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vendredi 20 janvier 2012

20 Janvier 1991 : les soviétiques tuent toujours à Riga


Le 13 Janvier 1991, lorsque les dirigeants lettons, légalement élus, du Front populaire apprennent les exactions des OMON soviétiques à Vilnius (cf. http://gillesenlettonie.blogspot.com/2012/01/13-janvier-1991-larmee-sovietique-tue.html), ils appellent les habitants à venir en masse défendre les objectifs stratégiques de Rīga. A 14H, environ 700 000 personnes sont rassemblées sur la place de la cathédrale. A partir du 13 Janvier soir, des barricades sont construites autour du Parlement à Rīga, mais aussi à Liepāja et à Kuldīga.

A partir du 14 Janvier, les OMON menèrent plusieurs attaques dans Rīga. Leur première victime est Roberts Mūrnieks, le 16 Janvier à 16H45, sur le pont de Vecmilgrāvis.  Ses obsèques le 19 Janvier donnèrent lieu à des manifestations.
Barricade Jekaba iela

Le 20 Janvier, 100 000 personnes défilèrent à Moscou pour montrer leur soutien aux Etats baltes. Mais le soir, à Riga, des OMON et des combattants non identifiés (peut-être de l’Alfa Group qui s’était déjà « illustré » à Vilnius) attaquèrent le Ministère letton de l’intérieur. Deux policiers, le Lieutenant Vladimirs Gomonovičs et l’inspecteur Sergejs Konoņenko, un étudiant, Edijs Riekstiņš, et deux cameramen, Andris Slapiņš et Gvido Zvaigzne, furent tués. Est-il utile de préciser qu’aucune des victimes n’était armée ?! Les endroits où ils sont tombés, dans le parc de la bastille, sont marqués par des pierres comparables à celle ci-dessous. Plusieurs autres furent blessés, dont des journalistes.

On rappellera que les OMON, alors acronyme de Отряд милиции особого назначения (Détachement de la Militsia à vocation particulière, dépendant du Ministère de l’intérieur) avaient été mis sur pied en 1979 pour prévenir tout acte de terrorisme ou de « hooliganisme » à l’occasion des J.O. de Moscou de 1980. C’est le Ministre de la Défense (de 1987 à Août 1991), le Maréchal Dmitry Yazov, qui, suivant les ordres de Mikhail Gorbachev, avait envoyé le 7 Janvier plusieurs unités d’OMON dans les républiques sécessionnistes afin de rétablir l’ordre soviétique.
Le Marechal Dmitry Yazov en 2009

Les OMON existent toujours et comptent 25 200 combattants organisés en 208 divisions. L’Alfa Group existe toujours lui aussi et s’est notamment « distingué » lors de la prise d’otages de l’école de Beslan. Le Maréchal Yazov est toujours honoré par la Russie poutinienne (cf. ci-dessus). Et la Russie a récemment refusé que Mikhail Gorbachev vienne témoigner au procès des tueurs supposés de la tour de télévision de Vilnius.

Comment voulez-vous donc que, 20 ans après, les Républiques baltes ne continuent pas de regarder leur voisin russe avec quelque suspicion ?……

Ci-dessous, une vidéo de photos du 20 Janvier 1991, sur une musique fantastique, « Saule, Pērkons, Daugava », que ceux qui me suivent sur Facebook connaissent bien.



jeudi 20 janvier 2011

Janvier 1991: le temps des barricades à Riga


Le mouvement d’indépendance de la Lettonie sous occupation russo-soviétique débuta en 1987 avec la commémoration des déportations du 14 Juin 1941 par le Mouvement Helsinki-86 (Cilvēktiesību aizstāvības grupa, Groupe de Défense des Droits de l'Homme). Encouragé par la glasnost de Mikhaïl Gorbatchev, les partis prônant l’indépendance, regroupes dans le Front Populaire de Lettonie (Latvijas Tautas Fronte) gagnèrent les élections au Soviet Suprême de la RSS de Lettonie le 18 Mars 1990. Le Soviet Suprême, devenu le Conseil Suprême de la République de Lettonie proclama la restauration de l’indépendance de la Lettonie le 4 Mai 1990. 

Comme ça ne faisait pas l’affaire de l’URSS, celle-ci, plutôt que d’employer la manière forte comme à Budapest en 1956 et à Prague en 1968, essaya de faire fomenter des troubles par les Lettons opposés à l’indépendance, l’Interfront (Latvijas PSR Internacionālā Darbaļaužu fronte, Interfronte) et le Parti communiste de Lettonie (Latvijas Komunistiskā partija, LKP), dont les leaders d’alors (respectivement Tatyana Zhdanok et Alfrēds Rubiks) sont aujourd’hui … députés européens ! 

Une série d’attentats eut lieu en Décembre 1990 afin de déstabiliser le Gouvernement letton, attentats attribués aux nationalistes, mais le Maréchal de l’Union soviétique Dmitry Yazov reconnut par la suite qu’au moins l’un d’entre eux avait été perpétré par l’armée sovietique. Parallèlement les troupes du KGB (service de renseignement à multiples fonctions) et les OMON (forces spéciales du Ministère de l’Intérieur soviétique), montraient leurs muscles, notamment le 23 Décembre 1990 à Jūrmala. 

Le 2 Janvier 1991, les OMON s’emparèrent de la Maison de la presse (Preses Nams) puis, le 4 Janvier, du central téléphonique de Vecmīlgrāvis (faubourg au nord de Riga). Les officiers OMON déclarèrent que Boris Pugo (Ministre de l’Intérieur de l’URSS, ancien Premier secrétaire du PC letton) et Mikhaïl Gorbatchev  avaient été mis au courant, ce que ceux-ci nièrent. Le 10 Janvier, plusieurs rassemblements, aussi bien pro qu’anti indépendance eurent lieu, les manifestants de l’Interfront essayant de pénétrer dans le bâtiment du Cabinet des Ministres. 

Dans la nuit du 12 au 13 Janvier 1991, les forces soviétiques attaquèrent la tour de télévision de Vilnius, faisant 14 morts parmi la population sans armes. Apprenant cela, le Front Populaire de Lettonie appela, le 13 janvier à 4H45 du matin, la population à se rassembler sur la place de la cathédrale (Doma laukums). Dans l’après-midi, des barricades furent érigées (cf. ci-dessous) et les bâtiments gouvernementaux protégés par des dizaines de milliers de personnes.  

A partir du 14 Janvier, les attaques des OMON se succédèrent, notamment sur les ponts de Brasa et Vecmīlgrāvis (un civil, Roberts Mūrnieks, y fut tué le 16 Janvier) et contre l’Académie Militaire.

Le 20 Janvier au soir, alors que 100 000 personnes avaient manifesté à Moscou en soutien des Etats Baltes, les OMON et d’autres groupes de combat non identifiés attaquèrent le Ministère de l’Intérieur (à côté de l’actuelle Ambassade des Etats-Unis), tuant dans le parc de Bastejkalns deux Officiers de la milice, un écolier et deux cameramen de télévision, ceux-ci, n’étant pas dans les tirs croisés des combats, ayant été délibérément abattus (ci-dessous, une des pierres commémoratives). Le 21 Janvier, un défenseur était encore tué sur une barricade. 

Devant la réprobation internationale, y compris dans la RSS de Russie de Boris Eltsine (qui dès le 13 Janvier, avait condamné l’attaque de Vilnius et avait reconnu la souveraineté des Etats Baltes), les attaques s’arrêtèrent le 25 Janvier mais le gouvernement letton continua d’être harcelé jusqu'à l’échec du putsch de Moscou des 19-20 Août 1991.

Cette tentative de reprise en main en Lituanie (13 Janvier 1991) et en Lettonie (20 Janvier 1991) , après celle de l'Azerbaïdjan (20 Janvier 1990 – 187 morts), au moment où le monde entier avait les yeux tournés vers le déclenchement de la première guerre du Golfe (17 Janvier) ne pouvait être que coordonnée depuis Moscou. Le « bon » Monsieur Gorbatchev, Prix Nobel de la Paix 1990, chouchou des Occidentaux, concentrant à l’époque les pouvoirs de Secrétaire général du parti communiste d’Union soviétique et de Président de l’URSS, porte indubitablement une écrasante responsabilité dans ces massacres de civils.