Pages vues le mois dernier

lundi 1 juillet 2019

1er juillet 1569 : signature de l'acte de l'Union de Lublin

Armoiries de la République des Deux Nations


L'acte de l'Union de Lublin est une conséquence de la Guerre de Livonie (1558 – 1582), dont le but était le contrôle de la Confédération livonienne. Les succès militaire initiaux de la Russie et la dissolution de la Confédération livonienne par celle-ci entraîne l'entrée en guerre du Royaume de Pologne, du Grand-duché de Lituanie et du Royaume de Suède en 1559 et du Royaume du Danemark en 1561.

En 1566, la Lituanie envoie une ambassade à Moscou, envisageant une alliance avec le Tsarat de Russie pour chasser les Suédois de la région. Toutefois, les Russes considèrent cette démarche comme une preuve de faiblesse et Ivan IV dit le Terrible accroît ses exigences. Les négociations sont interrompues et les hostilités reprennent dès le retour des ambassadeurs en Lituanie.

Signature de l'acte de l'Union de Lublin

Devant la menace, la Lituanie et la Pologne décident de signer, le 1er juillet 1569, à Lublin (Pologne) un traité politique créant notamment la République des Deux Nations (en lituanien Abiejų tautų respublika), union du Royaume de Pologne et du Grand-duché de Lituanie sous l'autorité d'un Roi élu. Le Duché de Livonie , lié à la Lituanie depuis l'Union de Grodno en 1566, passe sous un condominium polono-lituanien. En 1570, le nouvel Etat signe une trêve de trois ans avec la Russie.

Le Roi Sigismond II Auguste

En 1572, le Roi Sigismond II Auguste, dernier descendant de Jogaila, décède sans laisser d'enfant. Sa mort ouvre un interrègne de trois ans. Le 11 mai 1573, c'est finalement Henri de Valois, Duc d'Anjou, qui est élu, l'évêque Jean de Montluc (1508 - 1579) ayant réussit à convaincre une majorité des 40 000 nobles électeurs (catholiques et calvinistes) de voter pour le frère du Roi de France.

Henri de Valois en 1570


Henri n’était guère pressé de quitter la France et il fit traîner son départ en longueur. Parti de Fontainebleau en Décembre 1573, il arriva à Cracovie le 18 Février 1574 et, le 21 Février 1574, le jeune prince de 23 ans est couronné Roi de Pologne, Grand-duc de Lituanie. Mais, le 14 Juin 1574, Henri apprend la mort de son frère le Roi de France Charles IX et, après un règne de 148 jours, il s’enfuit nuitamment de Cracovie le 18 Juin 1574, dans des conditions rocambolesques. Après un interrègne de 18 mois, les Polonais n’imaginant pas qu’Henri de Valois ne reviendrait pas, la Diète élira Stefan Báthory comme Roi de Pologne en 1575 Voir à ce sujet : http://gillesenlettonie.blogspot.com/2012/05/11-mai-1573-henri-duc-danjou-devient.html

Malgré la brièveté de son règne, Henri dut signer la première Pacta Conventa et  Les Articles du Roi Henry (Artykuły Henrykowskie), que tous les souverains polono-lituaniens futurs auront à respecter car ils fixaient leurs obligations vis-à-vis de la noblesse (szlachta). 

La République des Deux Nations en 1569


vendredi 28 juin 2019

28 juin 1919 : signature du Traité de Versailles




Dans l'inconscient populaire, la Première Guerre mondiale a pris fin le 11 novembre 1918. En fait, il n'en est rien, puisque ce jour-là ne fut signé à Rethondes qu'un armistice. Il faut attendre le 28 juin 1919 – soit 5 ans jour pour jour après l'attentat de Sarajevo – pour que soit signé à Versailles un traité de paix avec l'Allemagne, et encore n'était-ce que le premier, d'autres étant signés ultérieurement :
  • Traité de Saint-Germain-en-Laye, le 10 septembre 1919, avec l’Autriche
  • Traité de Neuilly-sur-Seine, le 27 novembre 1919, avec la Bulgarie
  • Traité de Trianon, le 4 juin 1920, avec la Hongrie
  • Traité de Sèvres, le 10 août 1920, avec la Turquie (non ratifié, il sera remplacé par le Traité de Lausanne du 24 juillet 1923)

Les négociations de paix s'étaient ouvertes à Paris le 18 janvier 1919 et réunissaient 27 délégations des puissances victorieuses. Les plénipotentiaires allemands ont été tenus à l'écart des débats sur la préparation du traité. Ils ne prennent connaissance du texte final du traité que le 7 mai 1919 (sept semaines avant la séance de signature) sans qu'ils aient pu négocier quoi que ce soit. C'est une première dans les annales de la diplomatie européenne. Ils proposent des modifications le 29 mai 1919 mais elles sont toutes rejetées sauf l'une d'elles concernant la Silésie. En Allemagne, c'est l'indignation. L'opinion publique qualifie le traité de Diktat.



Le traité de Versailles a été pour l'essentiel arbitré par quatre personnes : le Français Georges Clemenceau, le Britannique David Lloyd George, l'Américain Thomas Woodrow Wilson et l'Italien Vittorio Orlando. Le président Wilson est un idéaliste qui veut imposer le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes conformément à ses Quatorze Points de janvier 1918, au risque de créer des États-croupions non viables en Europe centrale. Le Premier ministre britannique Lloyd George, dans le souci de maintenir un certain équilibre entre les puissances européennes et aussi pour complaire au président Wilson, voudrait éviter de trop écraser les puissances d'Europe centrale mais son souhait est contrecarré par Georges Clemenceau. Car le «Tigre» veut punir l'Allemagne. Il y est poussé par les militaires comme le général Foch et surtout par son opinion publique, qui a le sentiment justifié d'avoir donné son sang plus qu'aucun autre dans la Grande Guerre.



Le Traité est finalement signé dans la galerie des Glaces du château de Versailles, sur les lieux mêmes où fut fondé l'empire allemand le 18 janvier 1871. En rupture avec les traditions diplomatiques de l'ancienne Europe, les plénipotentiaires allemands sont reçus de la plus mauvaise manière qui soit. La séance dure cinquante minutes. Ni décorum, ni musique. Clemenceau, debout, invite les Allemands à signer les premiers le traité (L'assemblée réunie à Weimar ne s'était résignée à approuver le traité que le 22 juin 1919). À leur suite, chaque délégation s’approche du bureau pour signer.

Alors que les Allemands s'indignent d'un Diktat, la majorité des Français jugent pour leur part le traité encore trop indulgent à l'égard de l'Allemagne, au regard de ce qu'eux-mêmes ont dû encaisser cinquante ans plus tôt avec le traité de Francfort qui a conclu la guerre franco-prussienne. Ils en tiendront rigueur à Clemenceau si bien que celui-ci sera empêché d'être élu à la présidence de la République l'année suivante ! Quant aux Américains, soucieux de concorde, ils s'indignent à l'égal des Allemands de la trop grande sévérité du traité. Le 19 mars 1920, le Sénat s'offre même le luxe de ne pas ratifier le texte signé par le président Wilson. En le rejetant, il refuse par la même occasion l'entrée des États-Unis à la SDN !

Quant aux États baltes, ils ne sont évoqués, sans être cités, que dans l'article 99 du Traité. La présence des délégations baltes à la Conférence de Paris n'était d'ailleurs qu'officieuse, et elles n'ont pas participé aux négociations de paix. Il faut dire qu'initialement le Quai d'Orsay, dans une note du 14 février 1919, voyait dans la reconnaissance potentielle de l'indépendance des « provinces baltiques » « un grave danger pour la paix en Europe » !!

Texte intégral du traité de Versailles : https://www.herodote.net/Textes/tVersailles1919.pdf



lundi 24 juin 2019

Des anniversaires napoléoniens en juin en Lituanie



Les 24 et 25 juin sont des dates très napoléoniennes dans l'histoire de la Lituanie.

En effet, Napoléon 1er est venu dans la région dès 1807 à l’occasion de la signature des traités de Tilsit. Après l’écrasante défaite des troupes russes du Général Bennigsen le 14 juin 1807 à Friedland (aujourd’hui Pravdinsk), les Français attinrent le Niémen le 19 juin 1807. Ce sont les généraux russes qui supplièrent le Tsar de solliciter un armistice.

Le 25 juin 1807, entre 13H et 14H30, le Tsar de toutes les Russies et l’Empereur des Français vont se rencontrer au milieu du Niémen sur un radeau de luxe construit par le Général comte Lariboisière. Alexandre 1er aurait dit à Napoléon « Je hais autant les Anglais que vous », ce à quoi l’Empereur aurait répondu « En ce cas, la paix est faite » !  

La rencontre des deux empereurs à Tilsit le 25 juin 1807

Le premier traité de Tilsit est signé en secret le 7 juillet 1807 entre les deux empereurs. Il associe la Russie au blocus continental, mais lui laisse les mains libres pour s’emparer de la Finlande et démembrer l’Empire ottoman. Le second traité, celui-ci public, est signé le 9 juillet 1807 avec la Prusse et consacre le démembrement de celle-ci. Il est notamment créé le Duché de Varsovie à partir de terres polonaises et lituaniennes (Užnemunė). Les traités de Tilsit ressemblent à un partage de l’Europe. Mais l’accord est mal accueilli à Saint-Pétersbourg, car on subodore que l’application du blocus continental va ruiner l’économie russe. 

Napoléon 1er reviendra en 1812. Accusant le Tsar Alexandre 1er de ne pas respecter l’accord de Tilsit, il décide d’attaquer la Russie. Il faut dire qu’au début 1812, Napoléon est au faîte de sa gloire, gouvernant directement un tiers de l’Europe, de Hambourg à Barcelone, d’Amsterdam à Dubrovnik.

La Grande Armée commence à franchir le Niémen dans la nuit du 23 au 24 juin 1812. Le 24 Juin, Napoléon s’installe dans Kaunas au couvent de la Sainte-Croix, qu’il quittera le 27 juin à 4 heures du matin par celle qui est encore aujourd’hui la Prancūzų gatvė, la rue des Français, passe la nuit dans un château 4 km à l’ouest de Vievis et arrive le 28 juin midi devant Vilnius, prise le matin par Murat et entre dans la ville par la Porte de l’Aurore.

Le franchissement du Niémen le 24 juin 1812

Napoléon 1er a personnellement séjourné du 28 Juin au 16 Juillet 1812 dans le palais épiscopal de Vilnius, devenu en 1795 le palais du gouverneur russe et qui, après transformations au cours du XIXe siècle, deviendra l’actuel palais présidentiel. Au cours de ce séjour de 19 jours, que certains trouveront trop long (mais facile à dire après……), l’Empereur a mis en place la structure administrative du Grand-duché de Lituanie, mais surtout a fait de Vilnius un point essentiel de ses opérations futures. Napoléon avait notamment besoin de temps pour se réapprovisionner et pour réorganiser les territoires occupés.

Pendant cette période dite française, la vie publique fut intense. Il y eut des spectacles, des soirées dansantes, des loteries, mais aussi des fêtes pour célébrer des événements divers. Le 14 Juillet, le général comte lituanien Liudvikas Mykolas Pacas donna un bal dans son palais du 7 rue Didžioji (où il hébergeait le Prince Murat), au cours duquel Napoléon fit une apparition. Le 15 Août 1812, date anniversaire de la naissance de l’Empereur (en 1769), le Maire de Vilnius, Mykolas Römeris (1778 – 1853) fait rebaptiser la place devant le palais épiscopal en Place Napoléon.

Le retour sera plus rapide. L’Empereur quitte l’armée le 5 décembre à Smorgoni, avant de rejoindre Paris au plus vite car le Général Mallet y conspire. Le 6 décembre au petit matin, il rencontre Maret, Ministre des Affaires Étrangères, à Medininkai, atteint Vilnius à 10H15 sans y entrer, puis Kaunas le 7 décembre à 5H du matin, talonné par les cosaques. Il sera à Paris le 18 décembre à 23H45.

Cérémonie au cimetière d'Antakalnis, le 25 juin 2012 (Cherchez bien : j'y suis !)


J'envoie un message en l'air comme on dirait à l'armée. Il serait à mon sens intéressant qu'il y ait, côté lituanien, un panneau explicatif soit érigé afin de marquer le lieu de la rencontre de Tilsit, à l'image de ce qui a été (très bien) fait à Kaunas, sur la Colline Napoléon. Par ailleurs, jusqu'en 1944 (des pilotes de Normandie-Niémen se sont fait photographier devant), il y avait sur un des murs du palais présidentiel une plaque rappelant le séjour de Napoléon dans ces murs. Sans aller jusqu'à rebaptiser Napoleono la Daukanto aikštė, peut-être qu'un panneau ou une plaque serait là-aussi le bienvenu. Car, en 1812, les Lituaniens avaient mis beaucoup d'espoir dans Napoléon, espérant que celui-ci rétablisse leur indépendance perdue en 1795.

Panneau sur la colline Napoléon, surplombant le Niémen


vendredi 24 mai 2019

22 - 27 Mai 1948 : déportation de 40 000 Lituaniens en URSS



Wagon servant à transporter les déportés (Naujoji Vilnia)

Dès la « libération » de l’Europe de l’est par les soviétiques, ceux-ci arrêtèrent et déportèrent des centaines de milliers de collaborateurs, réels ou présumés, et de combattants luttant les armes à la main contre l’occupation soviétique. De même, les familles de ces résistants, principalement ukrainiens et baltes, que les soviétiques désignaient comme des « bandits », furent déportées dans des villages de peuplement en Sibérie et dans le Grand Nord. De fait, à partir de 1945, furent arrêtés et déportées dans toute l’Europe centrale et orientale toutes les personnes pouvant constituer un obstacle à la mise en place de régimes pro-soviétiques.

En Lituanie, entre 1945 et 1952, ce sont environ 130 000 personnes (sans compter les partisans), dont 70 % de femmes et d’enfants, qui ont été déportés dans des camps de travail forcé, dans des coins reculés de l’URSS. Environ 28 000 y moururent, dont un quart d’enfants (moins de 16 ans). Les derniers ne revinrent qu’en 1959.   

La plus importante des déportations depuis la Lituanie s’est déroulée du 22 au 27 Mai 1948. C’est l’opération « Vesna » (« Printemps »). Elle a concerné 40 002 personnes (chiffres officiels du MVD et du MGB) dont 11 066 enfants. Elle a pour caractéristique de ne concerner que la Lituanie, sans doute parce que la résistance à l’occupation soviétique y était la plus forte. Les personnes étaient « évidemment » déportées sans pré alerte, sans procès et même sans raison apparente. 

"Maisons" de déportés à Kolyma
  
Si cette nouvelle vague de terreur touchait toujours les familles des résistants, elle a coïncidé avec l’introduction de la collectivisation, laquelle imposait aux paysans qu’ils donnent leurs terres, leur bétail et leur matériel à une ferme collective, le kolkhoze. Très peu de paysans rejoignirent volontairement le procédé, puisqu'ils devaient abandonner leur propriété privée pour rejoindre un état proche de la servitude.

« Vesna » sera suivie d’une autre grande déportation, « Priboi » (25 – 28 Mars 1949), qui concernera cette fois les trois Républiques baltes. En Lituanie, 25 951 personnes seront déportées, mais ce sera la Lettonie qui cette fois, avec 41 811 déportés, sera la plus touchée. Il y aura encore l’opération « Osen » (2 – 3 Octobre 1951) qui concernera 16 150 déportés de Lituanie.



Les déportations remplirent apparemment leur rôle quand on voit la progression du pourcentage de fermes collectives par rapport à l’ensemble : 0,08 % en 1948, 3,9 % en 1949, 60,5 % en 1950, 98,8 % en 1953.  

Les derniers déportés (359) partiront les 5 – 6 Août 1952. Après la mort de Staline, le retour des déportés, notamment Lituaniens et Ukrainiens, ne se fera que très lentement et, au 1er Janvier  1959, 4 900 Lituaniens étaient encore déportés.  
      
Au-delà de la sécheresse des chiffres, il est impossible de trouver aujourd’hui une famille en Lituanie qui n’ait pas eu de déporté. Leur rendre hommage a été une des premières revendications lituaniennes de l’ère Gorbatchev. Et certains Lituaniens pensent que la Russie, héritière assumée de l’Union soviétique, devrait payer une compensation pour ce travail imposé d’esclave, tout comme l’Allemagne Fédérale a payé, à partir d’Août 2000, une compensation pour le travail forcé dans l’Allemagne nazie.