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mardi 23 juillet 2019

23 juillet 1940 : la déclaration Welles



Benjamin Sumner Welles serait peut-être resté un obscur diplomate américain si, le 23 juillet 1940, Secrétaire d’État (= Ministre des Affaires Étrangères) par intérim, il n’avait signé ce qui est resté dans l’histoire comme la déclaration Welles. Revenons sur les faits et leur contexte.

Il faut d’abord évoquer la Doctrine Stimson. Du nom de Henry L. Stimson, Secrétaire d’État de 1929 à 1933, auteur d’une note du 7 janvier 1932, cette doctrine stipulait que le gouvernement fédéral des États-Unis ne reconnaissait pas les changements territoriaux qui avaient été imposés l Cette note visait d’abord l’invasion japonaise de la Mandchourie, survenue fin 1931.

C’est cette doctrine qui est invoquée le 23 juillet 1940 par le Sous-secrétaire d’État Sumner Welles dans sa note annonçant la non-reconnaissance par les États-Unis de l’annexion des États baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie.

On rappellera que les États-Unis avaient reconnu pleinement l’indépendance de jure des trois États baltes le 26 juillet 1922. Mais ils menaient globalement une politique de neutralité et de non-intervention, le Président Franklin D. Roosevelt ne souhaitant pas mener le pays à la guerre.

Les choses allaient changer avec les protocoles secrets du Pacte Molotov – Ribbentrop (23 août 1939), qui ne seront révélés qu’en 1945, par lesquels les deux puissances totalitaires se partageaient les États baltes, l’Estonie et la Lettonie tombant dans la sphère d’influence de l’Union soviétique, la Lituanie, initialement, dans celle de l’Allemagne nazie (un protocole additionnel de septembre 1939 la fera tomber, elle aussi, dans la sphère d’influence de l’URSS).

Fin 1939 – début 1940, l’Union soviétique émit une série d’ultimatum en direction des États baltes qui conduisirent à leur occupation et à leur annexion illégale en juin et juillet 1940. De pseudo élections aux « assemblées populaires » furent organisées à la mi-juillet 1940 à l’issue desquelles les listes soutenues par les soviétiques, les seules autorisées à participer, reçurent entre 92,2 % et 99,2 % des voix (les résultats parurent même 24 heures avant la clôture des « scrutins »). 

En conséquence, la Lituanie fut incorporée à l’URSS le 3 août 1940, la Lettonie le 5 août et l’Estonie le 6 août.

Mais, dès le 23 juillet 1940, Sumner Welles, qui assurait l’intérim pendant la maladie du Secrétaire d’Etat Cordell Hull, avait fait une proclamation, initialement rédigée par Loy Henderson, mais durcie en accord avec le Président Franklin D. Roosevelt :



Pendant 51 ans, même si elle était largement symbolique, la position officielle de la diplomatie U.S. fut que les États baltes avaient été annexés de force. Toutes les cartes américaines faisaient apparaître les États baltes et, le 26 juillet 1983, 61ème anniversaire de la reconnaissance de l’indépendance des États baltes par les États-Unis en 1922, le Président Ronald Reagan réitéra cette reconnaissance dans une déclaration lue à la tribune des Nations Unies.

Encore aujourd’hui, cette déclaration Welles est invoquée lorsqu'il s'agit de condamner l'annexion de la Crimée ukrainienne par la Fédération de Russie.




lundi 15 juillet 2019

15 juillet 1410 : bataille de Žalgiris



La date du 15 Juillet 1410 est connue des écoliers lituaniens à l’instar de celle de la bataille de Marignan pour les écoliers français (du moins à mon époque). Il s’agit de la bataille de Žalgiris, qui a mis un coup d’arrêt aux visées expansionnistes des Chevaliers Teutoniques. (NB : la bataille est appelée Tannenberg par les Allemands, Grünwald par les Polonais et Žalgiris - traduction littérale de Grünwald - par les Lituaniens).


Contexte historique

L’Ordre Teutonique, installé dans la région depuis 1226, avait passé le XIVème siècle à combattre la Lituanie païenne. Mais, en 1386, la donne avait changé : le Grand-duc de Lituanie, Jogaila, s’était marié avec la princesse polonaise Edwige (Jadwiga) d’Anjou et était devenu Roi de Pologne, instituant une union personnelle entre la Pologne et la Lituanie. Mais, pour ce faire, il avait dû se faire baptiser et faire baptiser la Lituanie. En 1404, l’Ordre Teutonique et la Pologne avaient signé une paix « perpétuelle ».

Mais, en 1409, la Žemaitija (nord-ouest de la Lituanie actuelle), toujours païenne, prend les armes contre l’Ordre Teutonique qui l’occupe; l’Union Pologne-Lituanie, qui considère la Žemaitija comme une partie de son territoire, appuie sa révolte. Le 14 Août 1409, le Grand-maître des Teutoniques, Ulrich von Jungingen, déclare la guerre à l’État polono-lituanien. Il propose également un armistice, car aucun des deux camps n’était prêt à la guerre. Celui-ci dura du 8 Octobre 1409 au 24 Juin 1410, et fut prolongé de 3 semaines, car chaque camp, comprenant l’importance capitale de la bataille à venir, regroupait ses forces.

Côté Teutoniques, des chevaliers vinrent de toute l’Europe, notamment de France (on parle de 120 chevaliers), de Grande-Bretagne et des Pays-Bas. De l’autre côté, il y avait les chevaliers polonais du roi Władysław II Jagiełło (Jogaila), les Lituaniens du grand-duc Vytautas, les mercenaires tchèques et moldaves, environ 3 000, commandés par Jan Sokol de Lamberk. Des vassaux de la Lituanie et de Smolensk ainsi qie les Tatares, fournirent également leurs contingents. Les Polono-Lituaniens étaient les plus nombreux (45 000 à 50 000), mais les Teutoniques (32 000 à 36 000) étaient mieux équipés et mieux entraînés.

La bataille


Au matin du 15 Juillet 1410, le soleil se leva vers 4H30. Mais ce n’est qu’à 8H30, alors que les Teutoniques transpiraient au soleil sous leurs cuirasses, mais que les alliées étaient, eux, à l’ombre des bois, que Jogaila accepta le combat. Celui-ci fut longtemps indécis. Le Grand-duc de Lituanie Vytautas (ci-dessous) était de facto le commandant opérationnel sur le terrain, le Roi Jogaila observant depuis une colline à l’écart.

Le Grand-duc de Lituanie Vytautas Didysis ( = le Grand)


Les Teutoniques furent prêts de l’emporter. Mais Jogaila avait gardé son infanterie en réserve et ne l’engagea qu’à six heures du soir. Les paysans polonais et lituaniens s’élancèrent fanatiquement, remplis de haine et de revanche contre ces Teutoniques qui avaient détruit leurs villages et tué leurs amis.

A 19H20, le Grand-maitre Ulrich von Jungingen fut tué. 28 000 Teutoniques et leurs aides périrent dans cette bataille, dont 50 des 60 Commandeurs de l’Ordre et 209 chevaliers. Seuls 1 400 réussirent à quitter le champ de bataille et à rejoindre leur capitale Marienburg (aujourd’hui Malbork en Pologne). Les Alliés polono-lituaniens comptèrent environ 20 000 tués, dont 12 chevaliers et les 2/3 des fantassins.

Les conséquences

Le Grand-duc Vytautas alla mettre le siège à Malbork, mais sans trop de conviction, ne voulant pas servir sur un plateau une victoire trop éclatante à son rival de toujours, Jogaila. Il se retira d’ailleurs rapidement sur son territoire de Lituanie.

La Paix de Toruń fut signée entre l’État polono-lituanien et l’Ordre teutonique le 1er Février 1411. Les pertes territoriales de l’Ordre furent relativement minimes, les Polonais et les Lituaniens récupérant toutefois la Žemaitija et une partie de la Poméranie. La rançon était par contre colossale, équivalent à 20 tonnes d’argent pur et ruina totalement le trésor teutonique pour deux siècles !

Mais surtout, le plus important est que cette victoire permit à la Pologne et à la Lituanie de ne pas subir le sort des malheureux Vieux-Prussiens, exterminés par les Teutoniques, et de conserver leur indépendance et leur culture pour les siècles à venir. Pas étonnant donc que ce qui est important en Lituanie, comme une bière ou une équipe de basket, soit baptisé du nom de Žalgiris.

Le traumatisme fut énorme côté germanique. À un point tel que, lorsque le général Paul von Hindenburg battit les Russes dans la région le 30 Août 1914, il obtient que sa victoire porte le nom de Tannenberg, afin d’effacer l’affront subi 500 ans auparavant !




samedi 13 juillet 2019

Gitanas Nausėda, Président de la République de Lituanie




Hier, vendredi 12 juillet 2019, M. Gitanas Nausėda est devenu Président de la république de Lituanie en présence de ses prédécesseurs, Dalia Grybauskaitė, Valdas Adamkus et Vytautas Lansbergis. Il avait été élu au suffrage universel le 26 mai 2019 avec 66,53 % des voix face à Ingrida Šimonytė. 

Gitanas Nausėda et Dalia Grybauskaitė

Né le 19 mai 1964 à Klaipėda, il est diplomé de la faculté des sciences économiques de Vilnius. Par la suite, il enseignera à l'Université de Mannheim (Allemagne) et soutiendra à Vilnius en 1993 une thèse de doctorat portant sur « la politique des revenus sous inflation et stagflation » . En 1994 , il intègre la Banque de Lituanie au sein du département de la réglementation des banques commerciales avant de rejoindre le département de la politique monétaire jusqu'en 2000. Par la suite, il est nommé économiste en chef et conseiller du président de la banque AB Vilniaus Bankas avant de rejoindre la SEB Bankas en qualité d'analyste financier puis économiste en chef.

Gitanas Nausėda et Valdas Adamkus

Il avait déjà été candidat à l'élection présidentielle en 2004. M. Nauseda a promis de chercher des solutions associant les partis en vue de combler le fossé entre les riches et les pauvres, ainsi que de réduire les disparités régionales. Comme tous les autres candidats, il soutient fermement l'appartenance de la Lituanie à l'UE et à l'Otan, permettant au pays de se démarquer des courants populiste et eurosceptique montant en puissance dans d'autres pays européens.

Gitanas Nausėda et  Vytautas Landsbergis

Il a conclu son discours d'investiture par les paroles suivantes : « Être fidèle à la Lituanie, la protéger, renforcer son indépendance, servir la Patrie, la démocratie, le bien-être du peuple lituanien, accomplir honnêtement ses fonctions – c’est donc le serment de chaque fils et fille de la Lituanie pour son pays. » 

Gitanas Nausėda arrivant au Seimas avec son épouse




jeudi 11 juillet 2019

11 Juillet 1918 : Mindaugas II,éphémère Roi de Lituanie

Guillaume d'Urach


Ceux qui s’intéressent à la Lituanie savent qu’il n’y a eu qu’un seul Roi de Lituanie,Mindaugas, qui a régné de 1253 à 1263. Un seul ? En fait, ce n’est pas tout à fait exact. Mindaugas (ainsi que son épouse Morta) fut le seul Roi couronné de Lituanie.

Mindaugas

Car il y en eut en effet deux autres :

      Vytautas reçut le titre de Roi en Janvier 1429. L’Empereur Sigismond (du Saint Empire Romain germanique) lui envoya la couronne, mais ses envoyés furent stoppés par les magnats polonais à l’automne 1430. Une seconde lui fut envoyée, mais Vytautas mourut au château de Trakai le 27 Octobre 1430, avant que la couronne ne lui parvienne.


Vytautas


   # Mindaugas II, celui qui nous intéresse aujourd’hui,  (Wilhelm Karl Florestan Gero Crescentius, Fürst Wilhelm von Urach, Graf von Württemberg, 2. Herzog von Urach) a « régné » du 11 Juillet 1918 au 2 Novembre 1918.

Le Conseil de Lituanie (Lietuvos Taryba) avait proclamé l’indépendance du pays le 16 Février 1918, mais il n’avait aucun pouvoir du fait de la présence des troupes allemandes. Les Allemands exerçaient d’ailleurs de fortes pressions sur les Lituaniens afin que la Lituanie soit incorporée dans l’Empire Allemand. Les Lituaniens, qui souhaitaient conserver leur indépendance, pensèrent éloigner le danger en établissant une monarchie constitutionnelle.

Le 4 Juin 1918, la Taryba offrit le trône du Royaume de Lituanie à Guillaume, 2ème duc d’Urach. Celui-ci avait l’avantage d’être catholique (religion dominante en Lituanie), de ne pas être un Hohenzollern (famille de l’Empereur d’Allemagne Guillaume II), et d’avoir effectué une brillante carrière militaire. On pouvait en outre espérer, en choisissant un souverain d’origine germanique, que l’Allemagne volerait au secours de la Lituanie en cas d’intrusion russe. En contrepartie, Guillaume d’Urach devait s’engager à vivre en Lituanie et à apprendre la langue lituanienne. Guillaume accepta la proposition le 11 Juillet 1918.

Toutefois, le choix de Guillaume d’Urach ne fit pas l’unanimité. Les quatre membres socialistes de la Taryba étaient opposés à cette nomination. De son côté, le gouvernement allemand soutenait la candidature de Matthias Erzberger, un politicien influent, qui sera signataire de l’armistice du 11 Novembre 1918 à Compiègne. Guillaume d’Urach commença à apprendre le Lituanien, mais il ne vint jamais en Lituanie, restant dans son château de Lichtenstein, au sud de Stuttgart. 

Lorsqu’il devint évident que l’Allemagne allait perdre la guerre, la Taryba lituanienne revint sur sa décision, proclamant la République le 2 novembre 1918. Guillaume d’Urach avait « régné » pendant 114 jours, sans jamais mettre les pieds en Lituanie.

N° 2 dans l'ordre successoral de la Principauté de Monaco, il renoncera à ses droits le 4 octobre 1924, comprenant que la France n'accepterait jamais un prince allemand sur le rocher. Il décédera le 24 Mars 1928 à Rapallo en Italie.

Guillaume d'Urach en famille