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mercredi 6 novembre 2013

La Ville de Kaunas distinguée par le Conseil de l’Europe


La ville de Kaunas (Lituanie) va recevoir le Drapeau d’Honneur du Conseil de l’Europe. De quoi s’agit-il ?

Tout d’abord, il convient de ne pas confondre Conseil de l’Europe et Union Européenne. Le Conseil de l’Europe, dont le siège est à Strasbourg, est la doyenne des organisations européennes, puisqu’elle a été créée le 5 Mai 1949. Elle rassemble 800 millions d’habitants de 47 Etats membres. Un absent de marque, le Bélarus, dont le statut d’invité a été suspendu le 13 Janvier 1997 pour non-respect des droits de l’homme et des principes démocratiques. Le Vatican a le statut d’observateur. Tous les Etats membres du Conseil de l’Europe ont signé la Convention européenne des droits de l’homme, un traité visant à protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’état de droit.

(A noter que le drapeau (12 étoiles sur fond bleu) et l’hymne européens ont été d’abord choisis et adoptés par le Conseil de l’Europe avant de devenir également les symboles de l’Union Européenne).

Pour récompenser des communes ou des collectivités territoriales particulièrement actives dans la promotion de l’idéal européen (jumelages, manifestations échanges, etc.…), l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe décerne tous les ans quatre distinctions (par ordre croissant d’importance) : le Diplôme européen, le Drapeau d’Honneur, la Plaquette d’Honneur et le Prix de l’Europe. Le prix de l’Europe est constitué d’un trophée itinérant, d’une médaille, d’un diplôme et d’une bourse pour un voyage d’études de jeunes de la commune lauréate.
M. Andrius Kupcinskas, Maire de Kaunas


La ville de Kaunas va recevoir cette année la distinction de deuxième niveau, le Drapeau d’Honneur. Elle était détentrice du Diplôme européen depuis 2008. Pour mémoire, Kaunas est jumelée avec (au moins) 23 villes et régions, dont Grenoble.  


En Lituanie, une seule ville a reçu la distinction suprême, le Prix de l’Europe, en 2003, il s’agit de Klaipėda. Ont reçu la Plaquette : Klaipėda (2001), Alytus (2010), Šilutė (2011) et Panevėžys (2012). Ont reçu avant Kaunas le Drapeau d’Honneur : Klaipėda (1999), Alytus et Trakai (2007), Druskininkai et Panevėžys (2008), Kėdainiai et Šilutė (2009), Biržai (2011) et Šalčininkai (2012). Au niveau de l’Europe à 47, il est attribué annuellement entre 15 et 20 Drapeaux d’Honneur. 

Confluence de la Neris et du Niemen à Kaunas



lundi 4 novembre 2013

Balzac à Tauragė (1843)

Balzac en 1842 (daguerréotype de Nadar)

La comtesse « polonaise » Ewelina Hańska (1801 – 1882), retirée dans son domaine de Verkhovnia (district de Jitomir, en Volhynie alors dans Empire russe, aujourd’hui ukrainienne) lisait beaucoup de romans français. Elle devint une fervente admiratrice d’Honoré de Balzac (1799 – 1850) avec qui elle engagea, à partir du 28 Février 1832, une correspondance qui durera 18 ans.

La comtesse Hanska


Balzac et Mme Hańska se rencontrèrent pour la première fois le 25 Septembre 1833 sur les bords du lac de Neuchâtel et l’auteur tomba follement amoureux de son admiratrice. Celle-ci, veuve en 1841, ne se décidera à épouser l’écrivain que le 14 Mai 1850, en Ukraine, trois mois avant la mort de celui-ci (18 Août 1850).

Balzac et Mme Hańska se retrouvèrent plusieurs fois en Europe, y compris à Paris où Mme Hańska décéda par la suite, le 10 Avril 1882 (elle est inhumée aux côtés de Balzac au cimetière du Père Lachaise). Balzac, lui, fit trois fois le voyage vers l’Empire russe, une fois en 1843 (Juillet – Novembre, à Saint-Pétersbourg) et deux fois en Ukraine (Septembre 1847 – Janvier 1848 et  Octobre 1848 – Mars 1850). C’est le voyage à Saint-Pétersbourg qui nous intéresse.

Balzac quitta Paris le 19 Juillet 1843, pour s’embarquer le 21 à Dunkerque sur un paquebot à vapeur, Le Devonshire. Il arriva à Saint-Pétersbourg le 29 Juillet. Il quittera la capitale russe le 7 Octobre 1843 par la malle-poste qui traverse les provinces baltes. On connaît les détails de ce voyage grâce au sculpteur russe Ramazanoff qui se rend à Rome, et qui donne des détails pittoresques sur son compagnon de voyage dans une série de lettres.

Par exemple, à Narva (Estonie), Balzac fait la grimace lorsqu’on lui sert des lamproies au petit déjeuner …… A Dorpat (Tartu en Estonie) il s’indigne de son bifteck. A Riga, il souligne « l’activité bruyante d’une ville commerçante ». A Mitau (Jelgava en Lettonie), il a une faim de loup, mais il s’indigne cette fois « de la lavasse qu’on {lui} avait servi en guise de soupe » ! Mais il se calme lorsqu’on lui apporte une omelette. A Tauroggen (Tauragė en Lituanie), le 10 Octobre, « il trouva un excellent petit déjeuner et du bon thé ». Il sort même sa dernière bouteille de Sauternes d’un voyage décidemment péri-gastronomique pour arroser ça !  


Tauragė est une petite ville de 27 000 habitants, à la frontière avec l’exclave russe de Kaliningrad, jadis ville-frontière avec (en 1843) la province de Prusse, capitale Königsberg. Tauragė est surtout célèbre pour la Convention signée le 30 Décembre 1812 entre le Général prussien Ludwig Yorck von Wartenburg et le général de l'Empire Russe d'origine allemande von Diebitsch, par laquelle le premier cité trahissait Napoléon.



Mais ce 10 Octobre 2013, la Municipalité de Tauragė avait choisi, 170 ans plus tard, jour pour jour, de célébrer le passage du grand écrivain français (et même tourangeau ……), en dévoilant une plaque rappelant l’événement en présence de S.E. Madame Maryse Berniau, Ambassadeur de France en Lituanie. En tant que thuriféraire de l’amitié franco-lituanienne, je ne peux que me réjouir de l’initiative de la Municipalité de Tauragė en quête des traces de son patrimoine culturel européen. http://www.ambafrance-lt.org/Sur-les-pas-de-Balzac



Pour finir, je ne peux résister à la description par Ramazanoff du passage de la frontière entre la Russie/Lituanie et la Prusse : « A l’approche de notre frontière avec la Prusse, nous ne vîmes pas la sentinelle, qui, comme sa guérite, était cachée par la verdure. Sur l’immense espace s’étendant devant nous, il n’y avait que deux poules qui se promenaient. Voyez, un grand empire comme la Russie est gardé par des poules, put à peine articuler Balzac en s’esclaffant de sa remarque » !  

Pour en savoir plus sur Balzac en Russie : « Balzac dans l’Empire russe – De la Russie à l’Ukraine », Paris-Musées / Editions des Cendres, 1993


dimanche 3 novembre 2013

Le « Roi » Hedwige, le Grand-duc Jogaila et la Hongrie


Le 30 Octobre 2013, le Ministre lituanien des Affaires Etrangères, Linas Linkevičius, a participé à Budapest (Hongrie) à l’inauguration d’un monument dédié au Grand-duc de Lituanie et Roi de Pologne Jogaila et à son épouse, Jadwiga / Hedwige d’Anjou.  

Le monument de Jogaila et Herdwige à Budapest

Une occasion pour se pencher sur Hedwige et son ascendance, la Maison capétienne d’Anjou-Sicile, qui eut une très grande importance au Moyen-âge sur l’Europe centrale.

La Maison d’Anjou-Sicile est issue de Charles 1er (1226 – 1285), frère du Roi de France Saint Louis. Investi comte d’Anjou et du Maine en 1246, comte de Provence par son mariage la même année, il participe à la 7ème croisade (1248 – 1250). Mais le tournant est en 1266 quand, à la demande des Papes (Urbain IV puis Clément IV), il s’empare du Royaume de Sicile contre Manfred de Hohenstaufen, ennemi de la papauté. En dépit des « vêpres siciliennes » en 1282, il gardera la partie péninsulaire de son royaume dont la capitale est Naples.

Le monument de Charles 1er à Hyères

Lui succéderont, de père en fils, Charles II (vers 1254 – 1309), Charles Martel (1271 – 1295), qui hérite du trône de Hongrie à la mort de son oncle Ladislas IV Árpád le Couman, mais c’est finalement Charles Robert (1288 – 1342), dit encore Charobert d’Anjou-Sicile qui peut s’employer, à partir de 1323, à affirmer son pouvoir et à agrandir son royaume avec les Etats frontaliers : Dalmatie, Croatie, Bosnie.

Le fils de Charles Robert, Louis 1er (1326 – 1382) est couronné Roi de Hongrie à la mort de son père, le 21 Juillet 1342. Il étend sa domination jusqu’à l’Adriatique et restaure l’autorité royale aux dépends des magnats. A la mort de son oncle Casimir III Piast, dit le Grand, décédé sans héritier mâle, Louis 1er est couronné Roi de Pologne le 17 Novembre 1370.

La succession de Louis 1er est quelque peu chaotique. Sa fille aînée, Marie, fiancée en 1372 à Sigismond de Luxembourg, succède à son père en Hongrie le 17 septembre 1382. Sa sœur, Hedwige (1372 – 1399), est choisie comme Roi de Pologne (couronnement le 15 Octobre 1384 à l’âge de 12 ans !) à la demande de la noblesse locale qui souhaite mettre fin à l’union personnelle entre les deux royaumes (Hongrie et Pologne). NB : Hedwige est bien couronnée Roi de Pologne Hedvig Rex Poloniæ et non pas Hedvig Regina Poloniæ, le genre masculin de son titre soulignait qu’elle était souverain de plein droit et non pas l’épouse du Roi.

Hedwige d'Anjou, Roi de Pologne

La suite est sans doute mieux connue de ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Lituanie. A la demande de la Diète (Sejm), Hedwige doit rompre ses fiançailles avec le Prince autrichien Guillaume de Habsbourg pour épouser, le 18 Février 1386, à l’âge de 14 ans, le Grand-duc de Lituanie Jogaila (1351 – 1424), de 21 ans son aîné, qui pour l’occasion doit abandonner le paganisme et se convertir au christianisme. Jogaila est en outre élu co-Roi de Pologne.
    
Hedwige mourra le 17 Juillet 1399, des complications de l’accouchement de son premier enfant qui, elle-même décédera très rapidement. Mais de cette union date, comme l’a souligné le Ministre Linas Linkevičius, le lien entre la Lituanie et la Hongrie et plus largement avec l’Europe chrétienne.  








vendredi 1 novembre 2013

Cérémonie en hommage aux légionnaires ukrainiens de Peynier



Demain, samedi 2 Novembre 2013, aura lieu à Peynier (13790), au Rocher de la Garenne, la traditionnelle cérémonie annuelle en hommage aux légionnaires ukrainiens qui, en 1940, s’étaient engagés dans l’armée française.  


A partir des trois partages de la Pologne-Lituanie (1772, 1793 et 1795), la nation ukrainienne est scindée en deux entités distinctes, l’une dépendant de l’empire russe, l’autre de l’empire autrichien. Après la période troublée qui a suivi la Première Guerre mondiale, la révolution bolchevique et une éphémère indépendance (22 Janvier 1918), la partie ex-autrichienne, avec Lviv comme ville principale, est intégrée à la Pologne en 1921, et la partie ex-russe, avec Kyiv comme capitale, est intégrée à l’URSS créée en 1922. L’Ukraine transcarpatique vote son rattachement à la Tchécoslovaquie et la Bucovine le sien à la Roumanie.

Le traité de Versailles faisait obligation à la Pologne de donner une large autonomie à la Galicie peuplée d’Ukrainiens, ce qu’elle ne fera jamais. L’Ukraine soviétique connaîtra, elle, un calvaire sous la dictature stalinienne, avec notamment l’Holodomor, génocide par la faim, en 1932 – 1933. Après l’invasion de la Pologne en Septembre 1939, conformément à l’accord Molotov – Ribbentrop, une République Socialiste Soviétique d’Ukraine sera formée en Août 1940.

Le 15 Septembre 1939, l’Ambassadeur de Pologne en France lance un appel à la mobilisation de tous les ressortissants polonais en France, y compris donc les Ukrainiens possédant un passeport polonais. Ces derniers se retrouvent devant un dilemme : soit refuser leur incorporation dans l’armée polonaise qui occupait leur nation et les traitait en citoyens de seconde zone, soit accepter de la rejoindre en dépit de leur idéal d’indépendance.

Néanmoins, grâce à leur ténacité, les Ukrainiens auront finalement le droit, qui leur était initialement refusé, de s’engager dans la Légion Etrangère. Sur 7 000 dossiers de volontaires, ce sont ainsi 5 000 Ukrainiens aptes au service qui vont participer à la Campagne de France dans les Flandres, sous Sedan, sur la Somme (Mai 1940) et jusque sur la Saône (Juin 1940), laissant sur les champs de bataille des centaines de tués. La dernière résistance « pour l’honneur de l’Armée française » dans la région de Lyon, le 19 Juin 1940, sera même l’œuvre des Légionnaires ukrainiens d’un Bataillon de marche formé à Sathonay.

Depuis le 20 Juin 1940, les légionnaires ukrainiens battent en retraite après les combats pour la prise de Lyon. Ils arrivent le 22 Juin vers midi à Grenoble sans s’y arrêter, de façon à ne pas être pris par l’ennemi.

Après la signature de la convention d’armistice franco-allemande le 22 Juin 1940 à 18H30, dans la Forêt de Compiègne, dans le wagon de l’armistice de 1918, les légionnaires ukrainiens (ils sont approximativement 950), qui étaient alors à Grenoble, rejoignent Aix-en-Provence en train (24 Juin).


Le 27 Juin 1940 au matin, les Ukrainiens partent à pied vers la petite ville de Fuveau (immédiatement à l’est de Gardanne, donc au nord-est de Marseille). Le 8 Juillet, à l’occasion d’une marche vers le village de Peynier (à 8 km à l’est de Fuveau), les Ukrainiens décident de sculpter un Tryzub (Trident, blason de l’Ukraine) sur un rocher, le Rocher de la Garenne, en souvenir du séjour en ces lieux. Les gravures, à la symbolique ukrainienne et légionnaire, ont été vraisemblablement terminées le 16 Juillet 1940 et seraient l’œuvre d’Ivan Kurok.


Le 30 Juin 2007, la municipalité de Peynier a inauguré le « Sentier des volontaires ukrainiens » et, le 2 Novembre 2008, la Légion Etrangère a apposé une plaque commémorative au pied du rocher de Peynier, commémorant les volontaires ukrainiens. Depuis, une cérémonie a lieu chaque 2 Novembre à l’initiative de l’ADVULE (Association des Descendants des Volontaires Ukrainiens de la Légion Etrangère).