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samedi 15 mai 2021

15 mai 1944 : le convoi 73 quitte Drancy

 

"Nous sommes 900 Français" gravé dans le mur du Fort IX de Kaunas


Entre mars 1942 et août 1944, 79 convois de déportation ont quitté la France, généralement Drancy, pour les camps. Ils étaient composés de personnes présumées de religion, d’appartenance ou d’ascendance juive. Un seul, le convoi 73 s’est dirigé vers les États baltes. A ce jour, on ignore toujours la raison pour laquelle ce train  a été dirigé vers cette destination "non conventionnelle" et on l’ignorera, sauf surprise, sans doute toujours. 

Ce convoi 73, constitué de 15 wagons à bestiaux, a quitté Drancy le 15 Mai 1944. Il avait pour caractéristique de ne comporter que des hommes dans la force de l’âge, entre 12 et 66 ans, en tout 878 dont 38 adolescents. Au départ, il leur avait été dit qu’ils allaient travailler pour l’organisation Todt, groupe de génie civil et militaire allemand chargé de la réalisation de constructions, civiles comme militaires, en Allemagne et dans les pays occupés. En fait, le convoi s’est d’abord dirigé vers la Lituanie qu’il atteint après trois jours d’un voyage éprouvant, le 18 mai 1944.

Dix des quinze wagons sont restés à Kaunas, et ce sont environ 600 hommes qui ont été dirigés vers le IXe Fort puis, peu de temps après, vers le camp de travail de Pravieniškės, à une vingtaine de kilomètres de Kaunas. Ils furent soumis au travail forcé avant d’être exécutés par groupes dans la forêt. Les cinq autres wagons ont continué jusqu’à Reval, aujourd’hui Tallinn, et les déportés ont d’abord été internés à la prison de Patarei, puis utilisés à réparer les pistes du terrain d’aviation de Lasnamaë. Ils furent là aussi assassinés dans leur grande majorité. 

Le Fort IX de Kaunas, avec au fond le monument soviétique


Après la guerre, les Allemands n’ont pas donné d’explication formelle quant à cette destination exceptionnelle. Une « erreur d’aiguillage » étant peu vraisemblable, une des théories serait que les Allemands aient fait venir des « brûleurs de cadavres » ne parlant pas la langue locale, de façon à ce qu’aucun témoignage ne puisse filtrer sur les exactions qui se déroulaient au fort.

(Sur la ceinture de forts autour de Kaunas et en particulier le Fort IX, voir également http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2016/04/la-ceinture-de-forts-autour-de-kaunas.html)

La "Salle des Français" au Fort IX de Kaunas


Seuls 22 des 878 hommes du Convoi 73 ont survécu après la guerre, et ont pu rentrer en France en Mai 1945. Parmi les victimes, on compte le père et le frère de Madame Simone Veil, elle-même déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz-Birkenau. Le pire est que les familles ignorent où leur parent a été exécuté. Il reste aujourd’hui un survivant, M. Henri Zajdenwergier qui avait 16 ans en 1944.

M. Henri Zajdenwergier avec M. Edouard Philippe, alors Premier Ministre, à Tallinn


En dépit de la pandémie, une cérémonie commémorative, en mémoire de ceux du Convoi 73, aura lieu ce samedi 15 mai, à 11H00 devant le wagon-témoin de la Cité de la Muette à DRANCY (93700). L’Association des Familles et Amis des Déportés du Convoi 73 organise (en temps normal) tous les deux ans un voyage de mémoire en Lituanie et en Estonie. Pour en savoir plus, consultez le site des Familles et Amis des Déportés du Convoi 73 http://www.convoi73.fr/   



jeudi 13 mai 2021

10 mai 1871 : Traité de Francfort

 

Il y a 150 ans, le 10 mai 1871, Jules Favre et Adolphe Thiers concluent au nom de la France un traité de paix avec l'Allemagne à l'hôtel du Cygne (« Zum Schwan »), à Francfort. Ce traité met fin à la guerre franco-prussienne commencée le 19 juillet 1870.

Paris était assiégé par les troupes allemandes depuis le 17 septembre 1870. Une n ième tentative de sortie des troupes assiégées, dite seconde bataille de Buzenval, conduite le 19 janvier 1871 par le Général Trochu, gouverneur militaire de Paris, se solde par un échec sanglant. Le gouvernement provisoire choisit de réprimer les Parisiens les plus bellicistes et décide de demander un armistice aux Allemands. Le 23 janvier 1871 Jules Favre, Ministre des Affaires Étrangères rencontre à Versailles le Chancelier allemand Otto von Bismarck.

L'armistice est signé le 26 janvier, prolongé le 19 février jusqu'au 26 février, date à laquelle est signé le traité préliminaire de paix à Versailles. D'ores et déjà, les Allemands exigent la cession de l'Alsace et le versement d'une indemnité de guerre de 5 milliards de francs. (Rappel : l'Empire allemand avait été proclamé dans la galerie des glaces le 18 janvier 1871).

Les discussions se poursuivent à Bruxelles puis à Francfort, mais l'essentiel était déjà contenu dans l'accord du 26 février. Côté français, c'est Jules Favre qui est chargé de les mener.

Bismarck et Jules Favre

Les principales dispositions arrêtées sont les suivantes :

# Annexion (l'Allemagne parle de « retour » de l'Allemagne et d'une partie de la Lorraine par l'Allemagne. Bismarck refuse la consultation des populations …….. La France perd 14 470 km² et 1 597 000 habitants. Les Alsaciens-Lorrains qui veulent garder la nationalité française doivent quitter la région avant le 1er octobre 1872.



# La France doit verser en trois ans une indemnité de guerre de cinq milliards de francs-or. En gage de ce paiement, les Allemands occuperont 6 département du nord et Belfort. Le gouvernement, dirigé par Thiers, lancent plusieurs emprunts qui sont un succès. Les derniers à être libérés le seront en septembre 1873.

# La France doit accorder à l'Allemagne la clause de la nation la plus favorisée pour le commerce et la navigation.



La Lituanie d'aujourd'hui est concernée à la marge par ce conflit. A la fin janvier 1871, 371 981 soldats et 11 810 officiers français sont prisonniers en Allemagne, certains dans le Memelland (aujourd'hui territoire lituanien de Klaipėda), partie du Royaume de Prusse. Il est généralement admis que le nombre de prisonniers français à Memel était de 690. 590 auraient été répartis entre Smeltė (aujourd'hui faubourg de Klaipėda à proximité du terminal des ferries internationaux), et Alksnynė (sur la presqu'île de Neringa, à proximité du poste de péage) où il est avéré que des prisonniers français ont construit des baraques en bois.

Les prisonniers auraient été employés à deux types de travaux : Le maintien et le reboisement des dunes de la presqu'ile de Neringa. Et la fin de la construction du König-Wilhelm-Kanal, ouvert le 17 septembre 1873. Ce canal relie la Minija, affluent du Niémen, et le port de Memel/Klaipėda, permettant de contourner la lagune des Coures (Kuršių Marios) parfois agitée.

L’article 6 des préliminaires de paix du 26 février 1871 prévoit la libération des prisonniers. Mais les retours sont lents, puis suspendus jusqu'au Traité de Francfort. A cette date, il reste au total 138 000 prisonniers. Le rapatriement s’achève le 16 août 1871 sauf pour des condamnés de droit commun pour avoir attaqué ou blessé des allemands. Ceux-ci rentreront en 1872. Il semble donc que le panneau au sommet de la dune de Parnidis, dans la presqu'île de Neringa, indiquant que des prisonniers aient travaillés sur le König-Wilhelm-Kanal, soit erroné.

A Klaipėda, la stèle à la mémoire des prisonniers français morts pendant cette période (a priori 6 prisonniers) doit être déplacée à l'été 2021 pour permettre l'extension du port.




mardi 4 mai 2021

4 Mai 1990: rétablissement de l’indépendance de la Lettonie

 


La Lettonie avait proclamé son indépendance le 18 novembre 1918, peu de temps après la fin de la Première Guerre mondiale. Mais elle dut combattre pendant près de deux ans pour que celle-ci fut effective. Le premier État à reconnaître cette indépendance fut la Russie soviétique, à travers un Traité de paix signé le 11 août 1920 (Le Conseil des grandes puissances ne reconnaîtra de jure cette indépendance que le 26 janvier 1921).

Le 17 juin 1940, l’Union soviétique envahit la Lettonie, en vertu du pacte Molotov–Ribbentrop du 23 août 1939 qui scellait l'alliance militaire des deux prédateurs du XXe siècle. Ce faisant, l'URSS non seulement violait la déclaration de neutralité lettone du 1er septembre 1939, mais aussi le Traité de non-agression soviéto–letton du 5 février 1932. Cette occupation de juin 1940, toujours non reconnue par la Russie d’aujourd’hui, allait sceller le destin de la Lettonie et des trois États Baltes pour les 50 années qui suivirent !

La « révolution chantante » allait, à partir de 1987, permettre aux trois États Baltes de retrouver leur indépendance. En Lettonie, le groupe « Helsinki 86 » (en référence aux accords d’Helsinki du 1er août 1975 qui reconnaissaient le droit des peuples à l’autodétermination) organisa la première grande manifestation en 1987 pour commémorer les déportations massives du 14 juin 1941. Le 18 novembre 1988, c’est la célébration du 70e anniversaire de l’indépendance lettone, autour du monument de la Liberté. Après la chaîne humaine de 2 millions de Baltes entre Vilnius et Tallinn, via Riga, pour protester contre l’accord Molotov-Ribbentrop, le 23 août 1989, ce furent 500 000 Lettons (soit près d’un quart de la population lettone !) qui se réunit le 18 novembre 1989 sur les bords de la Daugava à Riga pour célébrer le Jour de l’Indépendance.



Au cours des premières élections démocratiques tenues sous le régime soviétique en 1990, le Front Populaire Letton remporta la majorité absolue des sièges et le Soviet suprême, devenu le Conseil suprême, suivant l’exemple déjà donné par la Lituanie (11 mars 1990), déclara, le 4 mai 1990, le retour à l’indépendance de la Lettonie et la réinstauration de la Constitution du 15 février 1922 (entrée en vigueur le 7 novembre 1922). Mais, contrairement à la Lituanie, cette déclaration restaurant l’indépendance s’accompagnait d’une période de transition. Le 21 août 1991, après l’étrange putsch de Moscou, le Parlement vota la fin de la période transitoire et réinstaura ainsi de facto l’indépendance d’avant-guerre de la Lettonie. Cette indépendance fut reconnue par l’URSS en Septembre 1991, mais en tant qu’indépendance d’un nouvel État, ce qui permettait de passer sous silence l’illégalité de l’occupation de 1940 à 1991.







dimanche 25 avril 2021

Il y a 35 ans : les « liquidateurs » de Tchernobyl

 


Le 26 avril 1986, à 1h23 du matin, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, une installation de conception soviétique des années 1960, fond et explose. La réaction en chaîne soulève et fait voler en éclats la dalle en béton d’un poids de 2000 tonnes. La puissance de l'explosion représente l’équivalent de 400 bombes d’Hiroshima !


Une série d'erreurs humaines, un matériel et une construction du réacteur RMBK défaillants, sont a priori à l’origine de l’accident. La minimisation de l’accident par les autorités soviétiques de l’époque, n’arrange pas les choses : les habitants de Prypiat ne seront évacués que 30 heures après l'accident , Gorbatchev ne reçoit que le lendemain 27 avril un rapport très édulcoré, c'est la Suède qui donnera l'alerte le 28 avril et l'agence Tass ne parlera le 29 avril que d'un accident « de gravité moyenne » !



Afin d'éteindre l'incendie, le directeur de la centrale, Brioukhanov appelle simplement les pompiers. Ceux-ci, venus de Prypiat à 3 km, interviennent sur les lieux sans équipement particulier ;  gravement irradiés, ils seront évacués et mourront pour la plupart.

L'incendie éteint, il faudra larguer un mélange qui permettra de stopper la réaction nucléaire. Un ballet d'hélicoptères militaires Mi-8 utilisés pour larguer des sacs de sable et d'argile implique un millier de pilotes qui reçoivent un débit de dose augmentant significativement la probabilité qu'ils développent un cancer.



Enfin, sur le toit et aux alentours immédiats de la centrale, une cinquantaine d'opérateurs sont chargés dans les premiers jours suivant la catastrophe de collecter les débris très radioactifs. Chaque opérateur ne dispose que de 90 secondes pour effectuer sa tâche. Il est exposé à cette occasion à des niveaux de radiations extrêmement élevés dont ne le protègent guère des équipements de protection dérisoires.

Tous les personnels qui sont intervenus immédiatement après l'accident, mais aussi les équipes impliquées dans la consolidation et l'assainissement du site à plus long terme, jusque dans les années 1990, ont été surnommés les liquidateurs. Le nombre total d'individus en provenance de toute l'URSS (opérateurs de la centrale, sapeurs-pompiers, pilotes d'hélicoptères, mineurs, terrassiers, ouvriers, militaires ou civils) qui se sont relayés sur le site entre 1986 et 1992 est estimé entre 500 000 et 800 000.

Selon Viatcheslav Grichine, président de l'Union Tchernobyl, principale association de liquidateurs, sur 600 000 liquidateurs il y aurait eu, en Russie, en Ukraine et au Bélarus, un total de 60 000 morts (10 %) et 165 000 handicapés.