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mardi 1 mars 2011

La Courlande en Touraine

Depuis quelques jours, je réside dans une petite ville tourangelle de 4 000 habitants, Langeais, à 25 km à l’ouest de Tours. 12 km encore plus à l’ouest, sur la commune de Saint Patrice se trouve le château de Rochecotte dont le nom est inséparable de celui de Dorothée de Courlande (1793 – 1862, ci-dessous), passée à la postérité sous le nom de duchesse de Dino.

Dorothée était – officiellement – la quatrième fille du duc de Courlande Peter von Biron, mais sa mère, née Anna Charlotte Dorothée von Medem, l’avait vraisemblablement eue avec le … nonce polonais, Alexandre de Batowski.

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754 – 1838), l’ « éternel ministre des Affaires Etrangères », qui cherche un bon parti pour son neveu Edmond, obtient du Tsar, lors de l’entrevue d’Erfurt (Septembre – Octobre 1808) pour celui-ci la main de Dorothée de Courlande. La mère, Anna Charlotte Dorothée, s’installe à Paris et devient la maitresse de Charles-Maurice de Talleyrand.

Le mariage fut malheureux, et le couple Dorothée – Edmond se sépara après le congrès de Vienne (Novembre 1814 – Juin 1815), la séparation de corps n’étant prononcée qu’en 1824. Entre temps (1817), l’oncle avait légué à ses neveux et nièce le titre de duc et duchesse de Dino, une petite ile au large de la Calabre. Dès 1815, Dorothée devint vraisemblablement alors la maitresse de l’oncle, Charles-Maurice et il est souvent estimé que son troisième enfant, Pauline, pourrait être de lui ……

En 1828, Dorothée achète le château de Rochecotte (ci-dessous) « à tempérament », le coût de 400 000 francs étant considérable pour l’époque. Charles-Maurice de Talleyrand y séjourna de nombreuses fois jusqu’à sa mort, dix ans plus tard, et y reçut tous les grands noms de la politique et de l’Eglise. Pour l’anecdote, Dorothée est obligée, un soir, de garder à dîner Honoré de Balzac à Rochecotte, en raison du mauvais temps. Elle le juge « lourd, laid et sans esprit »……

En 1847, Dorothée donne Rochecotte à sa fille Pauline de Talleyrand-Périgord, épouse depuis 1839 du marquis Henri de Castellane. Veuve en Octobre 1847, Pauline, très dévote, mènera alors à Rochecotte une vie retirée qui tranche avec celle de ses aïeux. Elle a deux enfants, Marie qui épousera un prince Radziwill, et Antoine qui sera le père du fameux dandy de la Belle-Epoque Boni de Castellane, lequel vivra à Rochecotte ses vingt premières années.

En 1978, le dernier Castellane propriétaire vendit le château à une société qui le démembra et dispersa mobilier et œuvres d’art. En 1984, la demeure vide est rachetée et transformée en hôtel de luxe.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Sur la route d’Azay-le-Rideau, à quelques kilomètres au sud de Langeais, se trouve le château de la Chatonnière (ci-dessous), entouré de magnifiques jardins. Sa propriétaire, Béatrice de Andia, voyageuse dans l’âme (elle a visité 153 pays), passionnée par la protection du patrimoine, notamment religieux, et la création de jardins, n’est autre qu’une arrière-arrière petite-fille de Dorothée, duchesse de Dino.


Voyez que je n’ai pas été long à retrouver mes marques ……