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lundi 18 novembre 2019

Daudz Laimes Latvija ! Bonne Fête Nationale à la Lettonie !

Déclaration d'Indépendance du 18 novembre 1918 au Théâtre National de Riga


En ce 18 Novembre 2019, la Lettonie fête le 101ème anniversaire de sa déclaration d’indépendance du 18 Novembre 1918.


Au début de la Première Guerre mondiale, les Lettons avaient pris délibérément fait et cause pour l’Empire russe, espérant, grâce à la victoire de celui-ci, se débarrasser des barons baltes (descendants des Teutoniques) et de l’emprise germanique qu’ils enduraient depuis le XIIIe siècle ! Le 23 Juillet 1915, alors que les forces russes étaient en difficulté, les troupes allemandes occupant la Courlande et progressant vers Riga, un oukase du Tsar Nicolas II permettait la création de Régiments de tirailleurs lettons, premières unités autorisées à se battre sous le drapeau de la Lettonie, avec un encadrement letton.
 
Mais la révolution russe d’Octobre (Novembre 1917) et l’effondrement militaire de la Russie vint changer la donne. L’Allemagne imposa en effet sa domination militaire sur les États baltes. Une partie des unités de tirailleurs lettons devinrent le fer de lance de l’Armée rouge, nouvellement créée. Par l’armistice du 11 Novembre 1918, les troupes allemandes vaincues étaient tenues de ne pas quitter leurs positions sur le front oriental, afin de contrer une éventuelle offensive bolchevique. L’armistice qui marqua à l'ouest la fin des hostilités ne signifia pour autant pas l’arrêt des combats sur le front de l’est.

La République de Lettonie proclama donc son indépendance le 18 Novembre 1918 à 16H, au Théâtre National de Riga. Mais celle-ci restera théorique car, en dépit de la présence des troupes allemandes, la Lettonie sera presque totalement occupée par l’Armée rouge à la fin Janvier 1919.

En dépit d’une politique française relativement floue, accordant la priorité de son soutien à la Pologne et traînant quelque peu les pieds pour reconnaître l’indépendance des États baltes, des Officiers français ont toutefois eu une action réellement déterminante lors de la guerre d’indépendance lettone.

Le Général Janin

Il s’agit du Lieutenant-colonel du Parquet, chef de la Mission Militaire Française en Lettonie (Mai 1919 – Juillet 1920), du Capitaine de Vaisseau Brisson, commandant la flotte alliée devant Riga en Octobre 1919, du Général Niessel, Président de la Commission interalliée des Pays Baltiques, grâce à qui les Allemands évacueront les Pays baltes (Novembre – Décembre 1919), sans oublier le Général Janin qui, depuis la Sibérie, organisera le retour dans leur pays des tirailleurs lettons « blancs » (Juin 1920). Je n'oublierai pas non plus la Compagnie de chars Renault FT-17 du Capitaine Jean Dufour à la bataille de Daugavpils (3 janvier 1920). Ils ont été récemment mis en exergue par l'Ambassade de France à Riga.

Le Capitaine de Vaisseau Brisson

Après bien des réticences, liées au désir de voir renaître une Russie forte et aux doutes quant à la viabilité d’un État letton, les puissances alliées ne reconnaîtront de jure l’indépendance de la Lettonie que le 26 Janvier 1921. La candidature de la Lettonie à la Société des Nations sera rejetée une première fois le 16 décembre 1920 et il faudra attendre le 22 Septembre 1921 pour qu’elle puisse y adhérer, en même temps que l’Estonie et la Lituanie.

Le Lieutenant-colonel du Parquet


 Bonne Fête Nationale à la Lettonie et aux Lettons ! 





lundi 11 novembre 2019

En Lettonie, le 11 novembre est le jour de Lāčplēšis

Lāčplēsis sur le Monument de la Liberté à Riga


Le 11 novembre 1918, date de signature du cessez-le-feu mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale, et non pas fin de la guerre comme on le dit souvent d'une façon erronée, est encore largement célébré en France et en Europe de l'ouest. Mais la Lettonie célèbre, elle, un autre 11 novembre. 

Le 11 Novembre que les Lettons célèbrent est en effet le Jour de Lāčplēšis (Lāčplēša Diena). Ce jour a pour objet de commémorer le combat de tous les habitants de la Lettonie contre tous les envahisseurs (et Dieu sait qu’ils ont été nombreux !).

Mais, sur le plan historique, c’est une réminiscence du 11 Novembre 1919, victoire dans la guerre de libération nationale, qui s’est déroulée de Décembre 1918 à Août 1920. Ce jour-là marque la fin de la bataille de Riga, victoire définitive de l’armée lettone sur celle de Bermondt-Avalov, ce pseudo prince russe, mais véritable aventurier aux origines incertaines, qui avait formé des Corps francs russo-allemands, avec la bénédiction du général allemand von der Goltz censé avoir retiré ses troupes de Lettonie. 

Le nom de Lāčplēšis fait référence au personnage central d’un poème épique éponyme, écrit entre 1872 et 1887, à l’époque donc de la Renaissance nationale du peuple letton, par Andrejs Pumpurs (1841 – 1902), une figure marquante du mouvement «Jaunlatvieši » (« Nouveaux Lettons »).

Andrejs Pumpurs


Lāčplēsis avait été choisi par les dieux pour devenir le héros de son peuple. Son nom signifie pourfendeur d’ours car, jeune homme, il avait déchiqueté un ours à mains nues, épisode qui apparaît sur le socle du Monument de la Liberté à Riga (photo en début d'article). Après maintes aventures, où la lutte de Lāčplēsis contre les Germaniques est omniprésente, le héros disparaît finalement dans la Daugava avec son dernier adversaire, le Chevalier noir, celui-ci ayant découvert que la force de Lāčplēsis résidait dans ses oreilles (sa mère étant une ourse). Mais la légende dit que Lāčplēsis reviendra pour libérer son pays en rejetant le monstre à ma mer. Les ennemis potentiels de la Lettonie sont prévenus.

Célébration de Lāčplēsis ce 11 novembre 2019

Étonnant donc que le récit épique d'un héros de fiction soit devenu une fête nationale ! Et pas seulement car, sous le vocable de Lāčplēsis on trouve aussi de la bière et un opéra rock !

Il existe également un Ordre de Lāčplēsis, dont les premiers récipiendaires l’ont reçu le 11 Novembre 1920 (il a été attribué jusqu’en 1928). Parmi les récipiendaires, j’ai compté 49 Français qui s’étaient principalement illustrés lors de la guerre d’indépendance de la Lettonie, dont certains sont bien connus des spécialistes de cette période : le Général Niessel, le Général Janin, le Capitaine de Vaisseau Brisson et le Lieutenant-colonel du Parquet. Mais on trouve également le Maréchal Foch et le Général Weygand, ainsi que la ville de Verdun.   












jeudi 31 octobre 2019

31 octobre 1835 : naissance de Krišjānis Barons




Au cours de ma recherche sur Michel Jonval, un des promoteurs de la culture lettone en France, qui publia en 1929 le premier recueil de « Chansons mythologiques lettonnes ».  les dainas, avec une traduction française, je n'ai pu que m'intéresser à son inspirateur, Krišjānis Barons (1835 – 1923).

Krišjānis Barons

Les dainas sont des chants traditionnels lettons, qui, chantés de génération en génération, sont considérés comme ayant été les vecteurs de la culture lettone au travers des siècles d'occupation et de servage. Les dainas ont été mises par écrit au cours du XIXe siècle principalement par l'écrivain Krišjānis Barons, le “père des dainas”, qui les a collectées (à partir de 1878 alors qu'il réside à Moscou) puis publiées à partir de 1894.

« Latvju Dainas »


Entre 1894 et 1915, Barons publie six tomes de « Latvju Dainas », qui représentent exactement 217 996 de ces poèmes typiquement lettons, transmis oralement, généralement par les femmes, depuis mille ans. Mais leur nombre exact dépasse l'imagination ! Ces dainas sont d’ailleurs beaucoup plus qu’une tradition littéraire. Ce sont des chants de résistance et d’affirmation identitaire, reprenant des thèmes et des légendes pré-chrétiens, au cœur donc de l’identité lettone.  



Les dainas étaient écrites sur des petits bouts de papiers de 3cm sur 11cm, soit qu’on lui envoyait soit écrits par Krišjānis Barons lui-même, papiers qui étaient rangés dans un cabinet créé exprès en 1880 à Moscou, le cabinet des Dainas (Dainu skapis), transporté en Lettonie en 1893. Les « petits bouts de papier » ont été microfilmés dans les années 1940 et scannés en 1997. En reconnaissance du travail de Krišjānis Barons et de la valeur historique du Dainu skapis, ce travail a été inscrit en 2001 au registre de l’UNESCO de la mémoire du monde. 

Dainu skapis


Cette initiative de Krišjānis Barons coïncidait avec la période d'éveil national letton (Tautas atmoda); Barons avait d'ailleurs  rejoint le mouvement des “Jeunes Lettons” ("Jaunlatvieši" ) dès ses années d'université à Tartu (aujourd'hui en Estonie). Le 27 juin 1873 avait marqué un tournant avec le Premier Festival de chant de Riga. Pendant la période de domination soviétique, « la Fête du chant représentait une manifestation politique rassemblant des milliers de gens. Je n’ai jamais compris pourquoi l’Union soviétique ne l’avait pas interdite. Il fallait être sourd et aveugle pour ne pas comprendre qu’en chantant, notre unité et notre pouvoir grandissaient. » (Sandra Kalniete, ex-ambassadeur de Lettonie en France)

Krišjānis Barons était né il y a 184 ans, le 31 octobre 1835, au manoir de Strutele (Kurzeme / Courlande) dont son père était régisseur.

Voir également « La collecte des « Dainas » par Krišjānis Barons » de Julien Gueslin https://journals.openedition.org/rbnu/688




vendredi 18 octobre 2019

Semaine mémorielle à Riga




Cette semaine (14 au 18 octobre 2019), l'ambassade de France en Lettonie a organisé et a participé à un certain nombre d'événements commémoratifs centrés sur la journée du 15 octobre 1919, qui avait vue l'intervention déterminante de la flotte franco-britannique dans la guerre d'indépendance lettone.

Cette semaine avait été précédée le 7 octobre par la conférence d'ouverture "Combats pour l’indépendance et reconnaissance de la Lettonie. Regards européens croisés" et par l'inauguration de l'exposition "La contribution de la France et des alliés à l’indépendance de la Lettonie (1918-1921)" au Musée de la Guerre. Ces deux activités avaient été honorées par la présence du Président de la République lettone, M. Egils Levits.

Inauguration de l'exposition au Musée de la Guerre avec, au centre, le Président Levits et, à sa gauche S.E. Mme Soupison


Le 15 octobre, cent ans jour pour jour, pratiquement à la minute près, après les premiers coups de canons de l'escadre franco-britannique aux ordres du Capitaine de Vaisseau Brisson, c'était mon tour d'intervenir à l’Ambassade de France sur le thème « Des Officiers français dans la guerre d'indépendance lettone ». Dans l'assistance, outre Madame l'Ambassadeur de France Odile Soupison, on notait la présence de M. l'Ambassadeur de Grande-Bretagne et de Mme la Vice-présidente du Parlement letton.

Ouverture de ma conférence par S.E. Mme Soupison 


Le lendemain matin, 16 octobre, je donnais la même conférence adaptée aux collégiens de 3ème de l’École Française de Riga puis au lycéens de terminale du Lycée Français de Riga.

Le 17 octobre, Madame l’Ambassadeur et l'Attaché de Défense, le Colonel Loechleiter, participaient à la Cérémonie de commémoration franco-britannique dans le port militaire de Riga, en hommage aux neuf victimes du croiseur britannique « Dragon » tombées le 17 octobre 1919 dans le cadre de l'action de la force navale franco-britannique, commandée par le capitaine de vaisseau français Jean-Joseph Brisson.

Dépôt de gerbe par le Colonel Loechleiter et S.E. Mme Soupison


Enfin, ce vendredi 18 octobre avait lieu la traditionnelle cérémonie commémorative, en présence des Ambassadeur de France, d’Irlande et du Royaume-Uni et de délégations des marines lettone et française, au pied de la plaque du capitaine de vaisseau Brisson sur les remparts du Château présidentiel.





Ce 18 octobre avait également lieu la remise à la Bibliothèque nationale de Lettonie, par Madame l'Ambassadeur, de l’ouvrage « Mémoires du lieutenant-colonel Emmanuel du Parquet », traduit pour la première fois en letton.



Crédit photos : Ambassade de France en Lettonie