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lundi 5 avril 2021

5 avril 1242 : Alexandre Nevski et la bataille des glaces

 



L'objectif de l'Ordre militaire des Chevaliers Porte-Glaive, fondé en 1202 à Riga, était de christianiser les populations baltes païennes de Livonie, au besoin au fil de l'épée. Après des succès initiaux, les chevaliers Porte-Glaive furent battus sévèrement par les Samogitiens le 22 septembre 1236 à la bataille de Saulė, leur grand maître Volquin de Naumbourg trouvant la mort sur le champ de bataille. Hermann von Salza, grand maître de l'Ordre Teutonique en Prusse, prit alors l'initiative de négocier avec le pape Grégoire IX le rattachement des Chevaliers Porte-Glaive à son Ordre. L'année suivante, les restes des Porte-Glaives furent incorporés dans celui des Chevaliers Teutoniques sous le nom d'Ordre de Livonie.

À partir de 1237, l'Ordre-uni conquit toutes les régions baltes de Courlande, de Zemgale et de Livonie, alors que le nord de l'Estonie autour de Tallin (Reval) restait sous le contrôle du roi Valdemar II de Danemark. Néanmoins, les tentatives de l'Ordre d'envahir la République de Novgorod à l'est et d'occuper la ville de Pskov furent infructueuses.



Pourtant, espérant exploiter la faiblesse de la Russie dans le sillage des invasions mongoles et suédoises, les chevaliers occupèrent notamment Pskov à l'automne 1240. Sentant le danger, les habitants de Novgorod rappelèrent le jeune Alexandre Nevski, ce surnom (« de le Néva ») lui ayant été donné après sa victoire contre les Suédois le 15 juillet 1240 sur les rives de la Néva.

Dans l'espoir de surprendre l'armée de Novgorod, les Chevaliers teutoniques, menés par le grand maître de l'Ordre Hermann de Dorpat, empruntèrent un itinéraire très audacieux et mais qui allait se révéler très dangereux: il fit traverser à son armée l'étendue gelée du lac Peïpous en direction de Pskov. Or, les Russes les attendaient sur la rive est et avaient prévu de les maintenir sur le lac coûte que coûte.

In fine, les Teutoniques furent battus, perdant 400 chevaliers, dont une vingtaine de l’Ordre teutonique. Seul le grand maître, quelques évêques et une poignée de chevaliers réussirent à retourner à Dorpat (Tartu), après la bataille. Mais, contrairement à la théorie la plus connue, la glace du lac ne se serait jamais rompue parce qu'elle ne soutenait plus le poids des armures et des destriers teutons. La légende serait due au film Alexandre Nevski de 1938, de Sergueï Eisenstein.



(Pour voir le film réalisé par Sergeï Eisenstein (né à Riga) en 1938 dans son intégralité :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:1938._%D0%90%D0%BB%D0%B5%D0%BA%D1%81%D0%B0%D0%BD%D0%B4%D1%80_%D0%9D%D0%B5%D0%B2%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9.webm Ce film de propagande anti-allemande résulte d'une commande de Staline qui voulait raviver le nationalisme grand-russe à la veille de la Seconde Guerre mondiale. )

En tout état de cause, cette bataille mit définitivement fin à l'expansion des croisés des principautés russes. Héros national, Alexandre Nevski a été canonisé après sa mort par l'Église orthodoxe. En 1712, pour honorer son souvenir, le tsar Pierre le Grand fait édifier le somptueux monastère Alexandre-Nevski sur l'emplacement de la bataille de la Neva.











jeudi 25 mars 2021

25-28 mars 1949 : Déportation de 90 000 Baltes, un crime contre l'humanité

 


Le 8 mai 1945 n’a pas signifié la fin de la guerre pour une grande partie de l’Europe, occupée par l’Union soviétique. Des mouvements de résistance, principalement les Frères de la Forêt, menèrent des actions armées dans les trois États baltes, et principalement en Lituanie où ils étaient les mieux organisés.

C’est Alexsandr Mishutin, procureur de la RSS de Lettonie, qui alerta Moscou dans un rapport secret,  le 21 septembre 1948, indiquant que des groupes clandestins de résistance, incluant des Koulaks (« riches » paysans), et des éléments contre-révolutionnaires, « pourrissaient la société soviétique lettone ».  

Le Conseil des Ministres de l’URSS (dont le président était Joseph Staline) prit, le 29 janvier 1949 la décision n° 390-1388ss approuvant la déportation des « Koulaks », des nationalistes (sic) et des bandits (re-sic), mais aussi de leurs soutiens et de leurs familles, depuis l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.  L’objectif était double : forcer à la collectivisation des propriétés et éliminer les soutiens des insurgés.

Le 28 février 1949, Viktor Abakumov, le Ministre de la Sécurité d’Etat (MGB) signa l’ordre n° 0068 du MGB pour la préparation et l’exécution de la déportation par les Forces de l’Intérieur, aux ordres du Lieutenant-Général Burmak. Compte tenu de l’objectif de 30 000 familles à déporter, des troupes additionnelles sont venues en renfort de l’intérieur de l’URSS, 4 350 en Estonie, 4 500 en Lettonie. C’est au total 76 212 personnels, articulés en équipe de 9-10, y compris des activistes du parti communiste armés pour l’occasion, qui ont été impliqués dans la déportation. C'est l'Opération Priboï / Oперация «Прибой»opération « Déferlante »



Selon les chiffres officiels, mais qui parfois divergent, 19 827 personnes ont été déportées d’Estonie, 41 811 de Lettonie et 25 951 de Lituanie. Ils se répartissaient en 27 % d’hommes, 44 % de femmes et 29 % d’enfants de moins de 16 ans. Leur destination était la Sibérie, principalement les oblasts d’Irkoutsk (27 %), d’Omsk (23 %) et de Tomsk (16 %).

Compte tenu du fort taux de mortalité enregistré chez les déportés lors de leurs premières années en Sibérie, en raison de l’incapacité – que ce soit par négligence ou par préméditation – de fournir un hébergement et de l’habillement adapté, certaines sources considèrent ces déportations comme un génocide (intention d’éliminer systématiquement un groupe culturel, ethnique, linguistique, national, racial ou religieux). Se fondant sur la clause dite de Martens (1899) et sur les principes de la Charte de Nuremberg (1945), la Cour Européenne des Droits de l’Homme a statué que les déportations de mars 1949 constituaient un crime contre l’humanité.

En 1949, le commanditaire du crime (mais pas seulement de celui-là) était Staline, ce même Staline réhabilité par le pouvoir russe actuel.  



La conclusion que j'avais écrite en 2011 sur le sujet est toujours d'actualité : « Les crimes nazis et les crimes soviétiques sont une réalité. En aucun cas les crimes des uns ne peuvent excuser les crimes des autres. En aucun cas le commanditaire du crime, qu'il soit vainqueur ou vaincu d'une guerre mondiale, n'est absout et ne doit échapper à la justice, pas plus que l'exécutant. »




jeudi 18 mars 2021

15 mars 1909 : naissance du Général Jonas Žemaitis

 


S’il est quasiment inconnu en France, le Général Jonas Žemaitis est un héros en Lituanie. L'anniversaire de sa naissance est l’occasion de rappeler sa carrière et son destin, et de souligner que certains, en France, auraient – au moins - une raison de le connaître.

Jonas Žemaitis  est né le 15 Mars 1909 à Palanga. Il étudie à l’Ecole Militaire de Kaunas à partir de 1926 et en sortira le 23 Novembre 1929 avec le grade de Lieutenant. En 1936, il réussit un concours et part en France. De 1936 à 1938, Jonas Žemaitis est Officier stagiaire à l’Ecole d’Application d’Artillerie de Fontainebleau.



Installée initialement à Metz depuis 1802, l’École d’Application de l’artillerie et du génie est recréée à Fontainebleau le 11 Décembre 1871 suite à la défaite de 1871. En 1912, l’Ecole d’Application du génie est créée à Versailles et l’École de Fontainebleau est rebaptisée École d’Application d’Artillerie. Lorsque le Lieutenant Jonas Žemaitis y effectue son stage, le commandant de l’École est le Général Joseph de la Porte du Theil qui sera, en Juillet 1940, le fondateur et le chef des chantiers de la jeunesse française.  

Jonas Žemaitis sort Capitaine de l’École de Fontainebleau. Après l’occupation de la Lituanie par les troupes soviétiques en 1940, il continue son service actif. Par contre, il se retire lorsque l’Allemagne attaque l’URSS, ne voulant pas servir les nazis.

En Février 1944, les Allemands autorisent la création par le Général Povilas Plechavičius d’une force territoriale lituanienne de défense (Lietuvos vietinė rinktinė), espérant en faire une unité supplétive des SS. Refusant toutes les tentatives allemands de phagocyter son unité forte de 20 à 30 000 hommes, Plechavičius fut arrêté par les Allemands le 15 Mai 1944, avec un millier de cadres et de soldats. Environ une moitié des effectifs réussirent à s’enfuir dans les forêts et constituèrent l’Armée Lituanienne de la Liberté (Lietuvos laisvės armija ou LLA), s’attaquant aux forces d’occupation soviétiques.

Devant le Ministère de la Défense

 La résistance en Lituanie était organisée comme une véritable armée, avec des combattants en uniforme et une chaîne de commandement, contrôlant l’ensemble du territoire de la Lituanie en dehors des villes, organisé en trois régions militaires et neuf districts, jusqu’en 1949.  

En Février 1948, les leaders de la résistance se réunirent dans le village de Minaičiai et établirent un commandement central, l’Union lituanienne des combattants de la Liberté (Lietuvos laisvės kovos sąjūdis ou LLKS). Jonas Žemaitis en fut élu le chef. Le 16 Février 1949, date du 31ème anniversaire de l’indépendance de la Lituanie, le bureau du LLKS signa une déclaration fixant que la Lituanie, une fois sa souveraineté restaurée, sera un État démocratique, fondé sur la Liberté et les valeurs démocratiques, où tous les citoyens auront les mêmes droits. En 1999, le Seimas (Parlement) reconnut formellement ce document comme une déclaration d’indépendance. 

Mais, en Décembre 1951, Žemaitis fut frappé par une hémorragie cérébrale et devint paralysé. Le 30 Mai 1953, sa cachette est découverte et il est arrêté par des agents soviétiques. Il est transporté à Moscou et y est interrogé par le Ministre de l’Intérieur, Lavrentiy Beria lui-même. Jonas Žemaitis sera exécuté, dans la prison de Butyrka, le 26 Novembre 1954.


Monument à Palanga

Jonas Žemaitis sera nommé Général de brigade à titre posthume. Le 11 Mars 2009, il est officiellement reconnu comme quatrième Président de la République de Lituanie. L'Académie Militaire lituanienne porte son nom (Generolo Jono Žemaičio Lietuvos karo akademija)



18 mars 1921 : Traité de Riga

Les signataires du Traité de Riga

Ce 18 mars 2021, nous commémorons le centième anniversaire du Traité de Riga qui mit fin à la guerre entre la Pologne et la Russie soviétique (l'URSS ne sera fondée que le 30 décembre 1922) et redessina la carte de l'est de l'Europe. 

Car, si à l'ouest de l'Europe les combats entre belligérants cessèrent le 11 novembre 1918, à l'est il faudra attendre 1923 pour parvenir à un relatif apaisement. La Pologne, notamment, avait retrouvé le 11 novembre 1918 son indépendance perdue à la fin du XVIIIe siècle. Mais , conséquence du Traité de Versailles (signé le 28 juin 1919), les frontières entre les deux États, Pologne et Russie, ne sont pas clairement définies. 

 En Russie, l'année 1919 est décisive. Les Russes Blancs (Koltchak, Denikine, Ioudenitch) lancent contre les bolcheviques trois grandes offensives – mal coordonnées - qui se soldent toutes par des échecs. Dans un grand élan d'optimisme, Lénine croit que toutes les nations du monde vont se soulever pour créer une alliance communiste mondiale. Il veut d'abord faire la liaison avec la révolution allemande en se servant de la Pologne comme d'un pont. Qu'on se rappelle le Général Mikhaïl Toukhatchevski déclarant : « À l’Ouest ! Sur le cadavre de la Pologne blanche se trouve la route à la révolution mondiale. Marchons sur Vilno, Minsk, Varsovie ! » 

Général Mikhaïl Toukhatchevski


Les premiers affrontements sérieux ont lieu le 14 février 1919 en Biélorussie. Jusqu'au début de 1920, la contre-offensive polonaise est plutôt une réussite. Il faut dire que l'Armée Rouge est très occupée par la guerre civile, même si les Blancs reculent lentement de la Lettonie à l'Ukraine. Mais, en janvier 1920, les bolcheviques concentrent 700 000 hommes en Biélorussie. Les Polonais, ayant appris que les Russes préparaient une offensive, attaquent les premiers en avril. C'est l'opération Kiev, avec pour objectif la création d'une Ukraine indépendante, qui deviendrait une des composantes du projet de Fédération Międzymorze de Piłsudski. Mais, après des succès initiaux, les Polonais doivent battre en retraite. 

Général Józef Piłsudski



Le 4 juillet 1920, le général Mikhaïl Toukhatchevski lance l'offensive russe. Varsovie et la Pologne ne doivent leur salut que grâce au « Miracle de la Vistule » le 15 août 1920. La retraite russe se déroule dans le plus grand désordre. Les Russes vont alors demander la paix. Un armistice entre en vigueur le 18 octobre 1920 et de longues négociations de paix s'ensuivent, initialement à Minsk, puis à Riga. 

Défenseurs polonais de Varsovie


La paix de Riga est finalement signée le 18 mars 1921, partageant les territoires contestés en Biélorussie et en Ukraine entre la Pologne et la Russie et mettant fin au conflit. Le traité se composait de 26 articles. Il a largement déterminé la frontière soviéto-polonaise pour la période d’entre-deux guerres. Ces frontières sont restées en vigueur jusqu'en 1939 . Les deux États revendiquent la victoire dans ce conflit, mais le traité de 1921 se traduit de facto pour la Pologne par des concessions territoriales. Néanmoins, Lénine, dans son rapport secret à la 9ème Conférence des partis bolcheviques, du 20 septembre 1920, parle ainsi de l'issue de la guerre : « En un mot, une gigantesque et inouïe défaite ».