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mardi 13 août 2013

13 Août 1961 : début de la construction du mur de Berlin


Si l’ouverture du mur de Berlin, le 9 Novembre 1989, est relativement bien connue, les raisons et les conditions de son érection  sont plus floues. Ce post propose de revenir dessus. 

L'Allemagne au lendemain de la seconde guerre mondiale
A l’issue de la seconde guerre mondiale, après la capitulation allemande du 8 Mai 1945, l’Allemagne est amputée d’une partie de son territoire (Poméranie, Silésie, Prusse orientale) et occupée par les quatre principaux alliés : URSS, Etats-Unis, Grande-Bretagne et France. La capitale, Berlin, initialement occupée par les seuls Soviétiques, est également partagée en quatre zones d’occupation, et est enclavée dans la zone soviétique.

Les quatre zones d'occupation de Berlin
Le 19 Mars 1948, les Soviétiques cessent leur participation au Conseil de contrôle allié et au commandement interallié. A partir de cette date, Staline s’emploie à gêner les communications des Occidentaux avec Berlin-Ouest et instaure même le blocus de la ville du 24 Juin 1948 au 12 Mai 1949. Celle-ci ne survivra que grâce à un gigantesque pont aérien des Occidentaux.

Le 23 Mai 1949, les Occidentaux créent la République Fédérale Allemande (RFA) à partir des trois zones d’occupation américaine, britannique et française. En représailles, le 7 Octobre 1949, les Soviétiques créent la République Démocratique Allemande (RDA, en allemand DDR) à partir de leur zone d’occupation.   
Mais le problème principal de la RDA était qu’elle perdait ses forces vives : 2,7 millions d’Allemands de l’est sont passés à l’ouest de 1949 à 1961, dont 200 000 rien que pour la seule année 1960 (50 % ont moins de 25 ans), essentiellement pour des raisons économiques. En effet, l’économie est planifiée par Moscou, la production industrielle augmente moins vite que prévue et la collectivisation des terres agricoles entraîne une baisse de la production.   

Le 12 Août 1961, le conseil des ministres de RDA annonce qu’un dispositif de contrôle va être mis en place aux frontières de la RDA avec la RFA et les secteurs occidentaux de Berlin « afin de mettre un terme aux activités hostiles du pouvoir militaire rancunier de l’Allemagne de l’Ouest et de Berlin-Ouest » (sic).



Dans la nuit du 12 au 13 Août 1961, 14 500 membres des forces armées est-allemandes bloquent les rues et les voies ferrées menant à Berlin-Ouest. Les troupes soviétiques sont prêtes au combat. Erich Honecker, secrétaire général du comité central du Parti socialiste unifié d’Allemagne présente le mur comme « un mur de protection antifasciste » ! Jusqu’en Septembre 1961, la frontière reste relativement franchissable.

La célébrissimme photo du jeune douanier est-allemand Conrad Schuman passant à l'ouest

Au cours des jours et des semaines qui suivirent, les barrages provisoires de barbelés furent remplacés par un mur de dalles de béton renforcé de briques creuses, muni par la suite de divers dispositifs de sécurité.  Les réactions internationales sont ambiguës. Le 27 Octobre 1961, chars et soldas des deux camps se font faces pendant trois jours au Checkpoint Charlie, suite à un différend sur la libre circulation des membres des forces alliées dans les deux moitiés de la ville.

Face à face à Checkpoint Charlie (27 Octobre 1961)

Cette situation absurde de capitale coupée en deux perdurera jusqu’au 9 Novembre 1989. Mais l’ouverture du mur de Berlin ce jour-là, qui mènera à la réunification allemande du 3 Octobre 1990, ne signifie par la libération de toute l’Europe, contrairement à ce que certains croient. Les Etats baltes, par exemple, devront attendre de facto jusqu’en Août 1991. Mais le processus, qui avait également suivi un chemin parallèle notamment en Pologne et en Hongrie, était enclenché.

Pour mémoire, entre 136 et 176 personnes (selon les sources) ont été abattues en essayant de franchir le mur.










lundi 12 août 2013

12 Août 1871 : naissance de Gustavs Zemgals, futur Président de la République de Lettonie


Le bloggeur, qui cherche à publier des articles quelque peu originaux, se retrouve chaque matin devant sa plage blanche. En ce qui me concerne j’essaye dans la mesure du possible, de raccrocher mon post à un événement du passé, même si c’est parfois tiré par les cheveux et même si souvent l’article ne recueille qu’une indifférence polie.

Gustavs Zemgals

Aujourd’hui, mon point de départ est la naissance de Gustavs Zemgals, le 12 Août 1871 à Džūkste (à quelques kilomètres à l’ouest de Rīga, à proximité de la route de Liepāja. A mes fidèles lecteurs (s’il en reste……), il devrait rappeler un post sur le même sujet il y a deux ans à la même époque. Mais la redondance était une forme de pédagogies qui a fait ses preuves……

Rappelons qu’à cette époque la Lettonie n’existait pas encore et qu’on parlait alors des provinces de Courlande et de Livonie de l’Empire russe. Il est donc cohérent que Gustavs Zemgals soit diplômé en droit de l’Université de Moscou. Il devient par la suite avocat, éditeur de journal et activiste politique. Envoyé au front pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), puis pendant la Première Guerre mondiale, membre du Parti démocrate-radical letton, il est élu Maire de Rīga le 23 Avril 1917.  

La déclaration d'indépendance de la Lettonie, le 18 Novembre 1918

Après que le Tautas Padome (Conseil du Peuple letton) ait déclaré l’indépendance de la Lettonie le 18 Novembre 1918, avec Jānis Čakste comme Président et Kārlis Ulmanis comme Premier Ministre, Gustavs Zemgals est réélu Maire de Rīga le 3 Décembre 1918. Il est Ministre dans plusieurs gouvernements.

Le 14 Mars 1927, le Président Jānis Čakste meurt au cours de son deuxième mandat. Gustavs Zemgals est élu à son tour Président de la République le 8 Avril 1927, mais il influe très peu sur le travail législatif de la Saeima (Parlement monocaméral letton). Il ne se représente d’ailleurs pas pour un second mandat en 1930, mais redeviendra toutefois député et même Ministre des Finances en 1931 et 1932.

Il décède le 6 Janvier 1939 à Rīga. Il est enterré au Rīgas Meža kapi.



Je profite de l’opportunité pour (re)donner la liste des Présidents de la République de Lettonie depuis l’indépendance du 18 Novembre 1918 (entre parenthèses, les dates de leur mandat). J’ai fait abstraction de ceux qui ne l’ont été que quelques jours par intérim et de la marionnette prosoviétique Augusts Kirhensteins :

Jānis Čakste                (1918-1925)
Jānis Čakste                (1925-1927)
Gustavs Zemgals      (1927-1930)
Alberts Kviesis            (1930-1936)
Kārlis Ulmanis              (1936-1940)

(Occupations soviétiques et allemande)

Anatolijs Gorbunovs     (1990-1993)    
Guntis Ulmanis             (1993-1999)
Vaira Vīķe Freiberga    (1999-2007)
Valdis Zatlers              (2007-2011)
Andris Bērziņš             (depuis le 8 Juillet 2011)

Le Président actuel, Andris Bērziņš

Remarque : jusqu’en 1997, les Présidents étaient élus pour un mandat de trois ans renouvelable une fois. Désormais, ils sont élus pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois. 


samedi 10 août 2013

Pologne / Lituanie : entre football et diplomatie


Les supporteurs de football n’ont généralement pas la réputation d’être les gens les plus futés du monde. Mais il semble que, dans ce domaine, les supporteurs polonais se distinguent particulièrement.

Les résidents de Vilnius, dont j’étais à l’époque, doivent se souvenir qu’en 2007 les supporteurs polonais du Legia Varsovie avaient quelque peu saccagé le stade du FK Vėtra à Vilnius sous le prétexte que leur équipe perdait 2 – 0 à la mi-temps. A l’époque, certains médias lituaniens étaient allés jusqu’à évoquer l’Union de Kreva (1385) pour justifier l’inimitié polono-lituanienne !

Cette fois, c’est chez eux que les supporteurs du club polonais de Lech Poznan se sont distingués, déployant une banderole sur laquelle était indiqué (traduction non certifiée …..) : «  Manant lituanien agenouille-toi devant ton maître polonais » ! Les Polonais auraient également entonné des chants dans lesquels il était dit que Vilnius appartenait à la Pologne.


Mais, cette fois, les Ministres des Affaires Etrangères des deux Etat ont clairement voulu calmer le jeu. Le Ministre polonais des Affaires Etrangères, par la voix du directeur de son service de presse, a notamment déclaré : « Nous considérons le contenu anti-lituanien sur les scandaleuses bannières est la manifestation malheureuse d’un comportement irréfléchi et d’une ignorance qui ont entraîné l’objection déterminée du Ministère des Affaires Etrangères et du Gouvernement polonais ».

De plus, comme sur l’ensemble des deux matchs c’est le Žalgiris de Vilnius qui a été qualifié, l’Ambassadeur de Pologne en Lituanie a adressé ses félicitations à l’équipe lituanienne.  


Donc, a priori, pas d’huile sur le feu à cause de quelques supporteurs décervelés. Et c’est tant mieux, car il y a déjà suffisamment de tensions entre la Lituanie et la Pologne avec la lituanisation des noms polonais sur les passeports et l’écriture des noms de rues en polonais ! (Voir http://gillesenlettonie.blogspot.fr/2011/08/tensions-recurrentes-entre-la-lituanie.html)









vendredi 9 août 2013

Mikhaïl Gorbatchev : « Je suis vivant et je me porte bien » !


Gag morbide ce mercredi 7 Août soir : des hackers ont piraté le compte Twitter en allemand de l’agence de presse russe RIA-Novosti et y ont annoncé la mort du dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev. Celui-ci a démenti lui-même dès le lendemain dans le tabloïd bihebdomadaire dont il est actionnaire, Novaïa Gazeta.

Une occasion de rappeler brièvement aux jeunes générations qui fut Gorbatchev, et aux moins jeunes ce qu’il est devenu.

Né en 1931 dans le nord Caucase, il suit la carrière classique d’un apparatchik communiste :  komsomolets (membre des jeunesses communistes), membre du Parti en 1950, dirigeant de la ville de Stavropol en 1962. Il est remarqué par Iouri Andropov, alors Président du KGB, et est élu grâce à lui en 1971 au Comité Central du Parti communiste, dont il devient secrétaire en 1978, puis il entre au Politburo en 1980 à 49 ans. 

Après 15 ans de pouvoir des gérontes (Brejnev, Andropov, Tchernenko), le choix par le Politburo de Gorbatchev comme Secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique à l’âge de 54 ans, en 1985, est une révolution ! Dans un contexte de stagnation économique et de chute des cours du pétrole, qui empêchent l’URSS de poursuivre le rythme effréné de la course aux armements, Gorbatchev n’a pas d’autre choix que de songer à la détente et au désarmement. C’est son éminence grise, Alexandre Iakovlev, qui lui inspire successivement la glasnost (transparence), la perestroïka (restructurations économiques) et le principe de la réunification allemande.

Leonid Brejnev

Une série de mesures symboliques se succèdent, comme l’autorisation de parution du « Docteur Jivago » de Boris Pasternak (Novembre 1985), l’autorisation de retour à Moscou d’Andreï Sakharov en Décembre 1986 et surtout la signature avec Ronald Reagan, le 8 décembre 1987, du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, réduisant de 50 % l’arsenal nucléaire des deux Grands.

La décision de retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan prise le 15 Mai 1988 (effective un an plus tard) et surtout l’ouverture du mur de Berlin le 9 Novembre 1989, font que le Prix Nobel de la Paix 1990 lui est attribué. On se souviendra toutefois qu’en Janvier 1991 (Vilnius, Riga) et jusqu’en Juillet 1991 (Medininkai), les troupes soviétiques ont encore tué dans les Etats baltes et que Gorbatchev ne pouvait pas ne pas être au courant.

La fin est plus pathétique à cause, d’un côté de l’échec de ses réformes, de l’autre de l’hostilité des conservateurs qui voient en lui le fossoyeur de l’URSS. L’étrange putsch de Moscou d’Août 1991 profite à Boris Eltsine, Président élu de la République fédérative de Russie, et sonnera à terme le glas de l’URSS (25 Décembre 1991), date à laquelle Mikhaïl Gorbatchev, son Président, démissionnera.

Gorbatchev et Eltsine

Depuis, Gorbatchev s’est tourné vers l’écologie, prônant une « perestroïka du développement durable », mais il est également devenu critique de la politique de Poutine, lui reprochant les reculs démocratiques enregistrés en Russie. Il est encore très populaire en Occident (un reste de « gorbymania », mais beaucoup moins en Russie (il n’avait recueilli que 0,5 % des voix aux présidentielles de 1996) où il est rendu responsable de l’explosion de l’URSS et du chaos économique et social qui a suivi.

Malade (il souffre de diabète), il a été hospitalisé en Juin 2013, et il apparaît désormais affaibli lors de ses interventions publiques.

Pour mémoire, un sondage d’Octobre 2011 effectué par l’institut VTsIOM, donnait la cote de popularité suivante aux dirigeants russes de ces 100 dernières années :
    # Vladimir Poutine   61 %
    # Dmitri Medvedev  54 %  
    # Leonid Brejnev     39 %
    # Tsar Nicolas II    31 %
    # Lénine                  28 %
    # Staline                 28 %
    # Khrouchtchev      24 %
    # Boris Eltsine        17 %
    # M. Gorbatchev     14 %