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| Officiers allemands et soviétiques en Pologne |
samedi 1 septembre 2012
1er Septembre 1939 : début de la Seconde Guerre Mondiale
samedi 14 août 2010
Les trois occupations de la Lettonie: la première occupation soviétique (1940 – 1941) – 2ème partie
Le précédent post montrait le processus illégal qui avait conduit à l’annexion forcée de la Lettonie par l’Union soviétique, le 5 Aout 1940. Processus illégal car la « Saeima », issue d’élections truquées, avait pris des décisions totalement contraires à la Constitution de 1922.
L’Union soviétique allait très rapidement instaurer un régime d’occupation, avant même que la Lettonie ne soit officiellement incorporée dans l’URSS, mettant en œuvre toute une panoplie d’actes de coercition :
Destruction des forces armées lettones. La préoccupation première des forces d’occupation fut de détruire l’armée lettone, afin de neutraliser toute résistance armée potentielle. Dès le 8 Juillet 1940, des Commissaires politiques de l’Armée rouge firent leur apparition au sein de l’armée lettone. Le 10 Juillet, une organisation paramilitaire patriotique, constituée de volontaires (Aizsargi, littéralement Défenseurs), est dissoute. Le 11 Juillet, le Commissaire du Peuple à la Défense (= Ministre) de l’URSS, le Maréchal Semion Timoshenko, ordonne la création du District Militaire de la Baltique et l’Armée lettone, devenant le 24ème Corps Territorial, est incorporée à l’Armée rouge.
Mais surtout, les Officiers lettons les plus gradés, graduellement remplacés par des soviétiques, sont envoyés à Moscou pour des « cours spéciaux » et là-bas ils sont soit expédiés au Goulag soit fusillés. A l’été 1941, le 24ème Corps est envoyé en entrainement d’été à Litene, au nord-est de la Lettonie. Le 14 Juin 1941, les Officiers (1 100), sous le prétexte d’une mission d’entrainement, sont désarmés et arrêtés. 200 sont fusillés sur place, les autres déportés à Norilsk, au nord du cercle polaire, où ils sont condamnés à mort ou à la prison à vie. La Lettonie, même si on en parle moins, a donc connu elle aussi son Katyn.
Nationalisation de la propriété et collectivisation des fermes. Dès le 26 Juillet, avant donc l’ « admission » de la Lettonie dans l’URSS, mais après les « élections », les autorités d’occupation ont décidé que la terre était la « propriété du peuple », les fermiers n’étant autorisés à garder que 30 hectares. L’économie nationale était sujette à la planification centrale de Moscou et était destinée aux besoins de l’URSS. Les usines et les banques ont été nationalisées en premier, puis les propriétés importantes comme les immeubles et les magasins privés. Le lats fut dévalué et, plus tard, remplacé par le rouble. Toutes ces décisions allaient, bien sûr, à l’encontre des promesses d’avant les « élections ».
Répression de la religion et persécution des Eglises. Toutes les religions et les lieux de cultes furent immédiatement l’objet de répression, en tant que centres potentiels de la résistance spirituelle. La propagande athée remplaça la religion. Le clergé fut empêché de remplir ses responsabilités civiques, comme l’enregistrement des mariages, des naissances et des décès.
Subordination des activités sociales et culturelles à l’idéologie communiste. Dès la première semaine d’occupation, les organisations sociales et confréries indépendantes furent fermées. Des « Unions » furent créées (comme, par exemple, les célèbres Unions des Ecrivains), afin de contrôler que le travail créatif soit en accord avec l’idéologie communiste. L’Etat prit en main l’impression et la distribution des livres et, bien sûr, de la presse, de façon à contrôler leur conformité avec l’idéologie officielle communiste.
Education communiste de la jeunesse. Les écrits de Marx, Engels, Lénine et Staline ont été introduits dans l’enseignement, du jardin d’enfants (!) à l’Université. Les écoliers et étudiants furent obligés de participer aux grandes manifestations communistes, et les organisations de jeunesse de la Lettonie indépendante ont été remplacées par les Pionniers (10 – 14 ans) et les Jeunesses Communistes (Komsomol, 14 – 29 ans).
Répression, déportations massives et exécutions. Les organes de répression, qu’ils soient NKVD ou NKGB, sont appelés en Lettonie de leur nom d’origine, la Tcheka, acronyme russe de Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage. Conformément à l’article 58 du Code criminel, n’importe qui pouvait, sous n’importe quel prétexte, être accusé d’activités antisoviétiques. La torture, si besoin pendant des semaines, était légale !
Les déportations de masse étaient l’un des instruments de terreur préféré de la Tcheka. La plus spectaculaire eut lieu dans la nuit du 13 au 14 Juin 1941, quand 15 500 personnes (0,8 % de la population lettone), dont 1 200 enfants de moins de 7 ans, furent déportées. Les hommes (environ 8 300) furent séparés de leurs familles et envoyés dans des camps de travail ; les femmes et les enfants furent expédiés dans des « centres administratifs » (sic) en Sibérie, où beaucoup ne survirèrent pas au premier hiver.
Lorsque l’Allemagne attaqua l’URSS le 22 Juin 1941, les prisonniers politiques (environ 3 600) furent envoyés le 26 Juin dans des camps en URSS pour continuer les interrogatoires. Seuls 1 % revinrent. Enfin, après la retraite de l’armée soviétique, des charniers furent découvert en plusieurs endroits, dont à la prison centrale de Riga.
On comprend donc, à l’énumération des exactions de cette année d’occupation soviétique, que la peur et la haine aient pu modifier en peu de temps les idées ancrées chez les Lettons depuis des siècles, à savoir que l’ennemi principal n’était plus désormais les Allemands mais les communistes et la Russie.
(en photo, le drapeau de la République Socialiste Soviétique de Lettonie)
(à suivre)
vendredi 13 août 2010
Les trois occupations de la Lettonie: la première occupation soviétique (1940 – 1941) – 1ère partie
Nous avons vu dans le post précédent que, lorsque l’Allemagne nazie a déclenché la Seconde Guerre mondiale en attaquant la Pologne, le 1er Septembre 1939, la Lettonie a fait le choix de la neutralité absolue, mais laquelle n’était garantie par aucun autre pays ni même la Société des Nations. De plus, les protocoles secrets du pacte Molotov Ribbentrop du 23 Aout 1939 étaient alors, par définition, inconnus. Le premier article de ce pacte de guerre, de partage et d’anéantissement « attribuait » la Finlande, l’Estonie et la Lettonie à l’U.R.S.S. (la Lituanie ne sera incluse dans la zone d’influence russe que le 28 Septembre 1939). En vertu de ce pacte, l’URSS envahira à son tour la Pologne le 17 Aout 1939.
Prenant pour prétexte l’évasion d’un sous-marin polonais du port de Tallinn, l’URSS concentra des troupes à la frontière estonienne et imposa à l’Estonie, le 28 septembre 1939, un traité d’ « assistance mutuelle » (sic) qui permettait notamment l’installation de bases militaires soviétiques sur le territoire estonien. La Lettonie et la Lituanie se virent imposer des traités semblables, respectivement les 5 et 10 Octobre. Par ce « traité d’assistance mutuelle » du 5 Octobre 1939, la Lettonie dut accepter le stationnement de 25 000 militaires sur son sol (soit plus que l’armée lettone de temps de paix !), dans des bases maritimes, terrestres et aériennes.
Cette fois, le point d’entrée pour l’occupation complète des Etats baltes fut la Lituanie. Moscou créa un conflit artificiel (la Lituanie aurait fait prisonniers plusieurs soldats soviétiques pour leur extorquer des secrets militaires) et, l’aggravant progressivement, lança un ultimatum dans la nuit du 15 Juin 1940, exigeant la formation d’un nouveau gouvernement lituanien et l’entrée des troupes soviétiques sur le territoire lituanien. Le gouvernement lituanien dut accepter l’ultimatum.
En Lettonie, ce même 15 Juin, des unités soviétiques du NKVD attaquèrent des gardes-frontières lettons à Masļenki mais l’URSS présenta l’incident comme une provocation et, le 16 Juin, lança là aussi un ultimatum, exigeant la formation d’un nouveau gouvernement et l’entrée en Lettonie d’un nombre illimité de troupes. Le gouvernement Ulmanis, cédant devant la force, sans même exprimer une protestation diplomatique, accepta l’ultimatum et démissionna.
Le 17 Juin 1940 à 5H du matin, l’Armée rouge pénétrait en Lettonie et 51 ans d’occupation commençaient (cf. photo, prise hier au Musée de la guerre de Riga). Ce faisant, l’URSS violait bon nombre de traités signés par elle-même. Le fait que le gouvernement Ulmanis n’ait pas émis la moindre protestation fut incontestablement une erreur, qui permet aujourd’hui à certains de dire que la Lettonie a rejoint l’URSS de son plein gré. Mais cette erreur ne doit pas masquer le principal : le comportement de la victime au moment du crime ne justifie pas celui de l’assassin.
Le 18 Juin arrive en Lettonie occupée Andrei Vichinsky, ancien procureur lors des purges staliniennes de 1936 – 1938, qui a pour mission de préparer l’étape suivante après l’occupation : l’annexion.
Le 20 Juin est formé un gouvernement de marionnettes (Augusts Kirhenšteins) qui, apparemment, ne montre pas de penchants communistes. Toutefois, sous le contrôle de Moscou, ce « gouvernement » entreprend la liquidation des organisations sociales et politiques (à l’exception de celles acquises au communisme).
L’organisation de l’élection d’un « Parlement du Peuple » est décidée à Moscou le 4 Juillet. Ces élections auront lieu les 14 et 15 Juillet, soit 10 jours après, ce qui transgressait la Constitution lettone (toujours légalement en vigueur) et la Loi sur les Elections. Le Bloc du Parti Ouvrier est créé et est le seul à être reconnu comme étant conforme à la loi. Le Bloc démocratique, qui tentait de conserver quelques miettes d’indépendance est interdit et ses leaders sont emprisonnés. Evidemment, dans ces conditions, surtout si l’on ajoute la pression de l’occupant, le Parti Ouvrier et sa liste unique obtiennent 97,6 % des voix, et même 100 % à Kuldīga.
Lors de la première séance de la « Saeima », le 21 Juillet 1940, sont exprimés les non-dits de la période pré-électorale : la proclamation du pouvoir soviétique en Lettonie et l’entrée dans l’Union soviétique, ce qui, une fois de plus, bafoue la Constitution lettone.
Le 30 Juillet, une délégation de 20 « députés » lettons se rend à Moscou pour demander l’intégration de la République Socialiste Soviétique de Lettonie au sein de l’URSS « dans l’union fraternelle des autres Républiques ». Le 5 Aout 1940, la requête de la Saeima du peuple est favorablement accueillie par le Soviet Suprême de l’URSS et la Lettonie fut intégrée dans l’Union soviétique. Elle n’était plus seulement occupée, mais désormais également annexée.
Sources : * « Le sort des Etats baltes » d’Edouard Turauskas, 1954 (qui traite principalement de la Lituanie)
* « Histoire de la Lettonie au 20ème siècle », 2006
* « The three occupations of Latvia », Occupation Museum Foundation, 2005
(à suivre, 2ème partie : le régime d’occupation)





