviétiques (les trois républiques baltes, la Moldavie, la Géorgie et l'Arménie) restaient à l'écart d'une négociation qui leur paraissait incompatible avec leur aspiration à l'indépendance, les neuf autres avaient accepté de participer à l'élaboration des nouvelles règles du jeu de l’URSS. Mais, même pour celles-ci, les dispositions sont floues, ambiguës, voire contradictoires et ne satisfont personne. Ainsi, comment concilier la disposition qui fait de chaque république "un État souverain" et celle qui qualifie la nouvelle Union des Républiques soviétiques souveraines d'"État fédéral démocratique et souverain" ?

Mikhaïl Gorbatchev, Secrétaire général du parti communiste et Président de l’Union soviétique,  est depuis le 4 août en vacances en Crimée dans sa somptueuse datcha de Foros. Le 18 août, une délégation des conjurés arrive là-bas, le relevant de ses fonctions et le séquestrant.  Ils justifient le « départ » du Président par une incapacité d'exercer ses fonctions pour des raisons de santé, argument déjà invoqué pour destituer Khrouchtchev en 1964, déjà en séjour sur les bords de la Mer Noire…….  

Les huit putschistes du « Comité d’État pour l'état d'urgence », représentant un éventail des principaux intérêts menacés par la politique de réformes de Mikhaïl Gorbatchev, proclament l'état d'urgence, rétablissent la censure et font entrer les chars dans Moscou.

Très rapidement, des manifestations importantes contre les dirigeants du coup d'État se déroulent à Moscou et à Leningrad (ancien nom de Saint-Pétersbourg) et le président élu de la Russie, Boris Eltsine,  dirige la résistance depuis la Maison Blanche, le parlement russe. Un assaut planifié du bâtiment par la force ALFA, force spéciale du KGB, échoue après que les troupes eurent unanimement refusé d'obéir. Durant l'une des manifestations, Eltsine se tint debout sur un blindé pour condamner la « junte ». L'image, diffusée dans le monde entier à la télévision, devint l'une des images les plus marquantes du coup d'État et renforça très fortement la position de Eltsine. Le 21 août 1991, une large majorité des troupes envoyées à Moscou pour soutenir le putsch se rangea au contraire ouvertement aux côtés des manifestants ou firent défection.

Dès le 22 août 1991, tout était terminé, l'armée avait fraternisé avec la foule, après que Boris Eltsine, monté sur « son » char, ait appelé à défendre le pouvoir légitime de Gorbatchev. Gorbatchev put regagner Moscou et les putschistes furent arrêtés.



2ème partie : Les incohérences du putsch


Ce fut sans doute un des coups d’État les plus mal préparés de l’histoire. En effet, la vraie surprise viendra du degré d’impréparation des putschistes qui n’arrivèrent pas à empêcher les manifestations. Parmi les incongruités, on relèvera :

# S’il fut destitué comme Président, Gorbatchev conserva le Secrétariat général du parti communiste et, à ce titre, contrôla toujours, du moins sur le papier, l’armée et le KGB.

# Le « Comité pour l’état d’urgence » censura la télévision, mais laissa diffuser des images de Boris Eltsine fraternisant avec les tankistes.

# De même, le Comité laissa diffuser des appels de Chevardnadze et de Iakovlev appelant à constituer des comités de soutien à Gorbatchev.

# Plus généralement, Eltsine bénéficia d’une totale liberté de déplacement et d’expression, se forgeant ainsi une carrure de héros démocrate.

# Le Comité resta d’ailleurs muet, enfermé au Kremlin, n’osant pas utiliser la force (la Division Taman fera même allégeance à Boris Eltsine), et n’ayant pas non plus recours à la structure du pouvoir : le parti communiste.


Le « Comité d’État pour l'état d'urgence »

A qui profita le "crime" ?


Ce putsch version Pieds Nickelés, dont l’échec a eu une grande influence sur l’Histoire mondiale, a donné lieu à toutes les hypothèses.

La plus couramment admise fut celle du premier degré, un putsch des conservateurs qui échoua du fait notamment de l’opposition de la population qui ne voulait pas revenir en arrière sur les acquis de la perestroïka.  

Une autre version affirma que Boris Eltsine, Président démocratiquement élu de la Russie, était au courant du putsch via le Président George H. Bush et qu’il a laissé faire en vue de le récupérer (ce qui est de facto arrivé). C’est indubitablement lui qui a été le bénéficiaire de ce putsch.

D’autres encore pensèrent que c’est Gorbatchev qui avait tout monté, dans une partie de billard à plusieurs bandes visant à discréditer les « durs ». Auquel cas, il s’est planté puisque supplanté par Eltsine, et l’U.R.S.S. a bel et bien implosé le 21 Décembre 1991. Mais, après avoir réclamé le retour de Gorbatchev, les Occidentaux ne purent pas faire autrement que d’augmenter leur aide économique et financière à l’URSS dans les mois qui suivirent.

(NB : les putschistes furent arrêtés, condamnés, puis amnistiés en 1994. Ils eurent une fin de vie paisible, à l’exception de Boris Pougo qui s’est suicidé …… ou qui a été suicidé).

Aujourd’hui, la Russie est dirigée depuis 22 ans par un ancien Lieutenant-colonel du KGB qui a déclaré que la chute de l’URSS était la plus grande catastrophe du XXe siècle et qui n’a de cesse de faire revenir, y compris par la coercition, l’étranger proche dans le giron de la Russie. 

Alors, tout ça pour ça ?   



samedi 31 juillet 2021

31 juillet 1991 : l'URSS assassine encore à Medininkai (Lituanie)

 

Le mémorial de Medininkai

C'était il y a trente ans, une génération.

Le 11 mars 1990, la Lituanie proclamait son retour à l’indépendance, après 50 ans d’occupation soviétique. L’Union soviétique n’acceptant pas cette indépendance, elle va essayer de faire plier la jeune démocratie lituanienne en imposant, d’avril à juin 1990, un blocus économique. Puis elle envoie ses OMON (ОТРЯД МИЛИЦИИ ОСОБОГО НАЗНАЧЕНИЯ = Police des Forces Spéciales) attaquer, entre autres, les postes frontières qu’elle considère comme illégaux.

A la suite de l’attaque de la tour de télévision de Vilnius par les OMON, du 11 au 13 janvier 1991, au cours de laquelle 14 civils sont tués, les troupes soviétiques attaquent et brûlent les postes frontières de Medininkai et Lavoriškės le 27 janvier 1991. Déjà, le 19 mai 1991, un Officier des gardes frontières, Gintaras Žagunis, est tué.

C’est le 31 juillet 1991, à 4 heures du matin, qu’a lieu le massacre du poste frontière de Medininkai. Un groupe d’OMON venu de Riga fait prisonnier les sept agents des douanes (non armés) et policiers et les exécute d’une balle à la base de la nuque alors qu’ils sont ligotés au sol.

Les sept victimes sont :

Mindaugas Balavakas

Algimantas Juozakas

Juozas Janonis

Algirdas Kazlauskas

Antanas Musteikis

Stanislovas Orlavičius

Ričardas Rabavičius



Un douanier, Tomas Šernas (ci-dessous), survivra miraculeusement mais restera sévèrement handicapé, cloué à vie dans une chaise roulante. Depuis, il assiste à toutes les cérémonies commémoratives et témoigne . A l’époque, il était biologiste au zoo de Kaunas et il s’était dit qu’il devait faire quelque chose pour son pays nouvellement indépendant. C’est ainsi qu’il s’était porté volontaire comme agent des douanes, ce qui était également le cas des autres victimes. Il est aujourd’hui pasteur de l’Église Réformée à Vilnius. Regardez la vidéo de son témoignage, concernant notamment la barbarie des OMON : https://vimeo.com/31512821



Cette affaire empoisonne toujours les relations entre la Lituanie et la Russie. Un seul des auteurs de l’assassinat (ainsi qualifié car la préméditation a été retenue), Konstantin Mikhailov, a été arrêté en 2008 et pu être jugé et condamné à la prison à vie. Les autres, et notamment le chef du détachement OMON, Cheslav Mlynik, étant citoyens russes, la Russie refuse de les extrader, argumentant que ça violerait la Constitution russe.

L’ancien poste frontière de Medininkai est devenu un mémorial, à 100 mètres du poste de douane actuel avec le Bélarus. S’il n’est pas ouvert, la clé peut être empruntée au poste de douane. Les 7 victimes sont enterrées au cimetière d’Antakalnis à Vilnius. Les OMON existent toujours et se sont encore récemment « illustrés » en Tchétchénie (1994-1996 et 1999-2000) et en Géorgie (2008).