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lundi 14 mai 2018

14 Mai 1972 : Romas Kalanta s’immole par le feu à Kaunas


Le 14 Mai 1972, à midi, le jeune étudiant de 19 ans (né le 22 Février 1953), Romas Kalanta, s’arrose de 3 litres d’essence et y met le feu. L’événement se déroule à Kaunas, près de Laisvės alėja (allée de la Liberté), sur la place devant le Théâtre de musique. Le geste de Romas Kalanta avait pour but de protester contre l’occupation de la Lituanie. A côté de lui, il avait déposé un carnet dont le contenu n’a été révélé qu’au retour à l’indépendance en 1990, après l’ouverture des archives du KGB. Il y était inscrit « Dėl mano mirties kaltinkite tik santvarką » (Seul le régime est responsable de ma mort).







L’endroit n’avait pas été choisi par hasard. C’est en effet dans ce théâtre que, le 21 Juillet 1940, le Seimas du peuple, parlement fantoche issu d’élection truquées pour légitimer l’occupation et l’annexion de la Lituanie par l’URSS, décida par acclamation de la création de la République Socialiste Soviétique de la Lituanie et demanda son admission dans l’Union Soviétique.


Le régime soviétique tenta d’étouffer l’incident, mais la nouvelle se diffusa de bouche à oreille. Le 18 Mai, les obsèques de Romas Kalanta furent avancées de plusieurs heures afin d’éviter de leur donner une trop grande publicité, mais cette initiative eut l’effet inverse. Le lendemain, 3 000 personnes défilèrent sur Laisvės alėja et 402 d’entre elles furent arrêtées, dont la moitié avait moins de 20 ans. Ces jeunes furent accusés de hooliganisme, terme encore en vigueur dans la Russie poutinienne, et parmi eux 8 furent condamnés à 1 ou 2 ans de prison.

La tension resta très vive à Kaunas et le KGB enregistra 3 à 4 fois plus d’incidents antisoviétiques dans les années 1972 – 1973. Pendant cette période, 13 autres Lituaniens se suicidèrent par le feu à travers toute la Lituanie.



Ces événements ne furent pas connus en Occident, tant l’URSS était un Etat-prison, et n’eurent pas le même retentissement que le geste semblable de Jan Palach, le 16 Janvier 1969 à Prague, eut à l’ouest. Il y a malheureusement fort à parier que l'anniversaire de ce geste, désespéré mais héroïque, ne recueillera aujourd'hui pas une ligne dans nos médias et ne sera célébré nulle part en France.   







lundi 7 mai 2018

Cyberattaques en Lituanie : la nouvelle normalité ?




Le 18 janvier, la Lituanie a été confrontée à une cyberattaque visant le site TV3.lt, l'une des chaînes de télévision les plus populaires. L'adresse IP initiale des pirates a conduit jusqu'à Saint-Pétersbourg, en Russie. Les pirates ont inséré de fausses informations sur le ministre de la Défense nationale, Raimundas Karoblis, prétendant qu'il était gay et qu'il était accusé de harcèlement sexuel par un journaliste de radio lituanien bien connu et par quelques diplomates. Contrairement aux précédentes cyberattaques contre la Lituanie, cette fausse histoire a été écrite en bon Lituanien.

Le site Web TV3.lt a supprimé le faux article dans les cinq minutes, et le Centre national de cybersécurité (NCSC) de Lituanie a rapidement entamé son enquête. Fait important, la cyberattaque a eu lieu deux jours après que la Lituanie ait publié sa liste Magnitsky de 49 noms de citoyens russes interdits d'entrée en Lituanie.

L'histoire calomnieuse était tellement grosse qu'il était évident qu'elle devait être repérée immédiatement. Si l'objectif était de compromettre le ministre de la Défense, des mesures beaucoup plus sophistiquées et efficaces auraient pu être employées par les services de renseignement russes qui ont une expérience de logue date en la matière.

Quels pouvaient donc être les motifs de cette opération?

Premièrement, l'e-mail contenait des pièces jointes avec un virus. L'objectif était d'accéder aux données informatiques et téléphoniques des décideurs et d'espionner les utilisateurs infectés. Les cyber-attaquants ont joué sur la curiosité inhérente de la nature humaine, inventant une histoire sensationnelle pour rendre tentante le fait d'ouvrir la pièce jointe.

Deuxièmement, l'attaque visait à tester la résilience des systèmes d'information lituaniens, à évaluer la vitesse et la portée de la réaction, et à voir avec quelle rapidité les faux messages pourraient se propager et être reçus.

Troisièmement, certains analystes prétendent que l'attaque était une extension de l'exercice militaire ZAPAD '17 mais par d'autres moyens. Le Kremlin a montré à maintes reprises et de manière cohérente que la cyber-agression est profondément intégrée dans ses stratégies de guerre conventionnelle et non-conventionnelle. Par exemple, pendant ZAPAD '17, les forces russes ont éteint une grande partie du réseau mobile letton, de même que des signaux GPS dans l'espace aérien norvégien.

Quatrièmement, l'environnement informatique lituanien est constamment exposé à des cyberattaques plus ou moins importantes en provenance de Russie. Pour n'en nommer que quelques-unes, visant les structures de défense en Lituanie :

# En juin 2015, une cyberattaque du même type a été menée au cours de l'exercice militaire international "Saber Strike" ; le site web du quartier général de l'armée lituanienne a été piraté et il y a été inséré la fausse information que les forces de l'OTAN menaient cet exercice pour annexer la région de Kaliningrad !

# En septembre 2017, un compte Facebook du Ministère de la Défense a été piraté.

# En février 2017, des courriels accusant des membres du bataillon de l'OTAN en Lituanie, dirigé par l'Allemagne, d'avoir agressé sexuellement une adolescente près de Rukla (remake du cas «Lisa » déjà utilisé en Allemagne) - adolescente qui n'existait pas - ont été envoyés à l'élite politique lituanienne.

# En juin 2017, la Lituanie a signalé avoir trouvé des logiciels espions russes sur trois ordinateurs du gouvernement lituanien.

Compte tenu de ces cyberattaques répétées en provenance de Russie, la question se pose de savoir si de telles provocations sont devenues la nouvelle normalité. Il est crucial de comprendre que ces cyberattaques et autres attaques similaires ne sont pas des incidents distincts. En fait, ils font partie de la stratégie globale du revanchisme anti-occidental du Kremlin visant à dissoudre l'ordre international dirigé par les Etats-Unis. La cyber-hostilité devrait être reconnue comme faisant partie intégrante de l'objectif à long terme de la Russie de se rétablir en tant qu'acteur dominant du jeu géopolitique mondial.

Pendant les guerres que la Russie a récemment menées contre les États voisins souverains - Géorgie (2008) et Ukraine (depuis 2014) - les cyberattaques ont été utilisées comme moyens en appui des forces conventionnelles. En 2007, l'Estonie a été brièvement paralysée par des attaques DDoS (Distributed Denial of Service) qui ont été menées en réponse à la décision du gouvernement estonien de déplacer une statue de l'ère soviétique, le « soldat de bronze ». En 2008, un certain nombre de sites officiels lituaniens ont été piratés et défigurés avec des pancartes soviétiques et des slogans anti-lituaniens en réponse à l'interdiction par la Lituanie de l'utilisation de symboles nazis et soviétiques.

Ces exemples indiquent clairement que la Russie se considère comme héritière de l'URSS, ignorant l'indépendance et la souveraineté de la Lituanie, de l'Estonie, de l'Ukraine, de la Géorgie et d'autres pays occupés par l'URSS pendant 50 ans. Jusqu'à présent, le Kremlin s'est abstenu d'utiliser les forces conventionnelles contre les États baltes, mais il emploie activement et systématiquement toutes les autres ressources «hybrides», y compris la cyber-offensive, pour exercer une influence sur ces pays. Les stratèges de la défense russe considèrent en effet la cyberagression comme un élément de guerre «asymétrique» relativement bon marché, qui peut perturber considérablement la capacité d'adaptation et la cohésion sociale de ses adversaires.

Quand on sait que la cyber-hostilité russe est dirigée non seulement contre ses voisins immédiats, mais aussi contre les principaux États occidentaux, il est donc essentiel de comprendre la nature globale de la stratégie anti-occidentale du Kremlin et de rechercher les solutions les plus efficaces pour renforcer nos capacités cyber et numériques, ainsi que pour renforcer la résilience civique, les savoir-faires médiatiques et la cohésion sociale.

D'après l'article en anglais « Cyberattacks in Lithuania: The New Normal » de Dalia Bankauskaitė and Simas Čelutka, paru initialement le 12 février 2018




jeudi 3 mai 2018

Pologne-Lituanie, 3 Mai 1791 : une Constitution pour rien

Armoiries de la République des deux Nations, alliant l'Aigle polonais et le Vytis lituanien


Lors du premier partage du 5 Août 1772, ses voisins (Autriche, Prusse et Russie) avaient annexé une large partie du territoire polono-lituanien et exercent une forte influence sur la politique interne de la République des Deux Nations. Celle-ci, affaiblie par l’anarchie nobiliaire, conséquence du liberum veto, et minée par les divisions interne, était devenue une proie facile.
Les trois partages de la Pologne-Lituanie
Une diète (Sejm), qui sera appelée Diète de 4 ans, se réunit à partir de 1788 et une commission est chargée de réformer la Constitution. En Avril 1791, le Roi Stanislas-Auguste Poniatowski impose un projet qui est adopté formellement le 3 Mai 1791, puis en séance solennelle le 5 Mai. Cette Constitution, promulguée quatre mois avant la Constitution française, est généralement considérée comme la première Constitution européenne inspirée de l’esprit des Lumières et de la Révolution française. Toutefois, elle garantit les privilèges de la noblesse et n’abolit pas le servage.
Le Roi Stanislas-Auguste Poniatowski 
Le parti pro-russe s’opposera à cette Constitution et formera la Confédération de Targowica, menée par le comte Stanislas Potocki, soumise aux volontés de l’Impératrice Catherine II de Russie (dont Stanislas-Auguste Poniatowski avait été un des premiers amants……). Le 14 Mai 1792, les confédérés réclament, « au nom de la nation polonaise », une intervention de la Russie pour mettre fin à une rébellion qui « menace la sécurité de l’Etat ». Les Russes entrent en Pologne le 18 Mai 1792.

Le 24 Juillet 1792, le Conseil d’État oblige le Roi Stanislas-Auguste à signer l’accord de confédération et à abolir la Constitution de 1791. Une Diète réunie à Grodno consent au second démembrement du pays au profit de la Russie (13 Juillet 1793) et de la Prusse (23 Septembre 1793). Parallèlement, dès Juin 1793, Tadeusz Kościuszko prépare un plan de soulèvement patriotique de l’ensemble de la Nation pour mener une guerre contre la Russie et la Prusse. En outre, par le manifeste de Polianec (7 Mai 1794), il émancipe les serfs et promet des réformes sociales.

Tadeusz Kościuszko

Mais l’Autriche entrant dans la guerre, l’insurrection est vaincue, le Roi est contraint à l’abdication et la Pologne-Lituanie est partagée une ultime fois le 3 Janvier 1795. La Pologne et la Lituanie disparaissent de la carte de l’Europe jusqu’en 1918.  

Le 3 Mai est néanmoins jour de Fête Nationale en Pologne. 


lundi 16 avril 2018

De servante à Impératrice : Catherine 1ère de Russie

Catherine 1ère 


Née Marta Helena Skavronskaïa le 15 avril 1684 (du calendrier grégorien) à Jakobstadt en Livonie (aujourd'hui Jēkabpils en Lettonie), le début de la vie de la future Impératrice Catherine 1ère de Russie est digne d'un roman de Zola !

Fille de paysans pauvres catholiques, elle se retrouve très vite orpheline et est placée par sa tante comme servante chez un Pasteur à Marienburg (aujourd'hui Alūksne), le Pasteur Johann Ernst Glück (1654 – 1705). Le Pasteur Glück, originaire de Saxe-Anhalt, est envoyé en Lettonie en 1675. Il est connu pour avoir fait la première traduction de la Bible en letton, Bible parue à Riga en 1694.

Paradoxalement, le Pasteur ne se soucie pas d'apprendre à lire et à écrire, et Marta demeurera analphabète toute sa vie !

En 1702, Marta épouse un Dragon suédois, Johan Rabbe (la Livonie était possession suédoise depuis 1629), apparemment pour éviter de devoir se prostituer. Mais c'est la période de la Grande Guerre du Nord (1700 – 1721) entre notamment le Tsarat de Russie et l'Empire suédois. Les troupes suédoise reculant devant l'armée russe commandée par le Generalfeldmarschall comte Boris Petrovitch Cheremetiev (1652 - 1719), le nouveau marié rejoint son régiment et disparaît !

Prise de guerre, Marta travaille comme servante auprès de Cheremetiev, puis d'Alexandre Danilovitch Menchikov (1673 - 1729), compagnon de beuverie et favori du jeune Tsar Pierre 1er, Gouverneur de Saint-Pétersbourg depuis 1702, qui sera Prince du Saint-Empire en 1707, dont elle devient sans doute la maîtresse.

Alexandre Menchikov

C'est peu après, à l'automne 1703, que Marta fait connaissance du Tsar Pierre le Grand, dont elle devient rapidement la maîtresse (NB : à cette époque, Pierre 1er est marié à Eudoxie Lopouhine). Menchikov doit céder la place …… Marta se convertit à la religion orthodoxe en 1705 et prend alors le nom de Iekaterina (Catherine) Alexeïevna. A l'automne 1707, le Tsar (après avoir divorcé) et Catherine se marient secrètement à Saint-Pétersbourg.

Le Tsar Pierre le Grand

En 1711, Catherine accompagne le Tsar dans sa campagne contre l'Empire ottoman. Les armées russes et moldaves ayant été encerclées et battues à la bataille de Stănilești par l'armée du Grand Vizir Baltaci Mehmet Pacha, Catherine achète la retraite du Grand Vizir avec ses pierreries.

Pierre 1er épouse officiellement Catherine en 1712, après en avoir eu un enfant hors mariage, Anna Petrovna, en 1708. Ils auront ensemble six autres enfants dont la future Impératrice Elisabeth 1ère. En 1721, Pierre le Grand s'auto-proclame « Empereur de toutes les Russies » et, en 1724, Catherine est couronnée Impératrice.


En janvier 1725, Pierre le Grand tombe gravement malade, demande la présence d'Anna Petrovna à son chevet, mais meurt avant d'avoir désigné d'héritier (après avoir fait tuer son fils Alexis, l'Empereur avait promulgué une loi selon laquelle le souverain régnant devait désigner lui-même son successeur).

La Garde proclame Catherine/Marta comme « Impératrice de toutes les Russies », nomme Menchikov comme chef du gouvernement et le laisse exercer une grande influence. Elle meurt deux ans plus tard, le 17 mai 1727 à l'âge de 43 ans, ayant désigné comme successeur Pierre II, 12 ans, fils du tsarévitch Alexis assassiné par son père Pierre 1er , qui mourra deux ans plus tard ……….