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lundi 21 mai 2012

21 Mai 1674 : Jan Sobieski est élu Roi de Pologne, Grand-duc de Lituanie


Depuis 1572, date du décès de Sigismond II Auguste, et conformément à l’Acte de Lublin (1er Juillet 1569), la monarchie de la République des Deux Nations était devenue élective. On se souvient d’ailleurs que le premier souverain élu fut Henri de Valois (cf. http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2012/05/11-mai-1573-henri-duc-danjou-devient.html) auquel Stefan Batory succèdera en 1576 (cf. http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2012/05/1er-mai-1576-stefan-bathory-devient-roi.html).

Lassé des mauvaises expériences avec les rois étrangers, notamment ceux de la dynastie Vasa qui succédèrent à Stefan Batory, la petite noblesse élit en 1669 un Ruthène, lointain descendant du Grand-duc de Lituanie Algirdas, Michał Korybut Wiśniowiecki (élu face au Duc d’Enghien, fils du Grand Condé). Mais, alcoolique et impuissant, il meurt sans descendance 4 ans plus tard (le 10 Novembre 1673) à L’viv, a priori peu regretté de ses sujets.  

Jan III Sobieski

Né le 17 Août 1629 au château d’Olesko en Ruthénie (aujourd’hui dans l’oblast de L’viv en Ukraine), Jan Sobieski est le fils du voïvode (gouverneur de province) de Ruthénie et Sénateur castellan de Cracovie. Après des études de philosophie à Cracovie, il s’illustre dans toutes les guerres que la Pologne-Lituanie livre à ses voisins, notamment contre l’Empire ottoman, la Russie, les Tatars, les Cosaques et les Suédois. Il voyagera ensuite dans toute l’Europe et, attiré par la France, il épouse le 5 Juillet 1665 une Française, Marie Casimire Louise de La Grange d'Arquien, qui était venu en Pologne à l’âge de 5 ans, comme dame de compagnie de Louise-Marie de Gonzague-Nevers, devenue Reine de Pologne en épousant Ladislas IV Vasa.

Marie Casimire de la Grange d'Arquien

En 1668, Jan Sobieski est nommé Grand Hetman (Chef des forces militaires, remplissant les fonctions de Ministre de la Défense). Lorsque Michał Korybut Wiśniowiecki est élu Roi, il se range dans l’opposition, ce qui lui vaut une semi-disgrâce. Mais celle-ci est oubliée lorsqu’il s’agit d’aller combattre les Turcs, surtout après la victoire de Khotin (11 Novembre 1673 – plus connue sous le nom polonais de bataille de Chocim).
Cette victoire l’aidera sans doute à être élu Roi de Pologne – Grand-duc de Lituanie, à la quasi unanimité de la szlachta (petite noblesse, par opposition aux 200 à 300 familles de magnats), le 21 Mai 1674. Il est couronné le 2 Février 1676 dans la cathédrale du Wawel à Cracovie.

Bataille de Vienne (tableau de Jan Matejko)

Une des ambitions de Jan III est de réunir la chrétienté pour chasser les Ottomans hors d’Europe. Il remporte son plus grand succès le 12 Septembre 1683 quand, associé à Charles V Léopold de Lorraine qui commande les troupes impériales, il chasse de Vienne les Turcs du Grand Vizir Kara Mustapha. L’action décisive a lieu à 15H quand le Roi de Pologne charge personnellement à la tête de quatre groupes de cavalerie, dont trois de hussards ailés, atteignant le camp ottoman.

Monument Sobieski à Varsovie

Cette victoire valut à Jan Sobieski d’être surnommé par le Pape et les dignitaires occidentaux « Sauveur de Vienne et de la civilisation occidentale ».  Les soldats chrétiens ayant invoqué la Sainte Vierge avant de se lancer dans la bataille, le Pape Innocent III institua dès 1683 le 12 Septembre comme Fête du Saint Nom de Marie.

Enfin, pour l’anecdote, les boulangers de Vienne auraient reçu l’autorisation de confectionner des Hörnchen (petite corne), reprenant la forme du symbole du drapeau ottoman, pour les remercier d’avoir donné l’alerte de la préparation d’une attaque nocturne ottomane ; ce serait la naissance des  croissants.

Jan Sobieski en famille

Jan III Sobieski mourra au Palais de Wilanów à Varsovie le 17 Juin 1696. Son épouse, Marysienka pour les contemporains, meurt, elle, à Blois en 1716. Sa dépouille sera ramenée au Wawel et repose dans la crypte Saint-Léonard, en compagnie notamment de Józef Antoni Poniatowski et de Tadeusz Kościuszko auprès de celui qui fut sans doute le plus grand Roi de Pologne. 

Le tombeau de Jan III Sobieski dans la crypte Saint-Léonard au Wawel

lundi 2 janvier 2012

Mariss Jansons, Roi à Vienne

N’étant pas de la génération Noah-Zidane-Sy, l’improbable trio prétendument préféré des Français, je vais chercher ma culture hors du politiquement correct. C’est ainsi que je ne manque généralement pas le Concert du Nouvel An de l’Orchestre Philarmonique de Vienne, chaque 1er Janvier, en direct depuis la salle dorée du Musikverein.

Cette année, j’avais un intérêt particulier puisque le philarmonique était dirigé pour la deuxième fois par le chef letton Mariss Jansons. Ce fut pour moi l’occasion de découvrir un des plus grands chefs d’orchestre actuels. 
Mariss Jansons

Sa mère, la chanteuse, Iraida Jansons, de confession israélite, donna naissance secrètement au jeune Mariss le 14 Janvier 1943, car son père et son frère avaient été tués dans le ghetto de Riga. Son père, chef d’orchestre, devint en 1946 assistant du philarmonique de Leningrad et la famille le rejoignit en 1956. Mariss entra alors au Conservatoire de Leningrad où il étudia le piano et la conduite d’orchestre. Il sera plus tard l’élève de Hans Swarowsky à Vienne et d’Herbert von Karajan à Berlin. 

Il fera une carrière internationale qui le verra notamment à Oslo, Londres et Pittsburg. Il est actuellement le chef principal de l’Orchestre Symphonique de la radio Bavaroise et de l’orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Il avait déjà dirigé le Philarmonique de Vienne pour le concert du Nouvel An en 2006.
Les spécialistes ont été apparemment enthousiasmés par la prestation de Mariss Jansons hier. Voir par exemple http://wanderer.blog.lemonde.fr/2012/01/01/concert-du-nouvel-an-a-vienne-a-la-tv-direction-mariss-jansons-le-1er-janvier-2012/, qui considère que c’était le meilleur concert depuis 20 ans. Je ne suis personnellement qu’un béotien. Mais j’ai effectivement trouvé que Mariss Jansons avait apporté de la variété dans le choix du programme et surtout avait dirigé avec beaucoup de dynamisme. En outre, les Petits Chanteurs de Vienne participaient au programme pour la cinquième fois et, à mon goût, l’ensemble Philarmonique / Petits Chanteurs interprétant « Tritsch-Tratsch Polka » (vidéo) a été le sommet du concert.
    
Mariss Jansons et l’Orchestre symphonique bavarois ont gagné en 2006 un Grammy Award pour leur enregistrement de la symphonie nº 13 de Chostakovitch. Et Jansons a été nommé Chef d’orchestre de l’année 2011 par le magazine allemand Opernwelt (« Le Monde de l’Opéra »). Au vu du concert d’hier, ça me paraît amplement justifié et sa prestation a été au moins comparable à celles de Daniel Barenboïm et Georges Prêtre vues ces dernières années. Il est bon que les Etats Baltes, souvent regardés avec condescendance, voire mépris, puissent montrer qu’ils ont des artistes de valeur mondiale.
     
Les CD et DVD du concert 2012 seront très prochainement en vente sur le site du Philarmonique de Vienne : https://shop.wienerphilharmoniker.at/en/magazin/NJK_2010. En attendant, voici ci-dessous un extrait du concert d’hier, « Trisch-Tratsch Polka » déjà cité.