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dimanche 14 août 2011

14 Août 1385: signature de l’Acte de Krėva

L’Acte de Krėva a été signé le 14 Août 1385 dans le château du même nom, alors au Grand-duché de Lituanie, aujourd’hui au Bélarus. C’était une liste de promesses faites par le Grand-duc de Lituanie, Jogaila Algirdaitis (1362 – 1434) en vue de son mariage avec Jadwiga (Edwige d’Anjou – 1374 – 1399).
L'acte de Kreva
La jeune princesse Edwige avait été couronnée Roi de Pologne le 15 Octobre 1384 et était destinée à épouser Wilhelm de Habsbourg (Guillaume d’Autriche). Mais des raisons politiques vont bouleverser ce projet. En effet, la petite Pologne devait se prémunir contre une invasion par la grande Lituanie, invasion qui se profilait dangereusement et contre laquelle la Pologne n’aurait pu lutter qu’avec difficulté. De son côté, le Grand-duc Jogaila cherche les moyens de renforcer ses positions dans sa lutte contre les Chevaliers Teutoniques et à réaffirmer son pouvoir à l'intérieur de l'état, face notamment à son cousin Vytautas.  

Mais cette démarche était assez inattendue dans la mesure où la Lituanie et son prince étaient toujours païens, alors que les Capétiens (Edwige était une descendante de Charles 1er, frère du Roi de France Louis IX, dit Saint Louis), de quelque branche que ce fut, avaient toujours proclamé leur foi chrétienne. 
Le tombeau d'Edwige au chateau du Wawel de Cracovie
 
L’Acte de Krėva fixait donc :
Ø  La conversion du païen Jogaila, des nobles lituaniens et de tout le peuple lituanien au catholicisme romain ;
Ø  L’arrangement du mariage de Jogaila et d’Edwige/Jadwiga ;
Ø  Le paiement de 200 000 florins en guise de dédommagement à Guillaume d’Autriche ;
Ø  Le retour à la Pologne des territoires conquis par la Lituanie et la libération de tous les prisonniers de guerre chrétiens détenus par celle-ci ;
Ø  L’union des terres de la Lituanie et de la Ruthénie à la couronne polonaise. 

En fait, le texte de l’Acte de Krėva étant en latin, c’est le terme d’applicare, qui signifie aussi bien « se joindre » que « rattacher » qui a été utilisé. Or, et ce jusqu'à ce jour, les deux Etats y ont donne une signification différente. Les Polonais y ont vu une annexion pure et simple de la Lituanie, alors que, pour les Lituaniens, il ne s’agissait que d’un paragraphe du contrat de mariage, uniquement pour le mariage.
Jogaila

D’ailleurs, tandis que Władysław II Jagiełło (nouveau nom chrétien de Jogaila) et Edwige régnaient sur la Pologne, le pouvoir réel dans le Grand-duché de Lituanie était aux mains de Vytautas (l’appellation « le Grand » ne sera ajoutée qu’au XIXe siècle), qui suivit une politique généralement indépendante, allant jusqu'à s’allier aux Chevaliers Teutoniques contre Jogaila !   

Ce n’est qu’à partir de l’Union de Lublin (1er Juillet 1569) que sera créée une union permanente entre le Royaume de Pologne et le Grand-duché de Lituanie, mais union dans laquelle chacun des Etats gardera son autonomie, sur un plan d’égalité, au sein de la République des Deux Nations (Rzeczpospolita Obojga Narodów en Polonais, Abiejų Tautų Respublika en Lituanien). Seule la Constitution du 3 Mai 1791 déclarera finalement l’union totale des deux Etats en un seul, mais elle ne fut jamais appliquée, étant dénoncée par les Lituaniens.

Mais le petit mot « applicare » empoisonne toujours les relations entre la Lituanie et la Pologne, cette dernière considérant peu ou prou que la première fait parti de son territoire. Dernier avatar en date : la déclaration de M. Radosław Tomasz Sikorski accusant la Lituanie d’ « occuper » la région de Vilnius depuis 1939 ! Il lui a sans doute échappé que Vilnius était capitale du Grand-duché de Lituanie depuis 1323 ……  

dimanche 10 avril 2011

Relations polono-lituaniennes : peut-on faire pire ? (1)


C’est un euphémisme de dire qu’actuellement les relations entre la Lituanie et la Pologne sont tout sauf cordiales. Certes, ce n’est pas nouveau puisque cet état de fait date du XIVe siècle pour atteindre son apogée en 1920 ! Mais ces relations, déjà qualifiées de « pire en Europe » par le magazine European Voice, peuvent-elles encore se dégrader ?

Dans ce premier post, on trouvera une évocation des raisons historiques qui ont conduit à ce désamour, pour ne pas dire à cette haine, actuel.

Dès le XIIIe siècle, la Lituanie était un Etat uni qui, bloqué à l’ouest par les Ordres germaniques qui occupaient la Prusse et la Livonie, se développa vers l’est et le sud, notamment sous le Grand-duc Gediminas, profitant de l’affaiblissement de la Rus’ de Kiev. Afin de lutter contre les menaces extérieures, la Lituanie et la Pologne signent l’Union de Krėva le 14 Aout 1385 (ci-dessous).

Ce qui était avant tout un accord en vue du mariage entre le grand-duc Jogaila de Lituanie (23 ans) avec la reine Jadwiga de Pologne (11-12 ans !), s’assortissant de la conversion au christianisme du premier, contenait en son sein un mot qui empoisonne encore les relations polono-lituanienne 626 ans plus tard. En effet, le mot latin applicare, décrivant les relations futures entre le Grand-duché de Lituanie et le Royaume de Pologne, a fait l’objet d’interprétations différentes suivant les Etats. Pour les Polonais, la Lituanie devenait purement et simplement un fief, voire une province de la Pologne, perdant ainsi son statut d’Etat souverain. Pour la Lituanie, il ne s’agissait au contraire que d’une union personnelle, les deux Etats n’étant liés que par un souverain commun.

En tout état de cause, l’Union de Krėva faut amendée par l’Union de Vilnius et Radom (1401), qui accorde une plus grande autonomie au Grand-duché de Lituanie et qui consacre Vytautas comme Grand-duc de Lituanie.

Deux siècles plus tard, la Lituanie étant menacée dans ses guerres (notamment la guerre de Livonie) contre la Russie moscovite, elle signe l’Union de Lublin (1er Juillet 1569 - ci-dessus) avec la Pologne. La Pologne offrait son aide à la Lituanie, mais y gagnait des contreparties territoriales, notamment des terres ruthènes. L’Union devait créer des liens étroits entre la Lituanie et la Pologne au sein de la République des Deux Nations (Rzeczpospolita Obojga Narodów en Polonais, Abiejų tautų respublika en Lituanien), mais ces liens furent distendus par les Statuts de Lituanie successifs. La noblesse polonaise considérait ces statuts comme inconstitutionnels, mais ceux-ci déclaraient de leur côté les lois de l’Union inconstitutionnelles ! Il n’empêche que, à cette occasion, les noblesses lituaniennes et ruthènes se polonisèrent.

Le stade suivant, alors que la République des Deux Nations sombrait peu à peu dans l’anarchie, fut la Constitution du 3 Mai 1791, octroyée par le Roi Stanisław August Poniatowski. C’est le seul acte qui consacrait la réunion de la Pologne et de la Lituanie en un seul Etat. Mais, outre qu’elle ne fut pas ratifiée par la noblesse lituanienne, elle n’eut pas le temps d’être appliquée en raison des trois partages de la Pologne-Lituanie (1772, 1793 et 1795).

A l’issue de la Première Guerre mondiale, le Traité de Versailles (28 Juin 1919) permit la renaissance de la Pologne sur la base du Royaume dit du Congrès (Congrès de Vienne de 1815), alors qu’il ne fixait pas le statut des territoires lituaniens. En Octobre 1920, le général polonais prétendument rebelle Lucjan Żeligowski (ci-dessous), agissant en fait avec l’accord du maréchal Józef Piłsudski, envahit et annexa la partie orientale de la Lituanie, au mépris des injonctions de la Société Des Nations. La constitution d’une pseudo République de Lituanie centrale, finalement annexée par la Pologne en 1922 jusqu’en 1940 pèse encore très lourd dans les relations polono-lituanienne actuelle.

Car aujourd’hui la Pologne est atteinte du syndrome des Etats jadis puissants et étendus, catégorie dans laquelle on peut, entre autres, ranger la Hongrie et la Serbie, et qui n’arrivent pas s’habituer à l’idée qu’ils jouent désormais en deuxième division.

L’état des relations actuelles entre la Pologne et la Lituanie fera très bientôt l’objet d’un second post.