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jeudi 8 août 2013

Vilnius : les statues soviétiques du Pont Vert vont être réparées


En Lituanie, il n’y a plus de statues datant de l’époque soviétique. A deux exceptions près : au Grūto Parkas, près de Druskininkai, qui est en quelque sorte le Jurassic Park de la Lituanie soviétique, et sur le Pont Vert (Žaliasis Tilas) à Vilnius, le seul endroit où elles soient encore en situation.

Il y eut un pont en bois sur la Néris (jadis appelée Vilija) à cet emplacement stratégique depuis a priori 1536. Stratégique, donc victime récurrente des diverses guerres qui sont passées par là. Le 28 Juin 1812, Napoléon 1er y aurait paraît-il bu une bière avec les ouvriers qui le réparaient après que les Russes l’aient fait brûler. Un pont en fer n’apparut qu’en 1894 et fut détruit par les Allemands dans leur retraite de 1944 (nuit du 6 au 7 Juillet).

Le Pont Vert en 1960. On remarquera l'élégant manoir qui a été depuis remplacé par l'affreux bâtiment de l'Opéra

Le pont actuel (102,9 mètres de long, 24 mètres de large) a été construit en 1952 et baptisé du nom du Général d’armée soviétique Ivan Danilovich Chernyakhovsky, mort au combat le 18 Février 1945 à proximité de Königsberg, alors qu’il était le plus jeune commandant de front, à l’âge de 39 ans. A la même époque (1952) le pont a été « orné » de statues de 3,2 mètres de haut (4 mètres pour celle des soldats), d’un style très réalisme soviétique, représentant les classes sociales particulièrement chéries des autorités soviétiques : les soldats, les travailleurs, les paysans et les étudiants.


C’est un euphémisme de dire que ces statues ne font pas l’unanimité. Je ne suis pas sûr qu’elles aient été entretenues depuis le retour à l’indépendance (1990). Mais, aux outrages des ans et de la météo, se sont ajoutés les outrages des opposants aux symboles de l’occupation soviétique.  


En Février 2010, une étude avait été faite pour reconstruire les statues. La facture s’élevait à 100 000 / 150 000 Litas (29 000 / 43 500 €), ce qui faisait cher en pleine crise économique. Le Maire (éphémère) de l’époque, Vilius Savickas avait alors demandé, en Mai 2010) au département du Patrimoine Culturel de rayer les quatre statues de la liste des objets sous protection de l’Etat lituanien. Il avait indiqué que, aussitôt l’accord obtenu, il ferait enlever les dites statues. Mais, en fait, c’est lui qui a été enlevé de son poste de Maire en Octobre 2010, et l’affaire n’a pas eu de suite.


Aujourd‘hui (en fait hier 7 Août 2013), la municipalité actuelle, par la voix du vice-Maire Jonas Pinskus, a annoncé qu’elle lançait un appel d’offre simplifié pour la rénovation des statues, pour un coût qui n’est pas à ce jour connu, mais qui doit approcher les 200 000 Litas (58 000 €). Les soumissions sont à fournir avant le 20 Août. L’opposition se fait déjà entendre, argumentant qu’il y avait dans Vilnius d’autres objets culturels à rénover, qui ne soient pas des symboles de l’occupation soviétique.


A mon avis, on n’est pas encore au bout du feuilleton ! 




mercredi 7 août 2013

Les liens entre la Touraine et les Pays Baltes : la comtesse Maria Teresa Tyszkiewicz

La comtesse MariaTeresa Poniatowska / Tyszkiewicz

Actuellement, je finis de lire « La duchesse de Dino » de Micheline Dupuy, livre centré sur le personnage de Dorothée, princesse de Courlande, devenue comtesse Edmond de Périgord puis duchesse de Dino, nièce par alliance de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, elle-même propriétaire du château de Rochecotte à Saint-Patrice (37130), près de Langeais. Menant une vie sociale très développée, on voit Dorothée de Dino croiser à plusieurs reprises le chemin de la comtesse Maria Teresa Tyszkiewicz.

Dorothée de Dino, princesse de Courlande

La famille Tyszkiewicz (en Lituanien Tiškevičius) est une famille aristocratique du Grand-duché de Lituanie, dont les origines remontent à des ancêtres magnats en Ruthénie. Un de ses membres les plus connus (du moins des Français qui s’intéressent à la Lituanie) est le comte Feliksas Tiškevičius qui, à la fin du XIXe siècle, fit venir le jardinier paysagiste Edouard-François André et au fils de celui-ci, René-Edouard, pour réaliser des parcs autour de quatre de ses châteaux, dont celui de Palanga. Edouard-François André finira d’ailleurs sa vie à La Croix en Touraine……  

Revenons à la comtesse MariaTeresa Tyszkiewicz, née Poniatowska (en Lituanien Marija Teresė Poniatovskytė Tiškevičienė), qui était d’ailleurs la nièce du dernier Roi de Pologne, Stanislas Auguste Poniatowski. Au détour d’une page, on apprend qu’elle décède subitement à Tours le 2 Novembre 1834. L’auteur précise que « Dorothée {de Dino} avait autant de peine que son oncle {Talleyrand}, car elle aimait de tout son cœur cette fidèle amie qui leur avait toujours apporté tendresse et réconfort ».

Le prince Józef Antoni Poniatowski
Née à Vienne, baptisée le 28 Novembre 1760, MariaTeresa Poniatowska est la fille du Feld Maréchal (autricien) Prince Andrzej Poniatowski (1735 – 1773), frère cadet du Roi de Pologne / Grand-duc de Lituanie Stanislas Auguste Poniatowski (1732 – 1798).  Maria Teresa a un petit frère qui n’est autre que le Maréchal Prince Józef Antoni Poniatowski (1763 – 1813), le seul Maréchal d’Empire étranger, le Bayard polonais comme l’avait surnommé Napoléon 1er. Maria Teresa Poniatowska a épousé en 1778 ou 1779 le comte Wincenty Tyszkiewicz (1757 – 1816), administrateur (?) du Grand-duché de Lituanie.

Le château de Valençay

Talleyrand avait fait construire à partir de 1818 une chapelle à proximité de son château de Valençay (dans l’Indre, à 70 km à l’est de Tours), chapelle achevée en 1820. Mais la crypte n’était pas terminée lorsque Maria Teresa Tyszkiewicz décéda en 1834.  Mais comme Talleyrand tenait à ce qu’elle y soit inhumée, la défunte fut enterrée à même le sol de la chapelle. La crypte ne fut terminée qu’en septembre 1838 et, bien que le décès ait eu lieu le 17 Mai 1838, ce n’est que le 5 septembre 1838 que le corps de Talleyrand y fut déposé.

La chapelle où sont enterrés Talleyrand et la comtesse MariaTeresa Poniatowska / Tyszkiewicz

Je reconnais que les informations dont je dispose sur MariaTeresa Poniatowska / Tyszkiewicz sont un peu mince. Que faisait-elle par exemple à Tours où elle décéda ? Nul doute que des recherches ultérieures ou un lecteur érudit nous l’apprendront !
  


mardi 6 août 2013

Lituanie : les forts autour de Kaunas

Le Fort VII de nos jours

Dans un précédent post (http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2013/08/2-aout-1914-lest-rien-de-nouveau.html), j’évoquais la construction par les Russes, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, d’une ceinture de fort pour protéger la ville de Kaunas. Revenons en détail sur ce sujet.

Suite au partage de la République des Deux Nations (polonaise et lituanienne) entre leurs prédateurs (Empire Russe, Royaume de Prusse et l’Empire des Habsbourg / Autriche-Hongrie), le Grand-duché de Lituanie fut principalement incorporé à l’Empire Russe à partir de 1795, perdant jusqu’à son nom.

Au confluent du Niémen et de la Neris, la ville de Kaunas (Kovno) était déjà un centre commercial important depuis la fin du XVIe siècle, voire depuis que la ville était devenue un poste avancé de la Ligue Hanséatique depuis 1441. Au XIXe siècle, deux réalisations majeures contribuèrent à l’essor de la cité : la construction du Canal Augustów, achevé en 1832, permettant de relier Baltique et Mer Noire, et la ligne de chemin de fer Saint-Pétersbourg – Kaunas - Varsovie – Allemagne, terminée en 1862.   

La protection de Kaunas, aux marches de l’Empire Russe, devint un souci après que la Grande Armée de Napoléon ait franchi le Niémen sans difficulté à partir du 24 Juin 1812. L’unification progressive de l’Allemagne et la proclamation de l’Empire allemand le 18 Janvier 1871, convainquirent les autorités russes de faire de Kaunas une place forte qu’un ennemi devrait conquérir avant de s’engager vers Riga ou Vilnius. Il fallut toutefois attendre le 7 Juillet 1879 pour que le Tsar Alexandre II signe le décret ad hoc.

Le système de fortifications de Kaunas

Les travaux commencèrent en 1882 et utilisèrent environ 4 000 ouvriers. Initialement, il était prévu la construction de 7 forts et de 9 batteries défensives, mais aussi de casernes, de nouvelles routes et d’un dépôt de munitions. Les forts avaient cinq faces et étaient construits en briques renforcées de terre, selon les standards russes de l’époque. La première phase de construction fut achevée en 1889.

En 1890 commença la construction du Fort VIII (Linkuva) qui utilisait de nouvelles techniques de construction, notamment le béton. Terminé vers 1907, il disposait de l’électricité et de l’évacuation des eaux usées, et pouvait accueillir un millier de soldats. La construction du Fort IX commença en 1903 et dura jusqu’en 1911. A partir de 1912, la modernisation des anciens forts fût entreprise, afin de satisfaire aux nouveaux critères techniques, et la construction de 12 nouveaux forts supplémentaires était prévue. Mais le début des opérations sur le front est en 1914 interrompit les travaux.  
  
Le Fort IX en 1916
Les Allemands atteignirent Kaunas en Juillet 1915 et concentrèrent leurs attaques sur les forts les plus anciens, I, II et III. La garnison de 90 000 hommes, aux ordres du Général Vladimir Grigoriev, résista jusqu’au 15 Août, mais la chute des forts I et II entraîna alors la capitulation des autres. Les défenseurs perdirent 20 000 hommes et 1 300 armes dont des pièces d’artillerie. Le Général Grigoriev fut arrêté par les Russes et condamné à 15 ans de prison, à la perte de son grade et de ses prérogatives.

Après la Première Guerre mondiale et après que la Lituanie ait regagné son indépendance, une commission ad hoc conclut à l’inutilité des forts, en raison de l’évolution des techniques militaires. L’armée lituanienne occupa les casernes et les forts furent donnés à des institutions civiles : prisons, archives centrales, hébergement pour les pauvres, et même une station radio.

Centre d’interrogation du NKVD pendant la première occupation soviétique (1940 – 1941), plusieurs forts devinrent des prisons et des lieux d’exécution pour les Juifs après l’occupation allemande (24 Juin 1941). Selon les sources, entre 19 000 et 30 000 Juifs ont été assassinés au Fort IX. Parmi eux, environ 600 des 878 Français du Convoi 73, le seul convoi, parti de Drancy le 15 Mai 1944, qui ait eu pour destination les Pays baltes.

Inscription "Nous sommes 900 Français" au Fort IX

Pendant la deuxième occupation soviétique, les forts servirent de casernes mais surtout de dépôts. Le Fort IX devint un musée en 1958 et un gigantesque monument (32 mètres de haut) de facture très soviétique y a été érigé en 1984. 

Le Fort IX et, dans le fond, le monument soviétique
  

Aujourd’hui, l’ensemble des forts, malgré les dommages, constitue le complexe fortifié de l’époque russe tsariste le plus important.  

lundi 5 août 2013

2 Août 1933 : Staline inaugure le Belomorkanal

Inauguration du canal par Staline
Le canal Mer Blanche – Mer Baltique (Беломо́рско–Балти́йский кана́л), en abrégé Belomorkanal, et officiellement jusqu’en 1961 Belomorsko–Baltiyskiy Kanal imeni Stalina, est l’exemple même des grands travaux staliniens dans la mesure où il n’a servi à rien mais a coûté très cher en vies humaines. C’était un des grands travaux prévus dans le premier Plan de 5 ans (1928 – 1932), voulu par Staline pour rendre l’URSS auto-suffisante, le premier projet qui ait utilisé des prisonniers du Goulag.


Le canal a été construit en 20 mois, avec 4 mois d’avance sur les prévisions, entre Septembre 1931 et 1933. Il a été fait pratiquement uniquement à la main, environ 125 000 prisonniers, principalement politiques (les « ennemis de classe ») fournis par le Goulag (acronyme russe de l’"Administration principale des Camps") étant utilisés – pour la première fois - à cet effet. Des normes étaient imposées (par exemple une brigade de 25 – 30 prisonniers devaient creuser quotidiennement à la main 2,5 m3) avec promesse de réductions de peine si les normes étaient dépassées.


Officiellement, 12 000 prisonniers sont morts au cours des travaux, mais la journaliste Anne Applebaum estime qu’il y en eut 25 000, certains allant jusqu’à 60 000. Ce travail servile fut présenté par la propagande comme une politique pénale novatrice, la perekovka (réhabilitation par le travail).  

En Août 1933, un voyage « Potemkine » avait été organisé pour un groupe de 120 écrivains et artistes russes (dont Maxime Gorki et Alexis Tolstoï) et qui déboucha sur un livre de 600 pages « Le canal Staline de la Mer Blanche à la Mer Baltique ». Par ailleurs, en 1932, fut créée la cigarette « Belomorkanal », une papirosa très forte où un tube de carton jouait le rôle de porte-cigarettes. Cette cigarette a eu un grand succès dans toute l’U.R.S.S. et est encore produite aujourd’hui.


Le Belomorkanal ne fut toutefois d’aucune utilité stratégique, du fait notamment de sa trop faible profondeur (3,50 mètres au maximum), qui ne permettait pas le passage des navires de commerce et de guerre même de faible tonnage. D’ailleurs Staline, apparemment mécontent, lança un autre projet 15 jours après l’inauguration du Belomorkanal, mais projet qui ne déboucha pas, le dictateur étant plus préoccupé par les « Grandes purges » (1936 – 1938).

Affiche de propagande

Aujourd’hui, le canal existe toujours et a un trafic modeste, principalement de navire de touristes allant sur les lacs Ladoga et Onega.