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samedi 14 mai 2022

Il y a 50 ans - 14 Mai 1972 : Romas Kalanta s’immole par le feu à Kaunas

 


Le 14 Mai 1972, à midi, le jeune étudiant de 19 ans (né le 22 Février 1953), Romas Kalanta, s’arrose de 3 litres d’essence et y met le feu. L’événement se déroule à Kaunas, près de Laisvės alėja (allée de la Liberté), sur la place devant le Théâtre de musique. Le geste de Romas Kalanta avait pour but de protester contre l’occupation de la Lituanie. A côté de lui, il avait déposé un carnet dont le contenu n’a été révélé qu’au retour à l’indépendance en 1990, après l’ouverture des archives du KGB. Il y était inscrit « Dėl mano mirties kaltinkite tik santvarką » (Seul le régime est responsable de ma mort).

L’endroit n’avait pas été choisi par hasard. C’est en effet dans ce théâtre que, le 21 Juillet 1940, le Seimas du peuple, parlement fantoche issu d’élection truquées pour légitimer l’occupation et l’annexion de la Lituanie par l’URSS, décida par acclamation de la création de la République Socialiste Soviétique de la Lituanie et demanda son admission dans l’Union Soviétique.



Le régime soviétique tenta d’étouffer l’incident, mais la nouvelle se diffusa de bouche à oreille. Le 18 Mai, les obsèques de Romas Kalanta furent avancées de plusieurs heures afin d’éviter de leur donner une trop grande publicité, mais cette initiative eut l’effet inverse. Le lendemain, 3 000 personnes défilèrent sur Laisvės alėja et 402 d’entre elles furent arrêtées, dont la moitié avait moins de 20 ans. Ces jeunes furent accusés de hooliganisme, terme encore en vigueur dans la Russie poutinienne, et parmi eux 8 furent condamnés à 1 ou 2 ans de prison.

La tension resta très vive à Kaunas et le KGB enregistra 3 à 4 fois plus d’incidents anti-soviétiques dans les années 1972 – 1973. Pendant cette période, 13 autres Lituaniens se suicidèrent par le feu à travers toute la Lituanie.

Ces événements ne furent pas connus en Occident, tant l’URSS était un État-prison, et n’eurent pas le même retentissement que le geste semblable de Jan Palach, le 16 Janvier 1969 à Prague, eut à l’ouest. Il y a malheureusement fort à parier que l'anniversaire de ce geste, désespéré mais héroïque, ne recueillera aujourd'hui pas une ligne dans nos médias et ne sera célébré nulle part en France.   




lundi 21 mars 2022

22 mars 1939 : Klaipėda redevient Memel

 

Joachim von Ribbentrop et Juozas Urbšys le 23 mars 1939

C'est l'Ordre Livonien qui, dès 1252, créa le château de Memel (Memelburg) à l'embouchure de la rivière Dane. Des commerçants originaires de Dortmund, en Westphalie, s'installent à proximité du château. La ville de Memel reçoit en 1258 ses privilèges de cité. Elle fait partie des territoires prussiens de l’État monastique des Chevaliers Teutoniques, puis, quand ceux-ci se sécularisent (1525) du Duché puis (1701) Royaume de Prusse.



Le Traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, déterminait les sanctions prises à l'encontre 

de l’Allemagne, et notamment fixait que le territoire de Memel était retiré à celle-ci. 
Il ne précisait toutefois pas à qui il allait être attribué ! 

En attendant que la dévolution du territoire fut décidée, la France se retrouva seule des grandes puissances pour fournir la composante des forces d'administration du territoire. Le Général de Brigade Dominique ODRY fut désigné pour exercer le commandement, et c'est le 21ème Bataillon de Chasseurs à Pied, en garnison à Gérardmer, qui fut choisi pour assurer le fonctionnement et le maintien de l'ordre.

Le Général Odry et son staff


De son côté, la jeune République de Lituanie tenait absolument à avoir un débouché maritime. Or, ne voyant rien venir, et malgré les risques, elle décida d’annexer le territoire par la force. Entre le 10 et le 15 janvier 1923, 1 400 Lituaniens accomplirent avec succès une marche sur Memel depuis le territoire lituanien. Ils ne rencontrèrent qu’une faible résistance, la France n’ayant ni les moyens ni la volonté de se lancer dans une opération de reconquête. Le 16 février 1923, les gouvernements alliés reconnurent le fait accompli et Memel fut rebaptisée Klaipėda.

Le 8 mai 1924 est signée à Paris la Convention de Klaipėda par laquelle les puissances signataires (France, Royaume-Uni, Italie et Japon) entérinent le statut de Memel en tant que territoire autonome sous souveraineté lituanienne.

Mais, le 20 mars 1939, l'Allemagne adresse un ultimatum oral à la Lituanie, exigeant que celle-ci leur redonne le territoire de Memel. Les quatre signataires de la convention de Klaipėda en 1924 - garantissant le statu quo dans la région - n'apportèrent aucune assistance. Le Royaume-Uni et la France suivent leur politique d'apaisement, tandis que l'Italie et le Japon soutiennent les demandes allemandes. La Lituanie est forcée d'accepter l'ultimatum.

Juozas Urbšys


Le 23 mars 1939 à 1 heure du matin, les Ministres des Affaires Etrangères, Joachim non Ribbentrop pour l'Allemagne et Juozas Urbšys pour la Lituanie, signèrent un traité, prenant effet le 22 mars, par lequel la Lituanie transférait volontairement (sic) la région de Klaipėda à l'Allemagne. La ville reprenait alors son nom de Memel. Les soviétiques prendront la ville le 28 janvier 1945 après un siège de trois mois et la transfèreront à la République Socialiste Soviétique de Lituanie. Elle ne reprendra son nom de Klaipėda qu'en 1947.

Hitler à Memel en mars 1939










vendredi 11 mars 2022

10 mars 1861 : mort du poète ukrainien Taras Chevtchenko

 


Taras Hryhorovytch Chevtchenko (en UkrainienТарас Григорович Шевченко) est considéré comme le plus grand poète romantique de langue ukrainienne. Il est né le 9 Mars 1814 du calendrier grégorien, et il est décédé le 10 mars 1861.

Né à Moryntsi (région de Kyīv), alors empire russe, dans une famille de paysans serfs, le jeune Taras devient orphelin à l’âge de 12 ans. Il travaille et étudie chez un diacre puis, à 14 ans, il devient serviteur chez un seigneur nommé Pavel Engelhardt, avec qui il part à Vilnius à l’automne 1828. Il y restera jusqu’au début de l’année 1831. La femme d’Engelhardt, ayant distingué des dispositions de Taras pour la peinture, obtient qu’il suive les cours du peintre Yan Roustem à l'Université de Vilnius.

Suivant son maître à Saint-Pétersbourg en tant que domestique, c’est le peintre et professeur Karl Briullov qui rachète sa liberté le 5 Mai 1838. De 1838 à 1845, Taras Chevtchenko peut alors étudier à l’Académie des Beaux-arts. C’est à Saint-Pétersbourg qu’il publie en 1840 son premier recueil de poésies romantiques, Kobzar (Le Barde). En 1842, pour illustrer son poème Kateryna, il peint un tableau éponyme qui est aujourd’hui une image emblématique de la peinture ukrainienne.



Au printemps 1846, Chevtchenko adhère à la Confrérie de Cyrille et Méthode qui avait pour objectif d’abolir le servage ainsi que les privilèges de la noblesse, la promotion de la liberté de croyance, de pensée et d’expression, et plus globalement la libération de toutes les nations slaves au sein d’un État fédéral. La confrérie n’exista que onze mois, la dénonciation d’un étudiant mettant fin à l’existence du mouvement. Bien que l’appartenance de Chevtchenko à la Confrérie ne puisse pas être officiellement prouvée, ce fut lui qui fut sanctionné le plus durement. Le 30 Mai 1847, il fut condamné à être incorporé comme simple soldat au Régiment d’Orenbourg, le Tsar Nicolas 1er ajoutant de sa propre main « sous une surveillance très étroite avec interdiction d’écrire et de dessiner ».

Taras Chevtchenko ne fut libéré de son exil militaire qu’en 1857, deux ans après la mort de Nicolas 1er. Mais il restera sous surveillance policière jusqu’à sa mort, à Saint-Pétersbourg, le 10 Mars 1861. Des 47 ans de sa vie, Chevtchenko en avait passé 24 au servage et 10 en exil. On comprend que, aujourd'hui plus que jamais, son nom soit le symbole du réveil de l’esprit national ukrainien face à l’oppression russe.



Initialement enterré à Saint-Pétersbourg, la dépouille du poète fut ramenée deux mois plus tard sur la colline de Chernecha Hora (Чернеча гора = la Colline du Moine), près de Kaniv (au sud-est de Kyiv) où sa tombe, proche du Dniepr / Днiпро, est devenue un lieu de pèlerinage pour des millions d’Ukrainiens.

Ceux qui connaissent Vilnius savent qu’il a sa statue sur Visų Šventujių gatvė, statue qui commémore le séjour du poète de 1828 à 1831 (ci-dessous).







mardi 8 février 2022

Publication de « Bons baisers de Moscou » d'Hélène Blanc


 

Hélène Blanc, docteur ès études slaves, a fait l'essentiel de sa carrière au CNRS.Elle est reconnue de longue date comme l’un des experts des mondes slave et est-européen. Ses travaux et ses documents politiques sur l’Est, la criminalité organisée (mafias, oligarchies) et les services secrets soviéto-russes, font autorité. Dès 2014, immédiatement après l'occupation et l'annexion de la Crimée, elle affirmait que Poutine ne s'arrêterait pas là ! Elle avait raison. Elle avait d'ailleurs déjà tiré la sonnette d'alarme dès 2004 dans KGB Connexion: Le système Poutine.

Certains de ses ouvrages ont été cosignés avec la regrettée politologue moldave Renata Lesnik, comme Les prédateurs du Kremlin, 1917-2009 en 2009 ou Russia Blues en 2012. J'avais particulièrement aimé Goodbye Poutine : Union européenne, Russie, Ukraine (2015), un ouvrage collectif écrit sous sa direction, avec encore Renata Lesnik mais aussi Françoise Thom. Hélène Blanc est tellement persuasive qu'elle a même réussi à me faire participer à son futur ouvrage sur les Russes blancs, à paraître en mars, "Les enfants de la Garde blanche..."

Aujourd'hui (ou plutôt samedi prochain 12 février 2022), en collaboration avec Claude André, « pseudonyme d'un grand connaisseur du monde slave », Hélène Blanc publie un thriller où réalité et fiction s'entremêlent, « Bons baisers de Moscou » (Ginkgo éditeur). Au-delà de l’intrigue policière, c’est un coup de projecteur très actuel sur la Russie d'aujourd'hui et son influence sur notre société française. Sur fond d’analyse géopolitique, c'est une plongée dans un monde étrange où des officines (les fameuses usines à trolls) ayant pignon sur rue œuvrent à manipuler l’opinion publique. Un thriller où, in fine, on ne sait plus très bien qui, entre la fiction et le réel, nourrit l'autre tellement il est réaliste ! 



vendredi 4 février 2022

4 février 1746 : naissance de Tadeusz Kościuszko

 


Il est vraisemblable que l'anniversaire passera inaperçu en France. Il n'est donc pas inutile de rappeler brièvement qui était Tadeusz Kościuszko, héros dans plusieurs pays (y compris aux États-Unis) et ses rapports particuliers avec la France, dont il avait été fait citoyen d'honneur en 1792. C'est d'autant plus justifié qu'il y a exactement trois ans, avec un groupe d'amis, j'avais visité sa maison natale près de Kossova au Bélarus (ci-dessous).

Tadeusz Kościuszko est donc né le 4 février 1746 dans une famille aristocratique du Grand-duché de Lituanie. Fils d'Officier, il intègre en 1765 une académie, fondée à Varsovie par le Roi Stanislas Poniatowski, destinée à former les Officiers et les haut-fonctionnaires. Dès 1768, il est déjà Capitaine. Quittant la Pologne-Lituanie au moment où la Confédération de Bar essaye de renverser le Roi Stanislas, il s’installe à Paris le 5 octobre 1769. Il y restera 5 ans, fréquentant principalement l'Académie Royale de peinture et de sculpture.



De retour en Pologne-Lituanie en 1774, donc après le premier partage de 1772 au profit de la Prusse, de l'Autriche et de la Russie, Kościuszko s'aperçoit que son frère a dilapidé une grande partie de la maigre fortune familiale et qu'il ne peut donc obtenir un « office » dans l'armée. Il décide donc de repartir à Paris à l'automne 1775. C'est là qu'il apprend la révolte des Treize colonies américaines contre la domination britannique.

Il s'engagea alors comme volontaire dans la guerre d'Indépendance des États-Unis. Il s'y illustra par son héroïsme et fit montre de talent militaire, surtout dans les travaux de fortification (Philadelphie, West Point, Rhode Island, Yorktown, New York). George Washington le promut au grade de colonel du génie, puis, à la fin de la guerre, général de brigade. La nation américaine lui exprima sa reconnaissance en le faisant citoyen d'honneur et en lui octroyant des terres et une pension annuelle. 



Le 15 juillet 1784, Kościuszko embarque pour l'Europe. Le 26 août, il est de nouveau à Paris, puis s'installe à Siechnowicze aujourd'hui  au Bélarus. Ce n'est qu'en 1790, grâce à l'augmentation des effectifs militaires pour défendre les frontières de la Pologne contre ses voisins agressifs, que  le roi lui accorde un office de général, assorti d'un important salaire annuel de 12 000 zlotys.

On passera sur la guerre russo-polonaise (au cours de laquelle Kościuszko reçoit le commandement d'une division près de Kyiv) et sur l'insurrection dite de Kościuszko pour laquelle il se rend à Paris pour essayer d'obtenir le soutien de la France lors du soulèvement à venir. Il y reste jusqu'à l'été 1792. Mais les Français refusent de s'engager. Il est d’ailleurs globalement déçu par la Révolution française.

Le 10 octobre 1794, Kościuszko est blessé et capturé par les Russes à la bataille de Maciejowice . Il est emprisonné à Saint-Pétersbourg dans la forteresse Pierre-et-Paul. L'insurrection prend fin peu après avec la bataille de Praga, le 4 novembre 1794, et le massacre de près de 20 000 habitants de Varsovie par les troupes russes.

Gracié le 28 novembre 1796 par le nouveau Tsar Paul 1er, il part pour les États-Unis où il est considéré avec méfiance par le nouveau gouvernement fédéraliste. Il décide donc de retourner en France. Il arrive à Bayonne le 28 juin 1798 et rejoint les groupes d'immigrés polonais. Il refuse néanmoins le commandement des légions polonaises  au sein de l'armée française. Il rencontre le Premier Consul Napoléon Bonaparte le 17 octobre et le 6 novembre 1799  mais ne parvient pas à un accord avec lui. Il faut dire que Kościuszko déteste les ambitions dictatoriales de Napoléon qu'il qualifie de « fossoyeur de la république [française] ». En 1801, il s'installe à La Genevraye près de Paris dans la résidence de l'ambassadeur suisse et se tient à l'écart des questions politiques.

Après la chute de l'Empire en 1814 et 1815, Kościuszko rencontre le tsar Alexandre 1er une première fois à Paris puis à Braunau en Suisse.  Apprenant que le Royaume de Pologne, créé par le Congrès de Vienne, sera encore plus petit que le Duché de Varsovie, il qualifie cette entité de « plaisanterie ». Il s'installe en Suisse à Soleure. Il y succombe suite à un accident vasculaire cérébral le 15 octobre 1817, quelques jours après une chute de cheval.



Un monument à Tadeusz Kościuszko est érigé à Montigny-sur-Loing (France), à côté de La Genevraye où il a vécu une quinzaine d'années (ci-dessus).

A noter pour terminer, comme je le faisais remarquer en 2012, que Tadeusz Kościuszko fait partie de ces Lituaniens biélorusses que l’on croit polonais :

http://gillesenlettonie.blogspot.com/2012/04/ces-lituaniens-bielorusses-que-lon.html






vendredi 14 janvier 2022

Disparition de Louise Cohen, âme de l'association « Convoi 73 »

Madame Louise Cohen s'adressant aux jeunes générations

Madame Louise Cohen nous a quittés le mardi 11 janvier matin, au terme d’un long combat inégal contre la maladie et nous en sommes toutes et tous bouleversés. Elle avait été à l'origine de la création officielle de l' « Association des Familles et Amis du Convoi 73 » et en était restée l'âme. Son frère Lucien avait été raflé à 22 ans par la Milice française à Chambéry et livré à la Gestapo en mai 1944 ; il avait été déporté avec les 877 autres hommes de ce convoi si singulier, parti vers les pays baltes, sans en revenir vivant.

Entre mars 1942 et août 1944, 79 convois de déportation ont quitté la France, généralement Drancy, pour les camps. Ils étaient composés de personnes présumées de religion, d’appartenance ou d’ascendance juive. Un seul, le convoi 73 s’est dirigé vers les États baltes. A ce jour, on ignore toujours la raison pour laquelle ce train  a été dirigé vers cette destination "non conventionnelle" et on l’ignorera, sauf surprise, sans doute toujours. 

Ce convoi 73, constitué de 15 wagons à bestiaux, a quitté Drancy le 15 Mai 1944. Il avait pour caractéristique de ne comporter que des hommes dans la force de l’âge, entre 12 et 66 ans, en tout 878 dont 38 adolescents. Au départ, il leur avait été dit qu’ils allaient travailler pour l’organisation Todt, groupe de génie civil et militaire allemand chargé de la réalisation de constructions, civiles comme militaires, en Allemagne et dans les pays occupés. En fait, le convoi s’est d’abord dirigé vers la Lituanie qu’il atteint après trois jours d’un voyage éprouvant, le 18 mai 1944.

Dix des quinze wagons sont restés à Kaunas, et ce sont environ 600 hommes qui ont été dirigés vers le IXe Fort puis, peu de temps après, vers le camp de travail de Pravieniškės, à une vingtaine de kilomètres de Kaunas. Ils furent soumis au travail forcé avant d’être exécutés par groupes dans la forêt. Les cinq autres wagons ont continué jusqu’à Reval, aujourd’hui Tallinn, et les déportés ont d’abord été internés à la prison de Patarei, puis utilisés à réparer les pistes du terrain d’aviation de Lasnamaë. Ils furent là aussi assassinés dans leur grande majorité. 

Inscription sur un mur du IXe Fort à Kaunas, dans la salle dite des Français

Après la guerre, les Allemands n’ont pas donné d’explication formelle quant à cette destination exceptionnelle. Une « erreur d’aiguillage » étant peu vraisemblable, une des théories serait que les Allemands aient fait venir des « brûleurs de cadavres » ne parlant pas la langue locale, de façon à ce qu’aucun témoignage ne puisse filtrer sur les exactions qui se déroulaient au fort.

Seuls 22 des 878 hommes du Convoi 73 ont survécu après la guerre, et ont pu rentrer en France en Mai 1945. Parmi les victimes, on compte le père et le frère de Madame Simone Veil, elle-même déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz-Birkenau. Le pire est que les familles ignorent où leur parent a été exécuté. Il reste aujourd’hui un seul survivant, M. Henri Zajdenwergier qui avait 16 ans en 1944.


M. Henri Zajdenwergier avec le Premier Ministre Edouard Philippe à Tallinn

L’Association des Familles et Amis des Déportés du Convoi 73 organise tous les deux ans (sauf pandémie) un voyage de mémoire en Lituanie et en Estonie. Par deux fois, lorsque je résidais en Lituanie, j’avais participé aux cérémonies de Kaunas. Bien que n’étant présent qu’en tant que modeste historien, je ne pouvais faire autrement, au milieu des familles, que d’être concerné par ce sentiment de tristesse, décuplé par le fait de ne pas savoir où étaient mort et a fortiori où étaient enterrés ces hommes qui n’avaient comme seul « tort » que d’être Juifs.


Cétémonie à Kaunas; Louise Cohen est au premier rang (cheveux blancs)

Madame Louise Cohen va nous manquer. Mais la flamme de la mémoire ne doit pas s'éteindre, surtout à une époque où certaine voudraient réécrire l'histoire.

Ses obsèques auront lieu jeudi 20 janvier à 15h00 au cimetière du Père Lachaise (entrée Gambetta, avenue transversale N°2)


Stèle au cimetière du Père Lachaise





jeudi 13 janvier 2022

13 Janvier 1991 : l’armée soviétique tue encore à Vilnius !

 


Vous souvenez-vous de ce que vous faisiez le 13 Janvier 1991 ?

A moins d’un événement personnel exceptionnel, vraisemblablement pas. En ce qui me concerne, j’étais à l’État-major de la Force d’Action Rapide (FAR) à Maisons-Laffitte et nous étions en plein psychodrame international à propos de l’Irak : l’opération « Tempête du désert » allait se déclencher 3 jours plus tard !

En Lituanie, les Lituaniens, eux, se souviennent : un quart de la population était à Vilnius pour défendre sa liberté et son indépendance retrouvée, tout au moins proclamée le 11 Mars 1990, contre les chars soviétiques.



14 d’entre eux, civils lituaniens sans arme, y ont laissé la vie, tués par les OMON près de la tour de télévision, des centaines d’autres (officiellement 702) ont été blessés. On ne me fera pas croire que, dans un système aussi verrouillé, aussi hiérarchisé que l’Union soviétique, le « bon » M. Gorbatchev, Président désigné (non élu) de l’URSS, chouchou des Occidentaux, n’était pas au courant. D’autant que, du 17 au 20 Janvier, les mêmes exactions se répétèrent à Riga (Lettonie). Le choix même de la date de l’attaque, alors que le monde entier avait les yeux tournés vers l’Irak, ne pouvait pas être un hasard.



Et pourtant, les Lituaniens ont gagné face au totalitarisme. Les soviétiques n’ont pas osé donner l’assaut au Parlement, protégé par des milliers de Lituaniens qui faisaient de leur corps un rempart. Dès le 13 Janvier, Boris Eltsine, Président élu de Russie, condamna l’attaque et reconnut la souveraineté des États baltes. A Moscou, 100 000 personnes descendirent dans la rue pour condamner la répression dans les Républiques baltes. On peut dire que, quelque tragique qu’il fut pour les Baltes, ce 13 Janvier 1991 marqua le début de la fin de l’URSS, et on ne peut que s’en réjouir. Finalement le 9 Février, les Lituaniens, toujours occupés par les soviétiques, votèrent à 90,4 % pour le retour à l'indépendance. Mais les soviétiques continueront à tuer, jusqu’au 31 Juillet 1991 lorsque  7 douaniers et gardes-frontières lituaniens, sans armes, seront assassinés à Medininkai.

Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse toujours de reconnaître qu’il y ait eu occupation des États baltes. Aujourd’hui, la Fédération de Russie refuse que Gorbatchev aille témoigner au procès des assassins de Janvier 1991. Aujourd’hui, certains (cf. Jirinovski) réclament même le retour des États baltes dans le giron de la Russie. Aujourd’hui, certains, propagandistes zélés face à des milliers de témoins, proclament que ce ne sont pas les OMON qui ont tiré, mais des « provocateurs ».  



On me dira que c’est le passé. Est-on sûr que ce passé ne se reproduira jamais ? Au Royaume des Bisounours, sans doute !....… Pas au pays qui réhabilite Staline ! Et pourquoi laisse-t-on des criminels soviétiques en liberté alors que l’on continue à juger des criminels nazis octogénaires ?

La liberté a un prix. 14 Lituaniens, et quelques jours plus tard 5 Lettons, ont payé ce prix de leur vie. Soyons fermes afin que de telles exactions ne se reproduisent pas.