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jeudi 11 mars 2021

11 Mars 1990 : Acte de rétablissement de l’État lituanien

 


Certains datent – arbitrairement – le retour à l’indépendance de la Lituanie de la fin Août 1991, après l’échec de l’étrange putsch de Moscou des 19 – 21 Août. A la rigueur, ce pourrait être du 6 Septembre 1991, lorsque l’Union soviétique a reconnu l’indépendance (et non pas le retour à l’indépendance) de la Lituanie. Mais était-ce à la puissance occupante, depuis 50 ans, de dire le droit ?

A la vérité, les élections au Soviet suprême de Lituanie du 24 Février 1990, les premières qui aient été pluralistes en Union soviétique, avaient amené au Parlement lituanien 96 députés de Sajūdis (mouvement unifiant les partisans d’une Lituanie indépendante) sur 141.

C’est donc légalement, conformément à la Constitution soviétique, que le Soviet suprême, devenu Conseil Suprême de la République de Lituanie, adopta, le 11 Mars 1990, à 22H44, l’Acte de rétablissement de l’État lituanien, marquant la continuité avec l’État lituanien né de la déclaration d’indépendance du 16 Février 1918.



124 députés votèrent pour l’acte de rétablissement (donc y compris les députés du Parti communiste lituanien, qui avait déclaré sa scission avec Moscou), 6 s’abstinrent, aucun ne vota contre (mais où étaient les 11 manquant ?......). Juridiquement, c’est la Constitution du 12 Mai 1938 qui redevenait légale.


Traduction :

« Acte concernant le Rétablissement de l'État lituanien

Le Conseil Suprême de la République de Lituanie, représentant la volonté de la nation, décrète et proclame solennellement que les pouvoirs souverains de l'État de Lituanie, abolis par les forces étrangères en 1940, sont rétablis, et que désormais la Lituanie est à nouveau un État indépendant.

L'Acte d'indépendance du 16 février 1918 du Conseil de Lituanie et le décret de l'Assemblée constituante du 15 mai 1920 sur la restauration de l'État démocratique de Lituanie n'ont jamais perdu leur effet juridique et comprennent la fondation constitutionnelle de l'État de la Lituanie.

Le territoire de la Lituanie est un et indivisible et la constitution d'aucun autre État n'est valide à l'intérieur de ses frontières.

L'État de Lituanie insiste sur son adhésion aux principes universellement reconnus de droit international, il reconnaît le principe d'inviolabilité de frontières comme formulé dans l'Acte final de la Conférence sur la sécurité et la Coopération en Europe tenue à Helsinki en 1975, et il garantit les droits humains, civils et ethniques des communautés.

Le Conseil Suprême de la République de Lituanie, en proclamant son pouvoir souverain, commence par le présent acte à mettre en œuvre la souveraineté complète de l'État. »


Le « bon » M. Gorbatchev exigea que la souveraineté de l’U.R.S.S. soit rétablie sur tout le territoire. A partir du 13 Mars 1990, il fit imposer des sanctions politiques et sociales et, d’Avril à Juin 1990, un blocus économique. L’agression soviétique atteint son paroxysme le 13 Janvier 1991, lorsque les OMON attaquèrent la tour de télévision de Vilnius, faisant 14 morts et au moins 600 blessés, ce qui déclencha l’indignation du monde libre. Le Président de la Russie, élu au suffrage universel, Boris Eltsine, condamna l’attaque et reconnut la souveraineté des États baltes. C’était le début de la fin pour l’U.R.S.S..



C’est un euphémisme de dire que la réaction de la France officielle à ces événements a été ambiguë. Le Président François Mitterrand nota dans son journal, à la date du 11 Mars 1990 : « Les Lituaniens vont tout détruire. Ils n’ont presque jamais été libres. {…}. Ces gens sont à plaindre. Je comprendrais si Gorbatchev utilisait la force ». Quant à son Ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas, il montrait les limites de sa culture (ou de ses fiches) sur la Lituanie en déclarant le 13 Janvier 1991 : « Après tout, les Baltes n’ont été indépendants que pendant vingt ans »…… Mindaugas, Gediminas, Vytautas, etc.…… ont dû se retourner dans leur tombe !

mercredi 3 mars 2021

3 Mars 1918 : Traité de Brest-Litovsk entre l'Allemagne et la Russie bolchevique

 

Brest (Litovsk) aujourd'hui


On sait que la révolution dite d’octobre en Russie commença le 25 octobre du calendrier julien, donc le 7 novembre 1917 du calendrier grégorien, par un coup d’état mené par Lénine, Trotsky et les bolcheviks contre le gouvernement provisoire d’Aleksandr Kerenski, issu de la révolution de février. Mais immédiatement après cette prise du pouvoir se déclencha une guerre civile qui, au-delà de l’affrontement entre révolutionnaires bolcheviks et « Blancs », est un chaos indescriptible et violent.

Conscient que l’avenir de la révolution dépend de la paix militaire, Lénine signe dès le 8 Novembre, lendemain de la prise de Petrograd (Saint-Pétersbourg), un décret demandant une « paix sans annexion ». Mais, venant d’un agitateur au pouvoir précaire, le décret reste lettre morte.

Lénine

Lénine se résout donc à demander l’armistice aux Empires centraux (Empire allemand, Empire austro-hongrois, Empire ottoman et Royaume de Bulgarie) et aux Alliés. Seule les Empires centraux répondent, l’Allemagne étant notamment intéressée par une paix séparée à l’est qui lui permettrait de ramener des troupes à l’ouest. L’armistice est signé le 15 décembre 1917.

Armistice du 15 décembre 1917


Trotsky, Commissaire du Peuple aux Affaires Étrangères, fut chargé de conduire les négociations de paix. Mais il les fait traîner en longueur car il espère que les Allemands vont rapidement suivre les Russes dans la voie de la « révolution prolétarienne ».

 

Trotsky

Les pourparlers débutent à Brest-Litovsk (Brest-la-Lituanienne, aujourd’hui Brest au Bélarus) le 22 décembre 1917 mais s’arrêtent dès le 28 Décembre, les Russes retournant à Petrograd pour consultations, après l’exposé des exigences allemandes. Il y aura d’ailleurs plusieurs suspensions, les exigences allemandes augmentant à chaque fois. Les négociations étant au point mort en février, les Allemands reprennent l’offensive militaire le 21 février 1918, occupant les Pays baltes et l’Ukraine, dont les ressources agricoles vont pouvoir en outre compenser le blocus allié.

 

Les bolcheviks sont alors contraints de signer le traité de paix le 3 mars 1918, toujours à Brest-Litovsk, à des conditions considérées cette fois comme humiliantes par les bolcheviks. La Biélorussie est directement administrée par l’Allemagne, l’Ukraine (en proie à la guerre civile), les États baltes, récemment indépendants, et la Pologne sont contrôlés par l’Allemagne. L’Empire Ottoman obtient quelques régions.


 

Suite à l’armistice du 11 novembre 1918, le Traité de Brest-Litovsk est dénoncé par le pouvoir soviétique dès le 13 novembre, et l’armée rouge suivra sans l’attaquer la retraite de l’armée allemande, s’attachant toutefois à reconquérir les territoires perdus.

 

Le Traité de Versailles (28 juin 1919) et les traités annexes (Saint-Germain-en-Laye et Trianon avec l’Autriche – Hongrie, Neuilly-sur-Seine avec la Bulgarie et Sèvres avec l’Empire ottoman), rendront caduc le Traité de Brest-Litovsk.  



 

 

 

 

jeudi 25 février 2021

Vilnius : La Kaziuko mugė n'aura pas lieu en 2021

 


Ce mercredi 24 février, le gouvernement lituanien a décidé de prolonger le confinement, dû à la pandémie de la Covid, jusqu'au 31 mars 2021. En conséquence, la Kaziuko mugė n'aura pas lieu cette année dans les rues de Vilnius.

Mais qu'est-ce que la Kaziuko mugė (ou Foire du petit Casimir) ? Un peu d'histoire pour commencer.



Casimir, en lituanien Kazimieras, était le deuxième fils du Roi de Pologne - Grand-duc de Lituanie Casimir IV (Kazimieras Jogailaitis) et de la reine Elisabeth de Habsbourg. Quatre de leurs fils deviendront Rois. Kazimieras naît le 3 Octobre 1458 au château royal du Wawel à Cracovie.

A partir de l’âge de 9 ans, il est éduqué par le prêtre Jan Długosz, futur archevêque de Lviv, célèbre par ses chroniques portant sur les événements survenus en Pologne de 965 à 1480, un homme très pieux mais également un diplomate à l’expertise politique reconnue. Très influencé par son précepteur, Casimir choisit une vie d’ascèse et de dévotion plutôt qu’une vie luxueuse à la Cour.

Alors qu’il n’était âgé que de 13 ans, une faction hongroise lui demande de devenir Roi de Hongrie. Mais le couronnement ne se fit pas. Par contre, quand son père partit pour 5 ans en Lituanie en 1479, le jeune Casimir administra la Pologne avec prudence et justice, faisant preuve d’intelligence et de générosité. C’est à cette époque que son père essaya de le marier à la fille de l’Empereur Frédéric III, mais Casimir, ayant fait vœu de chasteté, et préférant se consacrer au service de Dieu et au bien de son peuple, repoussa l’offre et décida de rester célibataire.

Peu de temps après, il est atteint de tuberculose pulmonaire, en raison de son affaiblissement sans doute dû à des jeûnes successifs. Sur la route de la Lituanie, il meurt à Grodno (Gardinas), le 4 Mars 1484, à l’âge de 26 ans. Ses restes furent inhumés à Vilnius et reposent aujourd’hui dans un cercueil d’argent, dans la chapelle Saint Casimir de la cathédrale, construite au XVIIe siècle.  



Très tôt, la tombe de Casimir fut l’objet de vénération, car on prêtait au jeune homme plusieurs miracles. C’est le Roi Sigismond 1er le Vieux, cinquième fils de Casimir IV, donc frère du disparu, qui initia la demande de canonisation auprès du Pape Léon X et c’est le Pape Adrien VI qui déclara la sainteté de Casimir en 1522. Il a été déclaré Saint patron de la Lituanie en 1613 et celui de la Pologne en 1636. Le 11 Juin 1948, le Pape Pie XII le déclara patron de la jeunesse.


Comme de nombreux pèlerins venaient se recueillir sur la tombe du Saint, notamment au jour anniversaire de sa mort, il fallait bien les soutenir. C’est ainsi que naquit au début du XVIIe siècle la 
Kaziuko mugė. La foire occupe tout le centre ville de Vilnius et attire des dizaines de milliers de visiteurs (un demi-million en 2020) non seulement de Lituanie mais de tous les pays voisins. Jusque là, la foire n'avait été interrompue que par la Deuxième Guerre mondiale.   



En 2021, à défaut de tenir échoppe dans les rues de Vilnius, les commerçants et artisans pourront ouvrir une boutique virtuelle en ligne à partir du 4 mars : www.craftson.lt


samedi 20 février 2021

Histoire d'un père prisonnier à Memel

 


Lorsque M. François Leclerc était enfant, sa mère disait de son père disparu en 1949, Francis, qu'il « avait été prisonnier en Sibérie ». En fait, il s'agissait de Memel, aujourd'hui Klaipėda en Lituanie.

Comme beaucoup d'entre nous, il a voulu en savoir plus sur les destins séparés de ses parents pendant la Deuxième Guerre mondiale. A force de recherches, aidé par l'historien lituanien Egidijus Kazlauskis, il vient de publier un émouvant livre de souvenirs. Émouvant, car très personnel ; nous vivons les vies parallèles pendant la guerre de ses parents, Francis et Marie-Madeleine, qui s'étaient mariés le 22 août 1939, quelques jours avant la mobilisation.

Ce père, Francis, est fait prisonnier en juin 1940. Il est déplacé en train vers le Stalag 1A à Stalback en Prusse Orientale, puis dans la région de Memel, aujourd'hui Klaipeda. Il y restera quatre ans. C'est la vie quotidienne et le travail dans les fermes lituaniennes que M. François Leclerc raconte avec beaucoup d'humanité dans son livre « Un bout de crayon – Mes parents dans la guerre ». Le livre est illustré de très nombreuses photos d'époque.

Même le « voyage » retour est une aventure. « Libéré » le 10 octobre 1944, à la russe, c'est-à-dire capturé et considéré comme un soldat suspect, Francis sera dans un premier temps dirigé en wagon à bestiaux en direction de Mourmansk, avant de repartir vers le sud et d'être interné à partir du 2 janvier 1945 à Tambov, le camp des « Malgré-Nous » aux conditions de vie inhumaines. Un goulag imposé aux prisonniers alliés et aux Français d'Alsace-Moselle : un crime !

Ce n'est que le 15 mai 1945 que Francis Leclerc quittera Tambov, sera encore « baladé » à Odessa (où il reste deux mois), avant de revenir par voie terrestre via Prague. Il ne retrouve son épouse Marie-Madeleine que le 19 août 1945 à 16H45 à Quétiéville (Calvados).

Mais ce livre a un double intérêt. Dans une deuxième partie, M. François Leclerc raconte quelle a été sa recherche, à partir de documents conservés par sa mère ou donné par des cousins ; mais surtout lors de ses voyage en Lituanie, en 2016 et en 2019.

Dans son ouvrage, M. François Leclerc « ressuscite » un père que le destin (un accident en 1949) lui a enlevé trop tôt. Et cette « petite » histoire dans la grande est passionnante.

Si vous êtes intéressé par l'acquisition de cet ouvrage (qui en vaut vraiment la peine), publié à compte d'auteur, contactez-moi, je vous mettrai en relation avec M. Leclerc.

« Un bout de crayon – Mes parents dans la guerre » de François Leclerc et Egidijus Kazlauskis, 2021