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dimanche 18 décembre 2011

Drapeaux et autres symboles – (4) Bélarus


La redondance étant un moyen pédagogique reconnu, je rappellerai tout d’abord que le nom de République de Bélarus a officiellement remplacé celui de Biélorussie depuis le 19 Septembre 1991.

Le drapeau officiel actuel du Belarus a été adopté le 7 Juin 1995. Il reprend à quelques détails près (notamment la faucille et le marteau) le drapeau de la République Socialiste Soviétique de Biélorussie de 1951.
Drapeau officiel du Belarus

Il existe un deuxième drapeau bélarusse, blanc traverse d’une bande blanche, qui était la représentation stylisée du cavalier blanc sur fond rouge des armoiries (voir plus loin). Ce drapeau a été officialisé à la proclamation de la République populaire biélorusse (Белару́ская Наро́дная Рэспу́бліка ou BNR), le 25 Mars 1918. Son conseil de gouvernement aura une existence éphémère puisqu’il doit s’installer en Décembre 1918 à (Hrodna (= Grodno), alors en Lituanie, puis à Prague, lorsque les troupes allemandes quittent le territoire et laissent la place aux bolcheviques.


Ce drapeau est repris lors de l’indépendance de la Biélorussie vis-à-vis de l’Union soviétique, mais il est abandonné pour le drapeau actuel en 1995 et désormais interdit. Il est, de ce fait, devenu le symbole de la lutte pour la démocratie au Bélarus, mais l’arborer signifie au bas mot 15 jours de prison. 
  
On retrouve la même dualité dans les blasons. Le blason officiel actuel, approuvé en 1995, reprend la symbolique soviétique ; même l’étoile rouge y apparaît encore.

Il existe un blason historique, appelé Pahonie et décrit comme suit : De gueules au chevalier d'argent à l'armure et la monture de même, cabrée à sénestre, le chevalier tendant vers dextre une épée aussi d'argent dans sa main dextre et, dans sa main sénestre, tenant un écu de même frappé d'une croix d'Anjou d'or. Pour les connaisseurs de la région, il ressemble à s’y méprendre au Vytis lituanien. Ce n’est pas étonnant puisque le territoire de ce qui était alors appelé la Ruthénie blanche, héritier de la Principauté de Polotsk, a été une partie du Grand-duché de Lituanie pendant près de 500 ans (1307 – 1795).  

L’hymne national « Nous, les Biélorusses » (Мы, беларусы) a été initialement adopté le 24 Février 1955 en tant qu’hymne de la République Socialiste Soviétique de Biélorussie. La musique a été écrite en 1944 par Niescier Sakałoŭski, mais il fallut 11 ans pour se mettre d’accord sur les paroles de Mikhas Klimkovich ! Ce n’est que par un décret du 18 Juillet 2002 que le Belarus se dota d’un « nouvel » hymne national, reprenant en fait la musique de Sakałoŭski, et Uladzimir Karyzny modifiant à la marge les paroles de Klimkovich. 


jeudi 27 octobre 2011

Arrestation au Belarus (essai)


Ceci est un premier essai d’intégration d’une vidéo.

Cette courte vidéo montre une scène de la vie quotidienne à Minsk (Belarus) : l’arrestation d’un militant, voire de quelqu’un qui n’était là que par hasard……  

samedi 27 août 2011

Bélarus: la Fête de l’Indépendance non célébrée !


A l’instar de ses voisins baltes et ukrainien, le Soviet suprême de la République Socialiste Soviétique de Biélorussie avait adopté, le 27 Juillet 1990, la Déclaration de la souveraineté de l’Etat, premier pas vers l’indépendance.   

Après l’échec du putsch de Moscou, le Front Populaire Bélarusse réunit des dizaines de milliers de personnes sur la place Lénine le 24 Août 1991. Le drapeau traditionnel blanc-rouge-blanc (cf. ci-dessous) fut amené dans la salle de réunion de la Convention et le leader communiste Anatol Malafeeu fut arrêté.

Le Soviet suprême, devenu le Conseil suprême, dans sa session spéciale du 25 Août 1991, adopta une résolution sur l’indépendance économique et politique de la Biélorussie. D’après l’écrivain Syarhei Navumchyk dans son livre « Sept années de renouveau », un seul député du Conseil suprême s’opposa à l’indépendance de la Biélorussie, un certain Alyaksandr Lukashenka ……. Stanislau Shushkevich devint le premier Président de la Biélorussie indépendante.

Le 19 Septembre 1991, le Conseil suprême décida de changer le nom de République Socialiste Soviétique de Biélorussie en République de Bélarus, information transmise à l’ONU. A cette même session, les emblèmes nationaux furent adoptés : le drapeau blanc-rouge-blanc et le Pahonya  (Паго́ня - ci-dessous) comme armoiries, lequel ressemble comme deux gouttes d’eau au Vytis lituanien. Ce qui n’est pas étonnant compte tenu des 550 ans d’histoire commune des deux Etats au sein du Grand-duché de Lituanie.

La nouvelle Constitution fut adoptée le 15 Mars 1994. Mais Lukashenka est élu Président de la République le 10 Juillet 1994 avec 80 % des voix, ayant fait campagne contre la corruption supposée de son prédécesseur, surfant sur la nostalgie du communisme et sur un régime fort. Et, à partir de la, tout change.

En 1995, le drapeau blanc-rouge-blanc et le Pahonya passent à la trappe et l’ancien drapeau de la RSS de Biélorussie est réinstauré (à la seule exception de la faucille et du marteau - cf. ci-dessous). Arborer le drapeau historique est d’ailleurs aujourd’hui passible de prison ! Le 25 Août n’est plus une fête nationale depuis 1996, après qu’un referendum à la légalité douteuse ait donné des pouvoirs illimités à Lukashenka. Le jour de l’indépendance est célébré le 3 Juillet, un jour qui n’a aucun rapport : c’est celui du retour des troupes soviétiques à Minsk en 1944.

La suite est mieux connue. Se maintenant illégalement au pouvoir depuis 1999, Lukashenka a mis ses opposants en prison et muselé presse et ONG. Faisant face désormais à une terrible crise  économique et à des sanctions homéopathiques de la part de l’UE, le peuple bélarusse pourrait être amené à s’inspirer des révolutions arabes qui ont montré que même les dictateurs qui paraissaient le plus solidement inamovibles peuvent être renversés.  

jeudi 23 décembre 2010

Souvenirs de Minsk en 2006


Alors que je résidais à Vilnius (capitale de la Lituanie), je suis allé à Minsk (capitale du Bélarus), distante de 200 kilomètres, en Avril 2006. Mais, à 200 km de distance, c’est vraiment un autre monde. Il s’est trouvé que, par pur hasard, j’étais là lors de la précédente cérémonie d’investiture d’Alyaksandr Lukashenka, le 8 Avril 2006. C’était vraiment un hasard, non voulu, dans la mesure où la cérémonie avait été repoussée d’une semaine, alors que j’avais dû demander mon visa plusieurs semaines à l’avance.

Tout d’abord, y étant allé en voiture avec un ami lituanien, l’aventure a commencé à la frontière. Bien qu’ayant visas et assurances santé ad hoc, il s’est avéré qu’il fallait aussi une assurance spéciale pour la voiture. Mais surtout qu’il fallait remplir des fiches de renseignement uniquement en russe dont, heureusement, mon compagnon de voyage lituanien avait quelques notions. Bilan : 1H3/4 pour passer la frontière. Au retour, on m’a dit que j’avais fait vite !! De fait, deux jeunes Britanniques qui y sont allés plus tard m’ont dit avoir mis 3 heures.

Bien sûr, j’ai voulu aller voir la cérémonie d’investiture qui se passait sur la place d’Octobre. Ce projet fut bien vite abandonné, puisque tout le quartier était bouclé, que seuls des invités triés sur le volet étaient admis et que le petit peuple dont je faisais parti était tenu à distance respectueuse, là où l’on ne voyait rien mais d’où l’on entendait quelque musique martiale.

Il est apparu en fait que nous nous trouvions sur le chemin que devait emprunter la voiture de Lukashenka après la cérémonie. Un indice ne trompait pas : il y avait un policier en uniforme ou plus généralement en civil tous les 5 mètres. Comme nous discutions en anglais avec mon Lituanien, j’ai noté que le policier en civil qui était à quelques mètres devant nous commençait à s’intéresser à nous plus que nécessaire, pensant certainement à quelques agents de l’impérialisme occidental animés de mauvaises intentions ! Peu intéressés pour visiter les geôles bélarusses, nous avons donc changé de trottoir.

Puis Lukashenka est passé. Ou plutôt, la longue stretched Mercedes aux vitres fumées, dans laquelle on suppose que devait être Lukashenka, est passée. Ce qui m’a frappé, c’est qu’elle est passée dans un « silence assourdissant ». On pouvait imaginer qu’un Président, élu avec 82 % des voix (eh oui, 2 % de mieux que cette année !), déclencherait l’enthousiasme sur son passage. En fait, outre que le scrutin avait déjà soulevé de fortes suspicions de magouillage, l’explication nous a été donnée par un jeune Bélarusse ami de mon Lituanien. Au Bélarus, toute manifestation, fut-elle de joie, peut être « mal interprétée » par les forces de sécurité. Et tout manifestant se retrouver ainsi en prison pour une durée de base de 15 jours.

Un indice a révélé le degré réduit d’initiative de la police de Minsk. Alors que les barrières avaient été ouvertes du côté où nous nous trouvions, nous avons eu le temps, depuis le rue Lénine, de traverser la place d’Octobre et de longer le palais de la République pour arriver dans le dos d’autres policiers …… qui empêchaient toujours les passants d’aller dans l’autre sens.

Pour l’anecdote, nous sommes allés le soir dans un restaurant …… cubain. Comme quelques convives étaient quelque peu bruyants à l’extérieur, on a vu débarquer la babouchka chef d’ilot, armée de son walky-talky, venant remettre de l’ordre. On se souviendra au passage qu’au Bélarus le KGB s’appelle toujours KGB !

En clair, Minsk est une ville propre et sûre. Les armadas de petites mains nettoyeuses et d’agents de sécurité de diverses obédiences, outre qu’ils participent à la réduction du chômage, ne sont pas étrangères à cet état de fait. Mais, même avec la meilleure objectivité du monde, on ressent très nettement la pesanteur policière.

dimanche 14 novembre 2010

Election présidentielle au Bélarus: sondage



Comme les médias français n’en parlent pas, il n’est pas inutile de rappeler que l’élection présidentielle aura lieu au Bélarus le dimanche 19 Décembre 2010

Il reste actuellement 10 candidats qui ont réussi à collecter plus de 100 000 signatures de soutien. Ces signatures sont actuellement en cours de vérification par les commissions électorales régionales, et les candidats potentiels devaient déposer leurs déclarations de patrimoine avant hier,  13 Novembre. La liste définitive des candidats devrait être connue le 18 Novembre.

Il ne fait toutefois aucun doute que le Président sortant, Alyaksandr Lukashenka (ci-dessous), sera réélu. Il n’aurait même pas besoin de faire appel aux « ressources administratives » (mot pudique pour designer la fraude électorale) pour être élu, sa popularité restant notamment importante dans les campagnes. Faisant référence à la date du 1er Janvier à laquelle doivent être proclamés les résultats officiels, un candidat, Yaroslav Romanchuk, disait : « Que se passera-t-il après le 1er Janvier ? Le 2 Janvier ! »……

Il n’est pas évident de trouver un sondage fiable concernant ces élections. Celui effectué par l’ « Independent Institute of Socio-Economic and Political Studies » à la mi-Octobre, à défaut d’être fiable, peut paraitre crédible. Alyaksandr Lukashenka obtiendrait 48,2 % des voix devant Uladzimir Nyaklyaeu, 16,8 % et Andrei Sannikov, 8,6 % (ci-dessous, respectivement à droite et à gauche). 

Dans le même sondage, on note que :

   # Lukashenka recueillerait 55,5 % d’opinions positives, contre 33,7 % d’opinions très négatives ;
   # 44,6 % des Bélarusses seraient favorables à une réélection de Lukashenka, contre 43,6 % voudrait donner sa chance à un homme nouveau ;
   # 73,2 % auraient déclaré avoir l’intention de voter, mais seulement 31,7 % se disent suffisamment informés sur les candidats. 46,8 % pensent que les élections seront libres et honnêtes, 32,9 % sont d’un avis contraire.
   # Au cas où les résultats de lélection apparaitraient comme manifestement truqués, seuls 10,9 % des sondés se disent prêts à participer à des manifestations de protestation. Parmi ceux qui ne participeraient pas, 28,2 % disent qu’ils doutent de leur efficacité, 20,4 % parce qu’ils n’ont pas le temps, et 18,3 % parce qu’ils redoutent les répressions.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, l’important se passera après l’élection, avec la réaction de la Russie dont les relations avec le Belarus se sont sérieusement détériorées ces derniers temps. Par contre, on aura remarqué la position atypique du Président lituanien Dalia Grybauskaitė qui aurait déclaré : « Lukashenka est le garant de la stabilité économique et politique du Bélarus et de son indépendance. Nous {la Lituanie} n’aimerions pas avoir une deuxième Russie comme voisin ».    


    

lundi 1 novembre 2010

Elections passées, présentes et à venir



La région est de l’Europe connait ou va connaitre un certain nombre d’élections dans les semaines ou les mois à venir.

Tout d’abord, hier 31 Octobre 2010, avaient lieu les élections locales en Ukraine. Le pouvoir en place, par la voix du Premier Ministre Mykola Azarov, et les observateurs de la C.E.I. estiment  qu’elles se sont déroulées d’une manière démocratique. L’opposition, certes dans son rôle, mais aussi les représentants de la société civile, estiment que ce sont les plus « sales » depuis l’indépendance de l’Ukraine. En outre, le chaos de l’organisation a été dénoncé en de nombreux endroits, ce qui aurait entrainé une participation assez basse.
D’après un sondage « sortie des urnes », le Parti des Régions du Président Viktor Yanukovych aurait obtenu 36,2 % des voix, devant le Parti de la Patrie de Yulia Tymoshenko avec 13,1 % des voix. Suit le Front du Changement d’Arseniy Yatseniuk (6,8 %), le parti communiste (5,9 %), Svoboda (5,1 %), et le parti pour une Ukraine forte du vice-Premier Ministre Sergiy Tigipko (4,3 %).
Tout ceci est au conditionnel, les résultats officiels n’étant attendus que vendredi prochain. Mais l’appréciation des observateurs de l’O.S.C.E. est attendue (avec impatience) dès cet après-midi. 

 Le 19 Décembre 2010 auront lieu les élections présidentielles au Belarus. Les 19 candidats annoncés au départ devaient récolter 100 000 signatures de soutien avant le 29 Octobre. 11 candidats ont réussi à passer ce premier obstacle. 

Les commissions électorales vont maintenant examiner les listes de signatures, avant le 13 Novembre. Des anomalies sont à attendre, notamment dans les listes des opposants au Président sortant, Alyaksandr Lukashenka. Il est déjà annoncé que certaines listes auraient utilisé …… les annuaires téléphoniques. Enfin, la commission centrale électorale rendra son verdict entre le 14 et le 23 Novembre. 

Il est généralement estimé que le sortant, Alyaksandr Lukashenka, bénéficiant au besoin des « ressources administratives », sera réélu. Le point nouveau et intéressant sera l’appréciation que la Russie apportera sur ces élections, compte tenu de ses relations actuelles … perfectibles avec le Bélarus.   

En 2011 auront lieu :

   # Le 27 Février, les élections municipales en Lituanie
  # En Mars (à confirmer), les élections législatives en Estonie
   # Pour mémoire, les 20 et 27 Mars, les élections cantonales en France
   # En Décembre, les élections législatives en Russie. Toujours en Russie, les élections présidentielles auront lieu en Mars 2012.

jeudi 21 octobre 2010

Le Président lituanien à Minsk



Hier 20 Octobre 2010, le Président lituanien, Ms Dalia Grybauskaitė, était en visite à Minsk, capitale du Bélarus voisin. Elle rendait la visite que le Président bélarusse, Alyaksandr Lukashenka, avait faite à Vilnius le 16 septembre 2009.


Un des résultats les plus visibles de cette visite aura été la signature par les deux Ministres des Affaires Etrangères, le Lituanien Audronius Ažubalis et le Bélarusse Sergey Martynov (photo ci-dessous), d’un accord bilatéral permettant à certains groupes de résidents des territoires frontaliers de traverser la frontière sans visa, munis de permis spéciaux de résidence sur le territoire de l’autre pays dans la zone frontalière de 50 km, pour effectuer un séjour de 90 jours au maximum par période de six mois. « Dans une Europe moderne, il ne devrait pas y avoir de frontières, ni réelles, ni virtuelles » a déclaré le Président Grybauskaitė à cette occasion. 


Le Président Belarus, en course pour une nouvelle réélection le 19 Décembre, a par ailleurs suggéré de construire ensemble une centrale nucléaire. Son homologue lituanien a opposé une fin de non-recevoir, soulignant qu’il serait difficile de gérer une centrale en commun, compte tenu des différences de législation. (Rappelons que le Belarus envisage de se doter d'une centrale nucléaire de 2 000 MW composée de deux réacteurs. Le premier devrait être lancé en 2016 et le second en 2018. La construction serait effectuée par les spécialistes russes de Rosatom et financée par un crédit russe).
 
Par contre, le transit d’électricité d’Ukraine vers la Lituanie via le réseau du Belarus ne devrait pas poser de problème. « Dites juste quand et dans quelle direction » a précisé Lukashenka.

On soulignera que la Lituanie est intéressée par l’amélioration et l’intensification de ses relations avec le Bélarus. Le volume des échanges commerciaux a déjà augmenté de 30 % en 2009. Les 550 ans de vie commune au sein du Grand-duché de Lituanie ne sont certainement pas étrangers à ça. En outre, le fait que la Lituanie présidera l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) en 2011 l’engage à œuvrer pour que le Bélarus soit plus ouvert et mieux reconnu en Europe.  

Cet activisme lituanien ne plait peut-être pas à tous, alors que la campagne pour les élections présidentielles bélarusse du 19 Décembre 2010 a commencé, avec la collecte des signatures permettant à un candidat de se présenter (on reparlera ultérieurement de ces élections). Mais, lorsque le Belarus, un jour, s’éveillera, la Lituanie sera déjà sur place.  



mercredi 8 septembre 2010

Mort d’un journaliste au Bélarus



Je critique assez souvent les journalistes quand ils écrivent des bourdes d’une façon récurrente. On m’en fait d’ailleurs, aussi régulièrement, le reproche. Mais je suis prêt à reconnaitre haut et fort que ce métier est un métier à risque. Que l’on se souvienne des meurtres (entre autres) d’Anna  Politkovskaïa et de Natalia Estemirova en Russie ou des journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, otages en Afghanistan. La mort d’un journaliste au Belarus vient de nous apporter un nouvel exemple.
Le 3 Septembre à 17H30, le journaliste Aleh Byabenin (photos ci-dessous) était retrouvé pendu dans sa maison de campagne près de Minsk. Il avait 36 ans. Très vite, le procureur a annoncé que c’était vraisemblablement un suicide. Un peu trop vite même, sans doute, puisque c’était avant l’autopsie du corps. Et que les scellées n’ont été mises ni sur la voiture ni sur la maison du journaliste, pas plus que les empreintes digitales relevées. Très vite, son entourage a mis en doute cette hypothèse ; il rentrait de vacances en Grèce, n’avait de problème ni dans sa famille ni a son travail ; dans la journée du 2, il avait envoyé des SMS à ses amis pour organiser une soirée cinéma le soir le soir même; enfin, il n’a laissé aucun message expliquant son éventuel geste. 

Car Aleh Byabenin n’était pas un journaliste comme les autres au pays de M. Lukashenka. Il avait créé le site Charter97 (http://www.charter97.org/en/news/) qui demeure à ce jour, et ce depuis plusieurs années, le site incontournable de l’opposition au dit-Lukashenka, et il en était le responsable. De plus, il conseillait Andrei Sannikov, candidat du mouvement d’opposition “European Belarus”, aux prochaines élections présidentielles. Enfin, il enquêtait sur les mystérieuses disparitions d’opposants à Lukashenka. Aleh Byabenin était donc quelqu’un de très  gênant.  

Ce qui est nouveau, c’est que, compte tenu des relations actuellement exécrables entre la Russie et le Bélarus, c’est que les télévisions russes mettent en doute la version officielle du suicide, allant jusqu'à parler ouvertement d’assassinat politique. Et les Bélarusses sont cette fois informés de ce qui se passe réellement chez eux grâce aux télévisions russes, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes ! En outre, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, l’OSCE, le Président du Parlement européen ont demandé des explications. Il serait d’ailleurs temps que les grands leaders se décident à faire de même.
Cette mobilisation autour de sa mort suspecte ne ramènera pas Aleh Byabenin aux siens. Mais ça risque de faire vaciller le trône d’Alyaksandr Lukashenka. On rappellera au passage que l’on attend toujours que le « Parlement » bélarusse veuille bien fixer la date des élections présidentielles qui devraient avoir lieu, conformément à la Constitution, avant le 6 Février 2011.