Le baptême de Volodymyr le Grand en 988 |
Ce qui va suivre va sans
doute paraître ésotérique à certains de mes lecteurs. Ces subtilités
historico-sémantiques sont toutefois bien plus importantes qu’il n’y paraît dans
la mesure où la Russie d’aujourd’hui joue encore dessus pour étendre son empire !
Tout d’abord, il n’est
sans doute pas inutile de rappeler qu’en ethnologie comme en linguistique, on
distingue trois groupes de populations slaves : les Slaves orientaux (principalement
Russes, Biélorusses et Ukrainiens), les Slaves
occidentaux (Polonais, Tchèques, Slovaques) et les Slaves méridionaux (Slovènes, Croates, Bosniaques, Serbes, Bulgares,
Macédoniens, etc….). Il ne sera ici question que des Slaves orientaux.
A partir de la fin du IXe
siècle, les tribus slaves orientales, divisées, auraient fait appel à un groupe
de Varègues (Vikings de la route de l’est) pour les unifier. A partir de 1917,
les « historiens » soviétiques finirent par nier toute intervention
extérieure et affirmèrent que la Rus’ fut le produit du seul développement
indigène des sociétés slaves-orientales.
S’il n’y a aucune certitude
que les Varègues aient créé ex nihilo des structures politiques chez les Slaves
orientaux, il n’en reste pas moins qu’ils ont fourni à la Rus’ originelle une
dynastie de souverains talentueux.
L’apogée de l’Etat de la
Rus’ sous les Grands Princes Volodymyr
le Grand (980 – 1015), qui reçoit le baptême en 988 et impose à son peuple
le christianisme de rite byzantin, et de son fils Iaroslav le Sage (1019 – 1054).
La Rus' au XIe - XIIe siècle |
Malheureusement, le
système de succession entraîna des guerres civiles entre les diverses
principautés constitutives de la Rus’, laquelle se divisa en de multiples
principautés. Malgré Volodymyr II Monomaque (1113 – 1125) et son fils Mstislav
1er (1125 – 1132), ce dernier sera le dernier souverain d’une Rus’
unie.
C’est un événement
extérieur qui mettra fin à la Rus’ kiévienne : la conquête mongole.
Après un premier raide, suivi d’autres, en 1222, Kiev tombera en 1240 et sera presque totalement ruinée.
A cette époque de la
conquête mongole, Moscou n’était qu’un avant-poste négligeable de la
Principauté de Vladimir-Souzdal. C’est Daniel Moskovski (1263 – 1303), le plus
jeune fils d’Alexandre Nevski, souverain de Vladimir-Souzdal, qui va commencer
à élargir sa petite principauté de Moscou. Par la suite, celle-ci se transforma
en Grande-Principauté (1328 – 1547), son expansion s’accompagnant de consolidation
interne (perte de l’autonomie des princes). En 1547, c’est Ivan IV le Terrible
qui prendra le titre de « Tsar de toutes les Russies », le terme
englobant la Grande Russie (Russie stricto sensu), la Petite Russie (Ukraine)
et la Russie blanche (Biélorussie).
Les extensions successives de la Principauté de Moscou |
Depuis le XVIIIe siècle, l’Empire
russe a réussi à imposer une théorie selon laquelle les Russes sont les
principaux héritiers de la Rus’ kiévienne, qui était en fait la première « Russie »
(sic). C’est d’ailleurs à cette époque que la Moscovie a adopté le nom de
Russie, dérivé de Rus’, ce qui constitue une sorte de captation d’héritage.
Après les invasions mongoles, alors que les territoires des futures Ukraine et
Biélorussie tombaient sous la domination lituanienne puis polono-lituanienne, la
Moscovie s’estima dépositaire de la tradition politique kiévienne et entreprit
la « réunification » de l’ancienne Rus’ sous la forme de l’empire
russe moderne. Après les avoir « libérés », le pouvoir russe nia la
qualité de peuples distincts aux Ukrainiens et aux Biélorusses, les considérant
comme des groupes russes dont les particularismes ne seraient apparus que
tardivement, sous l’influence polono-lituanienne.
Aujourd’hui, on assiste
bien à la même dialectique, la Russie voulant « réunifier », au
besoin par la force, les peuples de langue russe !
(Texte en partie inspiré
de « L’Empire médiéval de Kiev,
débats historiques d’hier et d’aujourd’hui » de Iaroslav Lebedynsky,
2002)
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