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jeudi 3 mai 2012

Pologne-Lituanie, 3 Mai 1791 : une Constitution pour rien

Armoiries de la République des Deux Nations


Lors du premier partage du 5 Août 1772, ses voisins (Autriche, Prusse et Russie) annexent une large partie du territoire polono-lituanien et exercent une forte influence sur la politique interne de la République des Deux Nations. Celle-ci, affaiblie par l’anarchie nobiliaire, conséquence du liberum veto, et minée par les divisions interne, était devenue une proie facile.  

Les trois partages de la Pologne-Lituanie

 Une diète (Sejm), qui sera appelée Diète de 4 ans, se réunit à partir de 1788 et une commission est chargée de réformer la Constitution. En Avril 1791, le Roi Stanislas-Auguste Poniatowski impose un projet qui est adopté formellement le 3 Mai 1791, puis en séance solennelle le 5 Mai. Cette Constitution, promulguée quatre mois avant la Constitution française, est généralement considérée comme la première Constitution européenne inspirée de l’esprit des Lumières et de la Révolution française. Toutefois, elle garantit les privilèges de la noblesse et n’abolit pas le servage.

Le Roi Stanislas Auguste Poniatowski

Le parti pro-russe s’opposera à cette Constitution et formera la Confédération de Targowica, menée par le comte Stanislas Potocki, soumise aux volontés de l’Impératrice Catherine II de Russie (dont Stanislas-Auguste Poniatowski avait été un des premiers amants……). Le 14 Mai 1792, les confédérés réclament, « au nom de la nation polonaise », une intervention de la Russie pour mettre fin à une rébellion qui « menace la sécurité de l’Etat ». Les Russes entrent en Pologne le 18 Mai 1792.

Le 24 Juillet 1792, le Conseil d’Etat oblige le Roi Stanislas-Auguste à signer l’accord de confédération et à abolir la Constitution de 1791. Une Diète réunie à Grodno consent au second démembrement du pays au profit de la Russie (13 Juillet 1793) et de la Prusse (23 Septembre 1793). Parallèlement, dès Juin 1793, Tadeusz Kościuszko prépare un plan de soulèvement patriotique de l’ensemble de la Nation pour mener une guerre contre la Russie et la Prusse. En outre, par le manifeste de Polianec (7 Mai 1794), il émancipe les serfs et promet des réformes sociales.

Le Général Tadeusz Kosciuszko

Mais l’Autriche entrant dans la guerre, l’insurrection est vaincue, le Roi est contraint à l’abdication et la Pologne-Lituanie est partagée une ultime fois le 3 Janvier 1795. La Pologne et la Lituanie disparaissent de la carte de l’Europe jusqu’en 1918.  

Le 3 Mai est néanmoins jour de Fête Nationale en Pologne. 

lundi 3 mai 2010

3 Mai: Fête Nationale polonaise; mais ……





La Pologne a deux Fêtes nationales : le 11 novembre, qui commémore l’indépendance retrouvée de 1918, et le 3 Mai, qui célèbre la Constitution de 1791. Cette deuxième célébration est quelque peu curieuse car la Constitution du 3 Mai 1791 n’a jamais été appliquée et n’a pas empêché le dépeçage de la Pologne-Lituanie, consommée en 1795 (carte), entre ses puissants voisins, la Prusse, l’Autriche et la Russie.

Rappelons que, suite à la menace russe sur la Lituanie, l’Union de Lublin du 1er Juillet 1569 avait créé la République des deux Nations (en Polonais : Rzeczpospolita Obojga Narodów, en Lituanien: Abiejų Tautų Respublika), au sein de laquelle la Pologne et la Lituanie étaient théoriquement sur un pied d’égalité. Mais la Pologne, plus grande et culturellement plus attractive, domina la Lituanie.

La noblesse lituanienne et ruthène se polonisa, mais les gens du peuple, surtout les paysans, continuèrent à parler dans leurs propres langues et, pour les Ruthènes, à pratiquer la religion orthodoxe. Ceci créa finalement un fossé important entre les classes sociales.

Sur un plan légal, l'Union de Lublin avait prévu que la Lituanie et la Pologne noueraient des liens étroits, mais ce qui ne fut pas le cas. En effet, les Deuxième (1566) et Troisième (1588) statuts de la Lituanie, que la noblesse polonaise considérait comme inconstitutionnels, continuaient de contredire l'Union de Lublin sur beaucoup de points.

En outre, en tentant d'équilibrer le pouvoir des magnats (grande noblesse) avec celui de la szlachta (petite noblesse), le Roi de Pologne Grand-duc de Lituanie Sigismond II Auguste espérait imposer le pouvoir de la monarchie. En vain. En fait, alors que les États voisins évoluaient vers la monarchie absolue, forte et centralisée, la République des Deux Nations glissait, elle, vers l'anarchie politique.

La Constitution du 3 Mai 1791 fut une ultime tentative pour arrêter ce glissement vers l’anarchie, alors qu’une partie du territoire avait déjà été amputé par le premier partage de 1772. Cette Constitution révolutionnaire, la deuxième dans le monde après celle des Etats-Unis, aurait dû faire de la République de Pologne-Lituanie un état unitaire, avec une monarchie héréditaire. Elle abolissait beaucoup des inconvénients du vieux système, comme le liberum veto. Elle étendait les droits politiques à la bourgeoisie, augmentait les droits des paysans et réaffirmait la tolérance religieuse. Mais cette Constitution ne sera pas ratifiée par les Lituaniens et, en tout état de cause, n’aura pas le temps d’être appliquée, du fait des partitions de 1793 et 1795.

Quoi qu’il en soit, ce 3 Mai est une des deux Fêtes Nationales polonaises. Habituellement, des milliers de Polonais défilent, drapeaux au vent, dans la vieille ville de Vilnius, ce qui n’est pas, pour certains Lituaniens de souche, sans évoquer l’occupation militaire de leur capitale par les troupes polonaises, de 1920 à 1940. Mais cette année, suite au crash du Tupolev du Président polonais à Smolensk, la manifestation risque, comme à Varsovie, d’être minimisée.