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jeudi 18 février 2021

Le premier « Français » chez les Baltes ?

 



Les premiers documents écrits concernant les anciennes tribus des Baltes occidentaux datent du premier siècle de notre ère. Auparavant, quelques auteurs grecs et romains évoquaient les « Hyperboréens » pour désigner confusément toutes les populations habitant au nord des Alpes ! Le géographe grec Strabon (1er siècle avant J.C.) le reconnaît : « Toute la contrée au-delà de l'Elbe qui avoisine l'océan, nous est complètement inconnue…… les vaisseaux romains n'ont pas dépassé l’embouchure de l'Elbe ».

Toutefois, le premier explorateur connu de la Baltique est sans doute un dénommé Pythéas (vers 380 – vers 310 avant J.C.), originaire de Marseille, ou plus exactement de Massalia, cité grecque depuis 600 avant J.C.. S’il n’est pas le premier à avoir quitté la Méditerranée au-delà des colonnes d’Hercule (= le détroit de Gibraltar), il est le premier à avoir fait le récit de ses voyages jusqu’au nord des îles britanniques, vers l’île de Thulé (qui pourrait être l’Islande) et, sans doute dans la Mer Baltique, au-delà du détroit du Sund. L’ouvrage de Pythéas, “De l’Océan”, disparaît à une date indéterminée, mais Pline l’Ancien (23-79 après J.C.) associe son nom à celui de l’ambre, donnant une certaine crédibilité au fait qu’il ait pu explorer la Baltique.    



Car c'est grâce à l'ambre que la Baltique va être peu à peu connue. Son commerce entre les Pays baltes et l'Empire Romain, via notamment la province de Pannonie, va être très actif du 1er au 4ème siècle. (Province de l'Empire Romain, la Pannonie correspondait  à peu près à la Hongrie actuelle abondée de la Slavonie et du Nord de la Bosnie, ainsi que, à l'Est de l'Autriche, de la Styrie et de la Carniole)

Les premiers témoignages dont nous disposons sont dus aux historiens de l'Antiquité. Pline l'Ancien, déjà cité, parle d'une « route de l'ambre » partant de Carnuntum, entre Vienne et Bratislava, pour atteindre la Baltique.  Homère et Hérodote évoquent eux aussi ces pays de l’ambre. L'Empereur Néron (37 – 68) lui-même enverra une expédition vers 65 – 68 sur les bords de la Baltique, sur le territoire de la Pologne actuelle, pour trouver de l'ambre. Le goût des Romains pour l'ambre est apparemment très ancien. Il y avait jadis de l'ambre en Italie, mais les gisements ont été épuisés au 1er millénaire avant JC. Les Romains achetaient l'ambre brut puis le travaillaient eux-mêmes.

L'historien et sénateur romain Tacite (58 – 120 après J-C) précise qu’à son époque, période intense du commerce de l’ambre, les commerçants romains entretenaient des rapports directs avec la Baltique (qu’il appelle Mer Suévique) sans passer par des intermédiaires germaniques. Dans son ouvrage « Germania », il décrit en termes vagues quelques peuples situés à l'extrémité du monde connu. Parmi eux se trouvent les Aestii et les Fenni, mais toute localisation géographique précise est impossible. Des rapprochements linguistiques pourraient nous inciter à voir dans les Aestii des Pré-lituaniens et des Pré-lettons. Tacite raconte à propos de l'ambre : « C'est notre luxe qui a fait la réputation de cette matière. Les gens du pays n'en font aucun usage. Ils la recueillent brute, nous la remettent informe et s'étonnent du prix qu'on leur en donne » .

Alors, Pythéas premier Français chez les Baltes ? Je reconnais que le titre est racoleur. L'objectif était juste de montrer que, bien avant les marchands et les missionnaires du bas Moyen-Âge, la région baltique recevait déjà des visiteurs.

mercredi 2 décembre 2020

Romain Gary : naissance et jeunesse à Vilnius

 

Romain Gary (2e en partant de la droite), Légion d'Honneur, Compagnon de la Libération

Le 2 décembre 1980, il y a exactement 40 ans, l’écrivain Romain Gary se donnait la mort à Paris. Héros de la France libre, Compagnon de la Libération, Commandeur de la Légion d’Honneur, Consul de France à Los Angeles, deux fois Prix Goncourt sous deux identités différentes, peu de gens savaient qu'il avait passé sa jeunesse à Vilnius.

C’est effectivement le 21 mai 1914 (du calendrier grégorien) qu’est né à Vilnius Roman Kacew. Roman, puis Romain Kacew, qui ne deviendra Romain Gary qu’en 1943. Mais aussi Emile Ajar, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi ……  Car, durant sa vie d’adulte, Romain Gary jouera constamment avec plusieurs versions de ses origines. Essayons d’y voir clair.

Roman Kacew est issu de deux lignées de Juifs ashkénazes. Son père, Arieh-Leib Kacew est un fourreur né à Vilnius en 1883, par ailleurs administrateur d’une synagogue. Sa mère, Mina Owczyńska est née à Švenčionys en 1879. Ses parents se sont mariés à Vilnius le 28 août 1912. En 1914, Arieh-Leib et Mina Kacew sont de nationalité russe, avant de devenir polonais en 1920, quand la Pologne occupera la région de Vilnius.

Romain Gary jeune

Le père est mobilisé pendant la guerre dans l’armée russe, Mina et Roman quittent Vilnius pour s’installer quelques mois à Švenčionys. La mesure d’expulsion des Juifs de la zone de front les oblige à partir en Russie intérieure, mais les informations sur cette période sont contradictoires. Finalement ils reviennent à Vilnius en septembre 1921, sans doute suite à la paix de Riga (18 mars 1921) signée entre la Pologne et les bolcheviques. Ils vont résider pendant plusieurs années au 16 de la rue Wielka Pohulanka, aujourd’hui rue Basanavičius, appartement n° 4.

Plaque bilingue, 16 rue Basanavičius


Romain Gary racontera cette jeunesse à Vilnius (qu’il appelle Wilno, à la polonaise) dans la première partie de La promesse de l’aube (1960). Le récit se veut autobiographique, mais certains passages relèvent plus de la fiction que du vécu. Mais le plus important est qu’il rend hommage à sa mère qui croit en un destin extraordinaire pour son fils : « Tu seras un héros, tu seras général ….. Ambassadeur de France ».  


  

C’est d’ailleurs une scène de La promesse de l’aube qu’illustre la statue de Romas Kvintas dédiée à Gary, en face du 16 Basanavičius où il a habité. La statue (ci-dessus), inaugurée en 2007, représente le jeune Roman, âgé de 9 ans, s’apprêtant à manger une chaussure pour séduire sa petite voisine, Valentina ……  


Pour mémoire, c'est le 23 août 1928 que Roman et sa mère arriveront en France et s'installeront chez le frère de celle-ci, Eliasz, à Nice.






dimanche 29 novembre 2020

Commémoration des victimes de l’Holodomor

 



La famine et le génocide ukrainiens de 1932 – 1933, connus sous le nom d’Holodomor,  occupent une tragique place à part dans l’histoire de l’Ukraine, mais aussi de l’Europe. Contrairement à ce que certains voudraient encore faire croire aujourd’hui, l’extermination de millions de paysans ukrainiens par une faim artificielle, a été un acte conscient et délibérément déclenché par le régime soviétique de Joseph Staline, en vue d’anéantir systématiquement les aspirations du peuple ukrainien à la liberté et à l’indépendance.



Pendant les décennies qui ont suivi cette tragédie, ses raisons et son ampleur ont été passées sous silence, voire déformées, par le pouvoir soviétique. Ce n’est qu’après l’accession de l’Ukraine à l’indépendance que la vérité a été révélée.  


Le 26 Novembre 1998, le Président ukrainien Leonid Koutchma a pris un décret présidentiel désignant le quatrième samedi de Novembre comme Jour national du souvenir en mémoire des victimes de cette grande famine.


Le 28 Novembre 2006, le Parlement ukrainien a voté pour la reconnaissance de l’Holodomor comme un génocide contre le peuple ukrainien. A ce jour, 24 pays (dont les 3 Etats baltes), ont reconnu l’Holodomor comme génocide. Pas la France.



Le quatrième samedi de Novembre a été reconnu par les communautés ukrainiennes dans le monde comme le jour choisi pour se souvenir des victimes de l’Holodomor et pour promouvoir les libertés fondamentales d’une société démocratique. Hier donc, samedi 28 novembre 2020, une minute de silence, précédée de l’allumage de bougies, a été respectée par les Ukrainiens et leurs amis, où qu’ils soient dans le monde, de 19.32 à 19.33. (comme 1932 – 1933).


Il est important que de tels crimes soient révélés, que la mémoire des victimes soit conservée et que la souffrance des Ukrainiens soit reconnue, afin que de telles tragédies, décidées au nom d’une idéologie mortifère, ne se reproduisent plus. Mais quand on voit la Russie d'aujourd'hui, non seulement réhabiliter, mais glorifier Staline, on est en droit d'avoir des inquiétudes.     

samedi 28 novembre 2020

26 Novembre 1855 , mort à Constantinople d'Adam Mickiewicz

 


Adam Bernard Mickiewicz de Poraj (ci-dessus en 1828), est né le 24 Décembre 1798 à Navahroudak (en biélorusse : Навагрудак) ou Novogroudok (en russe : Новогрудок) ou en polonais : Nowogródek ou encore en lituanien : Naugardukas. La multiplicité des noms de son lieu de naissance en montre déjà toute l’ambiguïté. Mais le lieu est indubitablement en Lithuania propria, ce qui était depuis le XIIIe siècle le Grand-duché de Lituanie.

En 1798, Navahroudak est un siège de district de l’Empire russe. Mais, jusqu’à la troisième partition de la Pologne-Lituanie de 1795 (soit trois ans avant la naissance d’Adam Mickiewicz), c’était une ville de la partie biélorusse du Grand-duché de Lituanie. Elle avait d’ailleurs été le lieu du couronnement du Roi Mindaugas, seul Roi couronné de Lituanie, le 6 Juillet 1253. Mickiewicz fit ses études à Vilnius, fut enseignant à Kaunas et fut mis en prison en 1823 au couvent des Basiliens à Vilnius, en tant que membre de la société des Philomates. On ne fait pas plus Lituanien. Surtout si on considère le début de Pan Tadeusz (écrit en 1834 à Paris) :

« Ô ma Lituanie ! Ainsi que la santé,

Seul qui te perd connaît ton prix et ta beauté.

Je vois et vais décrire aujourd’hui tous tes charmes,

Ma patrie ! et chanter mes regrets et mes larmes. »



On pourrait également citer Konrad Wallenrod, écrit en 1828, qui décrit la lutte des Lituaniens contre les Chevaliers Teutoniques.

Ceci posé, il était surtout un citoyen de la République des Deux-Nations, dépecée au cours des trois partages de 1772, 1793 et 1795, en lutte pour recouvrer sa liberté face à la Russie.

La famille d’Adam Mickiewicz était de petite noblesse (la szlachta) et, comme toute la noblesse, elle s’était polonisée après l’Union de Lublin (1569), la Pologne apparaissant plus raffinée et moins rustre que la Lituanie. En outre, les Bélarusses sont en droit de se réclamer de l’héritage de Mickiewicz, outre son lieu de naissance, tant le folklore bélarusse, avec les thèmes historiques lituaniens, a exercé une grande influence sur son œuvre. Il a d’ailleurs son buste à Brest (-Litovsk).

Mickiewicz fut obligé de quitter la Lituanie en 1823, s’en alla à Saint-Pétersbourg, Odessa et Moscou, puis quitta la Russie en 1829 pour l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et enfin la France, où il arrive à Paris en 1832. Il occupa la première chaire de littérature slave au Collège de France de 1840 à 1844. En 1849, il fonda même un journal en français, « La Tribune des Peuples ».

Pas uniquement poète, avec son implication dans la lutte contre l’occupation russe de la Lituanie, il participe en 1848 à la création d’une Légion Polonaise et part en 1855 à Constantinople pour organiser leur intervention contre les Russes dans la guerre de Crimée. C’est là qu’il meurt, vraisemblablement du choléra, le 26 Novembre 1855. Initialement enterré dans une crypte sous son appartement à Constantinople (Istanbul), puis transféré à Montmorency, il fut ré-enterré le 4 Juillet 1890 au Wawel à Cracovie, dans la crypte des bardes.