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mercredi 6 mars 2013

Lettonie : du Lats à l’Euro



Le lundi 4 Mars 2013, le gouvernement letton a fait acte de candidature pour intégrer la zone Euro dès le 1er Janvier 2014. Le Ministre des finances, Andris Vilks, a présenté la requête dès le 5 Mars au Commissaire européen  aux Affaires économiques et monétaires, le Finlandais Olli Rehn.

Andris Vilks (à gauche) et Olli Rehn
Il est rappelé que :

    # Les Etats membres de l’Union Européenne qui ont rejoint après l’adoption de l’Euro (1er Janvier 1999) sont tenus d’intégrer, à terme, la zone Euro ; seuls le Royaume-Uni et le Danemark ont obtenu une clause dite d’opting out, leur permettant de rester hors zone Euro même s’ils remplissent les critères.

    # Que pour intégrer la zone Euro, ils doivent respecter les critères de convergence, dits Critères de Maastricht, en matière de stabilité des prix, de déficit public (inférieur à 3 % du PIB) et de dette publique (inférieure à 60 % du PIB), de taux de change et de taux d’intérêt à long terme.

Actuellement, seuls la Lettonie, la Lituanie et le Danemark (mais ce dernier bénéficiant de l’opting out) sont dans le MCE II (Mécanisme de taux de change européen) depuis plus de deux ans, antichambre obligatoire de l’Euro. Le taux de change est de 0,702804 LVL (Lats) pour 1 €.

Futur Euro letton

Au 1er Janvier 2013, la Lettonie satisfaisait aux critères de convergence :

    # Inflation 2,3 % (maximum autorisé : 2,8 %)
    # Déficit public annuel 1,7 % (maximum autorisé : 3 %)
    # Dette publique 41,9 % du PIB (maximum autorisé : 60 %)

Les services de la Commission Européenne doivent désormais, dans les semaines à venir, faire un rapport d’évaluation sur la capacité de la Lettonie à respecter les critères de convergence. Le rapport sera soumis à la Commission et aux Ministres des Finances en Juin, avant d’être transmis à la Banque Centrale Européenne qui devrait se prononcer en Juillet.   

La demande lettone, hasard ou volonté délibérée, a été déposée exactement 20 ans après que le Lats, la monnaie nationale, ait été réintroduit (Le Lats avait déjà été en circulation de 1922 à 1940). Remarque : contrairement à l’erreur couramment faite dans les médias français, on dit bien 1 Lats au singulier, le « s » n’étant pas en l’occurrence la marque du pluriel, le pluriel étant des Lati.

On se souviendra que l’Estonie a l’Euro depuis le 1er Janvier 2011 et que la Lituanie espère l’avoir en 2015.

La zone Euro

mardi 5 mars 2013

5 Mars 1953 : la mort de Staline



Officiellement, Joseph Staline est mort le 5 Mars 1953, il y a donc exactement 60 ans. Mais en fait……

Le 28 Février 1953 soir, Beria, Malenkov, Boulganine et Khrouchtchev se rendent dans la datcha de Staline à Kountsevo pour y faire un long repas bien arrosé. Les invités finissent par partir le 1er Mars à 4 heures du matin et Staline, complètement ivre, dit à ses gardes du corps d’aller faire un somme.

Le 1er Mars, les heures s’écoulent sans que rien ne bouge et l’anxiété des gardes croît. Car nul n’est autorisé à entrer dans l’appartement sans y avoir été expressément autorisé. Enfin, à 18H30, la lumière s’allume dans le bureau et la salle à manger. Mais toujours rien ne bouge. Ce n’est que vers 22H que, prétextant l’arrivée du courrier du Kremlin, un des Officiers se décide à entrer. Il découvre Staline en pyjama, allongé par terre, conscient mais incapable de parler. On prévient Gueorgui Malenkov, puis Lavrenti Béria (chef du NKVD), lequel ordonne « Ne parlez de la maladie de Staline à personne et ne téléphonez à personne ! ».
Lavrenti Beria

Malenkov et Béria arrivent à la datcha le 2 Mars vers 3H du matin, sans médecin. Ce dernier déclare aux officiers de sécurité « Vous voyez bien que le maître dort profondément {…} Ne troublez pas le sommeil du camarade Staline ». Ce n’est que vers 9H que des médecins se présentent et auscultent le patient, qui est resté 14 heures sans soins, sous les invectives de Béria. Un spécialiste de la réanimation arrive, mais ne reçoit pas la moindre directive.

La confusion étant totale, personne ne remarque semble-t-il l’heure exacte de la mort de Staline, peut-être le 4 Mars soir. Mais ce n’est que le 5 Mars que l’annonce de sa mort est rendue publique, le temps que ses héritiers politiques organisent la succession.


Il faut savoir que, peu avant sa mort, Staline accumulait de fausses preuves pour éliminer Béria qui devenait trop puissant. De là penser que Béria aurait fait tuer Staline ……La rumeur est persistante. Molotov affirme que Béria se serait vanté auprès de lui d’avoir empoisonné le dictateur. Fait troublant : l’autopsie du corps du défunt semble avoir malencontreusement disparu.

Béria s’attribue le Ministère des Affaires intérieures et, dès le 10 Mars, amnistie tous les condamnés à moins de 5 ans de prison. Devant le danger d’une démocratisation trop rapide, le 26 Juin 1953, Béria est arrêté en pleine réunion du Politburo, sur ordre de Khrouchtchev et exécuté le même jour d’une balle dans la tête, entraînant peut-être le secret de la mort de Staline dans sa tombe (façon de parler puisqu’il a été incinéré et ses cendres dispersées).  


L’annonce de la mort de Staline fige le monde entier (du moins le monde communiste) dans la stupeur, la désolation et un vague soulagement, compte tenu des millions de morts victimes du tyran. Ses obsèques, le 9 Mars à Moscou, se traduisent par de scènes d’hystérie collective, entraînant la mort d’environ 500 personnes, piétinées ou étouffées.  

Les Lettres Françaises, dirigées à l'époque par Louis Aragon et bénéficiant du soutien du PCF

lundi 4 mars 2013

3 Mars 1918 : Traité de Brest-Litovsk

L'Europe en 1914


On sait que la révolution dite d’Octobre en Russie commence le 25 Octobre (calendrier julien) / 7 Novembre 1917 (calendrier grégorien) par un coup d’état mené par Lénine, Trotsky et les bolcheviks contre le gouvernement provisoire d’Aleksandr Kerenski, issu de la révolution de Février. Mais immédiatement après cette prise du pouvoir se déclenche une guerre civile qui, au-delà de l’affrontement entre révolutionnaires bolcheviks et « Blancs », est un chaos indescriptible et violent.

Conscient que l’avenir de la révolution dépend de la paix militaire, Lénine signe dès le 8 Novembre, lendemain de la prise de Petrograd (Saint-Pétersbourg), un décret demandant une « paix sans annexion ». Mais, venant d’un agitateur au pouvoir précaire, le décret reste lettre morte.

Lénine s'adressant aux soldats (Trotsky, appuyé contre la tribune à droite, sera par la suite effacé des photos)

Lénine se résout donc à demander l’armistice aux Empires centraux (Empire allemand, Empire austro-hongrois, Empire ottoman et Royaume de Bulgarie) et aux Alliés. Seule les Empires centraux répondent, l’Allemagne étant notamment intéressée par une paix séparée à l’est qui lui permettrait de ramener des troupes à l’ouest. L’armistice est signé le 15 décembre 1917.

Trotsky, Commissaire du Peuple aux Affaires Etrangères, fut chargé de conduire les négociations de paix. Mais il les fait traîner en longueur car il espère que les Allemands vont rapidement suivre les Russes dans la voie de la « révolution prolétarienne ».

Lev Bronstein, dit Léon Trotsky

Les pourparlers débutent à Brest-Litovsk (aujourd’hui Brest au Bélarus) le 22 Décembre 1917 mais s’arrêtent dès le 28 Décembre, les Russes retournant à Petrograd pour consultations, après l’exposé des exigences allemandes. Il y aura d’ailleurs plusieurs suspensions, les exigences allemandes augmentant à chaque fois. Les négociations étant au point mort en février, les Allemands reprennent l’offensive militaire le 21 Février 1918, occupant les Pays baltes et l’Ukraine, dont les ressources agricoles vont pouvoir en outre compenser le blocus allié.

Le Traité de Brest - Litovsk (Brest-en-Lituanie)

Les bolcheviks sont alors contraints de signer le traité de paix le 3 Mars 1918 à Brest-Litovsk, à des conditions considérées cette fois comme humiliantes par les bolcheviks. La Biélorussie est directement administrée par l’Allemagne, l’Ukraine (en proie à la guerre civile), les Etats baltes, récemment indépendants, et la Pologne sont contrôlés par l’Allemagne. L’Empire Ottoman obtient quelques régions.

Les pertes de la Russie après Brest-Litovsk

Suite à l’armistice du 11 Novembre 1918, le Traité de Brest-Litovsk est dénoncé par le pouvoir soviétique dès le 13 Novembre 1918, et l’armée rouge suivra sans l’attaquer la retraite de l’armée allemande, s’attachant toutefois à  reconquérir les territoires perdus.

Le Traité de Versailles (28 Juin 1919) et les traités annexe (Saint-Germain-en-Laye et Trianon avec l’Autriche – Hongrie, Neuilly-sur-Seine avec la Bulgarie et Sèvres avec l’Empire ottoman), rendra caduc le Traité de Brest-Litovsk.  

L'Europe en 1920

samedi 2 mars 2013

Remise du Prix Grégoire Orlyk (1)

Grégoire Orlyk

Le 7 Mars soir prochain, j’assisterai à la Mairie du 6e arrondissement de Paris à la remise du Prix Grégoire Orlyk des « Perspectives Ukrainiennes » à mon amie Nathalie Pasternak, Présidente du Comité Représentatif de la Communauté Ukrainienne de France. Mais qui était Grégoire Orlyk ?  

Pylyp Orlyk

Le Prix Grégoire Orlyk tire son nom d’un cosaque hors du commun, Hryhor Orlyk (Григор Орлик), né le 5 Novembre 1702, à Baturyn (Батурин - dans le nord de l’Ukraine actuelle) alors capitale de l’Hetmanat cosaque (différent de la Zaporojie, voir carte ci-dessous). Son père était Pylyp Orlyk (Пилип Орлик – 1672 – 1742, né dans le Grand-duché de Lituanie), qui sera brièvement Hetman en 1709 à la suite d’Ivan Mazepa.



Son père ayant été obligé de s’exiler, le jeune Grégoire / Hryhor fit de bonne études en Suède, puis eut une charge de Lieutenant dans la garde à cheval du Prince-Electeur Frédéric-Auguste 1er de Saxe, lequel était également depuis son élection en 1697 contre le candidat de la France, le Prince de Conti, Roi de Pologne - Grand-duc de Lituanie. Mais Grégoire rejoint le parti français et sert d’agent de liaison secret entre le Joseph Poniatowski et l’Ambassadeur de France à Varsovie, qui tentent de rétablir Stanislas Leszczynski sur le trône de Pologne – Lituanie.

C’est dans ce cadre qu’en 1730 il entre dans le service diplomatique français et fait plusieurs missions dans l’Empire Ottoman et en Crimée. Plus tard, il entre même dans le Secret du Roi Louis XV, qui existera de 1745 à 1774 en marge des canaux diplomatiques officiels et où on trouvait, entre autres, le Chevalier d’Eon et Beaumarchais.

Son mariage en 1747 lui permet d’acheter une charge de Colonel du Régiment français Royal Suédois. Il s’illustre pendant la Guerre de Sept Ans, notamment à la bataille de Rosbach (5 Novembre 1757). Il fut alors promu comte et Maréchal de Camp, puis de Lieutenant-Général. Le 14 Novembre 1759, il est blessé à la poitrine lors de la bataille de Minden et décède le jour même.

Depuis la mort de son père, Pylyp Orlyk en 1742, Grégoire Orlyk était le leader non officiel des émigrés ukrainien en Europe. Il avait même rencontré Voltaire plusieurs fois et l’avait conseillé pour son « Histoire de Charles XII ».


Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je conseille la lecture de « Grégoire Orlyk, un cosaque ukrainien au service de Louis XV » d’Irina Dmytrychyn, aux éditions L’Harmattan (ci-dessus).

Le Lauréat 2012 du Prix Grégoire Orlyk avait été S.E. M. Philippe de Suremain, qui avait été, entre autres, premier Ambassadeur de France en Lituanie juste après le retour de celle-ci à l’indépendance (1991 – 1996) et Ambassadeur de France en Ukraine (2002 - 2005).

S.E. M. l'Ambassadeur de Suremain (au centre)