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jeudi 31 octobre 2019

31 octobre 1835 : naissance de Krišjānis Barons




Au cours de ma recherche sur Michel Jonval, un des promoteurs de la culture lettone en France, qui publia en 1929 le premier recueil de « Chansons mythologiques lettonnes ».  les dainas, avec une traduction française, je n'ai pu que m'intéresser à son inspirateur, Krišjānis Barons (1835 – 1923).

Krišjānis Barons

Les dainas sont des chants traditionnels lettons, qui, chantés de génération en génération, sont considérés comme ayant été les vecteurs de la culture lettone au travers des siècles d'occupation et de servage. Les dainas ont été mises par écrit au cours du XIXe siècle principalement par l'écrivain Krišjānis Barons, le “père des dainas”, qui les a collectées (à partir de 1878 alors qu'il réside à Moscou) puis publiées à partir de 1894.

« Latvju Dainas »


Entre 1894 et 1915, Barons publie six tomes de « Latvju Dainas », qui représentent exactement 217 996 de ces poèmes typiquement lettons, transmis oralement, généralement par les femmes, depuis mille ans. Mais leur nombre exact dépasse l'imagination ! Ces dainas sont d’ailleurs beaucoup plus qu’une tradition littéraire. Ce sont des chants de résistance et d’affirmation identitaire, reprenant des thèmes et des légendes pré-chrétiens, au cœur donc de l’identité lettone.  



Les dainas étaient écrites sur des petits bouts de papiers de 3cm sur 11cm, soit qu’on lui envoyait soit écrits par Krišjānis Barons lui-même, papiers qui étaient rangés dans un cabinet créé exprès en 1880 à Moscou, le cabinet des Dainas (Dainu skapis), transporté en Lettonie en 1893. Les « petits bouts de papier » ont été microfilmés dans les années 1940 et scannés en 1997. En reconnaissance du travail de Krišjānis Barons et de la valeur historique du Dainu skapis, ce travail a été inscrit en 2001 au registre de l’UNESCO de la mémoire du monde. 

Dainu skapis


Cette initiative de Krišjānis Barons coïncidait avec la période d'éveil national letton (Tautas atmoda); Barons avait d'ailleurs  rejoint le mouvement des “Jeunes Lettons” ("Jaunlatvieši" ) dès ses années d'université à Tartu (aujourd'hui en Estonie). Le 27 juin 1873 avait marqué un tournant avec le Premier Festival de chant de Riga. Pendant la période de domination soviétique, « la Fête du chant représentait une manifestation politique rassemblant des milliers de gens. Je n’ai jamais compris pourquoi l’Union soviétique ne l’avait pas interdite. Il fallait être sourd et aveugle pour ne pas comprendre qu’en chantant, notre unité et notre pouvoir grandissaient. » (Sandra Kalniete, ex-ambassadeur de Lettonie en France)

Krišjānis Barons était né il y a 184 ans, le 31 octobre 1835, au manoir de Strutele (Kurzeme / Courlande) dont son père était régisseur.

Voir également « La collecte des « Dainas » par Krišjānis Barons » de Julien Gueslin https://journals.openedition.org/rbnu/688




vendredi 18 octobre 2019

Semaine mémorielle à Riga




Cette semaine (14 au 18 octobre 2019), l'ambassade de France en Lettonie a organisé et a participé à un certain nombre d'événements commémoratifs centrés sur la journée du 15 octobre 1919, qui avait vue l'intervention déterminante de la flotte franco-britannique dans la guerre d'indépendance lettone.

Cette semaine avait été précédée le 7 octobre par la conférence d'ouverture "Combats pour l’indépendance et reconnaissance de la Lettonie. Regards européens croisés" et par l'inauguration de l'exposition "La contribution de la France et des alliés à l’indépendance de la Lettonie (1918-1921)" au Musée de la Guerre. Ces deux activités avaient été honorées par la présence du Président de la République lettone, M. Egils Levits.

Inauguration de l'exposition au Musée de la Guerre avec, au centre, le Président Levits et, à sa gauche S.E. Mme Soupison


Le 15 octobre, cent ans jour pour jour, pratiquement à la minute près, après les premiers coups de canons de l'escadre franco-britannique aux ordres du Capitaine de Vaisseau Brisson, c'était mon tour d'intervenir à l’Ambassade de France sur le thème « Des Officiers français dans la guerre d'indépendance lettone ». Dans l'assistance, outre Madame l'Ambassadeur de France Odile Soupison, on notait la présence de M. l'Ambassadeur de Grande-Bretagne et de Mme la Vice-présidente du Parlement letton.

Ouverture de ma conférence par S.E. Mme Soupison 


Le lendemain matin, 16 octobre, je donnais la même conférence adaptée aux collégiens de 3ème de l’École Française de Riga puis au lycéens de terminale du Lycée Français de Riga.

Le 17 octobre, Madame l’Ambassadeur et l'Attaché de Défense, le Colonel Loechleiter, participaient à la Cérémonie de commémoration franco-britannique dans le port militaire de Riga, en hommage aux neuf victimes du croiseur britannique « Dragon » tombées le 17 octobre 1919 dans le cadre de l'action de la force navale franco-britannique, commandée par le capitaine de vaisseau français Jean-Joseph Brisson.

Dépôt de gerbe par le Colonel Loechleiter et S.E. Mme Soupison


Enfin, ce vendredi 18 octobre avait lieu la traditionnelle cérémonie commémorative, en présence des Ambassadeur de France, d’Irlande et du Royaume-Uni et de délégations des marines lettone et française, au pied de la plaque du capitaine de vaisseau Brisson sur les remparts du Château présidentiel.





Ce 18 octobre avait également lieu la remise à la Bibliothèque nationale de Lettonie, par Madame l'Ambassadeur, de l’ouvrage « Mémoires du lieutenant-colonel Emmanuel du Parquet », traduit pour la première fois en letton.



Crédit photos : Ambassade de France en Lettonie

dimanche 22 septembre 2019

22 Septembre 1236: la bataille de Saulė ou la fin des chevaliers porte-glaive



La bataille de Saulė eut lieu le 22 Septembre 1236 et opposa les Chevaliers Porte Glaive (Fratres militiæ Christi Livoniaeaux Samogitiens et Semigalliens. L’ordre des Chevalier Porte Glaive avait été créé à Riga en 1202 par l’archevêque Albert afin de protéger d’une façon permanente les colons germaniques, mais aussi pour convertir les tribus païennes au Christianisme, le plus souvent au fil de l'épée.

Le 19 Février 1236, le Pape Grégoire IX avait publié une bulle appelant à la croisade contre la Lituanie païenne. Son objectif était de conquérir le littoral de la Baltique afin d’assurer une continuité entre le territoire des Chevaliers Teutoniques et celui des Porte Glaives. Par contre, l’objectif des Porte Glaive était de s’agrandir le long de la rivière Daugava et c’est la raison pour laquelle ils se dirigèrent vers la Samogitie.    



Le Maître des Porte Glaive, Volkwin, réunit environ 3 000 hommes, parmi lesquels des troupes de la République de Pskov, des Livoniens, des Latgalliens et des Estoniens. Ils firent un raid en Samogitie, pillant le pays, mais sans l’occuper selon les habitudes de l’époque. C’est en se retirant qu’ils tombèrent sur un groupe déterminé de Samogitiens qui les empêcha de traverser la rivière Mūša. Le lendemain matin, alors que les Chevaliers lourdement armés pataugeaient dans les marais, le Duc samogitien Vykintas, qui avait eu le temps de ramener des renforts (en tout 4 à 5 000 hommes), fit un véritable massacre, les troupes samogitiennes, plus légèrement armées, étant plus mobiles. En outre, les alliés locaux des Porte Glaives se débandèrent, notamment quand le Maître Volkwin fut tué. Enfin, les chevaliers qui s’enfuyaient en direction de Riga furent tués par les Semigalliens. 
   
Cette défaite est importante dans la mesure où elle obligea l’Ordre des Porte Glaives à fusionner en 1237 avec l’Ordre Teutonique, bien que demeurant une branche autonome sous le nom de Chevaliers Livoniens. Mais surtout, cette victoire des Samogitiens (Lituaniens) et Semigalliens (Lettons) donna des idées aux autres  peuples « Lettons » (Curoniens, Seloniens, Oeseliens) qui se révoltèrent à leur tour contre l’Ordre Livonien.



Le problème, est qu’on ne sait pas où s’est déroulée la bataille de Saulė (en Lituanien Saulės mūšis, ou Saules kauja en Lettonce qui, comme chacun sait, veut dire dans les deux cas « Bataille du soleil »). Le recueil Chronicon Livoniae, écrit par le chroniqueur westphalien Hermanni de Wartberge, mentionne que la bataille fit rage en terram Sauleorum. Traditionnellement, le lieu est identifié comme étant Šiauliai en Lituanie (Šiaulē en samogitien, Saule en live, Schaulen en allemand des Chevaliers Teutoniques), sans que le lien formel avec la ville actuelle ne soit prouvé. Car Vecsaule, près de Bauska (Lettonie) lui dispute cet honneur, ainsi qu’un des Pamūšis sur la rivière Mūša.

En l’absence de quelque trace que ce soit, est-ce bien important de savoir où s’est réellement déroulée cette bataille ? Peut-être pas, sinon pour les historiens, toujours pointilleux. Ce qui est à mon sens important, c’est que cette date du 22 Septembre soit devenue le Jour de l’unité des Baltes (comprendre Lituaniens et Lettons).


lundi 9 septembre 2019

8 septembre 1514 : bataille d'Orcha

La bataille d'Orcha; à première vue, un peu chaotique


Au XVIe siècle, le Grand Duché de Lituanie, uni à la Pologne depuis 1386, comprenait, en plus des terres ethniques lituaniennes, des territoires ruthènes et russes. De son côté, la Grande Principauté de Moscou, libérée du joug tatare depuis 1480, voulait unir tous les territoires peuplés de populations parlant le russe ou le ruthène, y compris ceux sous domination lituanienne.

En guerre contre la Lituanie depuis novembre 1512, une armée moscovite aux ordres du Grand Prince Vasili III prit Smolensk le 30 juillet 1514. En réaction, une force polono-lituanienne quitta la région de Wilna/Vilnius pour reconquérir la ville. Cette force comprenait environ 35 000 soldats repartis en 15 000 Lituaniens de l'armée régulière, 17 000 mercenaires polonais (infanterie, cavalerie, artillerie) et 3 000 cavaliers volontaires constitués par les magnats polonais. Elle était commandée par le Duc Konstantin Ostrogski, Grand Hetman de Lituanie, Castellan de Vilnius, futur Voïvode de Trakai, son second étant le Voïvode de Kiev, Jerzy Radziwiłł. Les forces moscovites étaient deux fois plus nombreuses, aux ordres d'Ivan Andreevitch Czeladnin.

L'Hetman Konstantin Ostrogski

NB : les chiffres sont ceux de Rerum Moscoviticarum Commentarii (Notes sur les Affaires Moscovites) écrites en 1549 par Sigismund, Freiherr von Herberstein. Ils ont été par la suite sujets à caution.

Czeladnin décida de livrer bataille près d'Orcha (aujourd'hui dans l'est du Bélarus), là où le Dniepr s'oriente vers le sud. Il partagea ses troupes en deux pour bloquer les ponts, mais les Polono-Lituaniens, qui disposaient de sapeurs, réussirent à traverser le fleuve dans la nuit du 7 septembre sur deux ponts reposant sur de grands barils.

La tactique de Czeladnin était de déborder les Polono-Lituaniens pour les rejeter dans le fleuve. A la deuxième attaque, la cavalerie légère lituanienne de l'aile droite fit semblant de fuir, mais, en fait, attira les Moscovites vers un bois où était cachée l'artillerie polonaise. De tous les côtés, les forces lituaniennes et polonaises surgirent et encerclèrent les Moscovites. Ce fut la panique et la débandade dans les rangs ceux-ci. Czeladnin fut fait prisonnier ainsi que 8 de ses commandeurs et des milliers de soldats. Il y eut entre 30 et 40 000 Moscovites tués. Les Polono-Lituaniens s'emparèrent du camp moscovite et de plus de 300 canons. Dans la foulée, il se réapproprièrent les places fortes qu'ils avaient auparavant perdues, à l'exception de Smolensk. La progression des Moscovites était arrêtée pour quatre ans.

En décembre 1514, l'Hetman Ostrogski fit une entrée triomphale à Vilnius. Deux églises orthodoxes y furent construites pour commémorer la victoire : l'église de la Sainte Trinité et l'église Saint-Nicolas.

Eglise Saint-Nicolas à Vilnius


Mais la Pologne et la Lituanie adressèrent en Europe, et en particulier à Rome, ce qu'on appellerait aujourd'hui de la propagande pour améliorer leur image. Avec comme message : « Les Moscovites ne sont pas des Chrétiens ; il sont cruels et barbares ; ils sont Asiatiques et non Européens ; ils sont alliés avec les Turcs et les Tatars pour détruire la Chrétienté ».