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dimanche 8 avril 2012

1er Avril à Minsk


« Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche
Après la plaine blanche une autre plaine blanche {…}
Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus. »

Novembre 1812 à Minsk, comme le décrit Victor Hugo dans « Les châtiments » ? Non, 1er Avril 2012, tel que je l’ai vécu, toutes proportions gardées, le week-end dernier ! Et ce n’est même pas un poisson d’Avril !!

L’aventure avait commencé à la frontière, a priori seul étranger dans un bus de ligne rempli de Bélarusses, agissant à l’imitation à défaut de comprendre ce que disait le conducteur. Moment d’inquiétude quand la policière, derrière sa vitre, s’est trèèèèès longuement intéressée à mon passeport. Etait-elle intriguée par les 3 tampons Užupio Respublika ? Par les dizaines de tampons Sarajevo / Сараjево ? Ou mon nom était-il déjà dans les fichiers du KGB ? Si ce n’était pas déjà le cas, comme elle a scanné toutes les pages de mon passeport, maintenant c’est fait !

J’étais déjà venu à Minsk (pour les nuls : capitale du Bélarus) en Avril 2006. J’ai trouvé qu’il y avait cette fois moins de présence policière. Normal, en 2006, j’étais tombé (tout à fait par hasard, je le jure) sur la cérémonie d’intronisation du 3ème mandat d’Aliaksandr Loukachenka. Hormis ça, rien n’a changé et présente toujours le même côté « back to USSR » ! Statues de Lénine, rues Lénine, Marx, des soviets, du communisme, etc.…, magasin Goum (гум), tout « fleure bon » la période soviétique.
Statue de Lénine devant le siège du gouvernement

Anecdote au moment de prendre un taxi à la gare routière pour aller à mon hôtel : je me suis emmêlé dans les zéros de la conversion. Le chauffeur me demandait 50 000 roubles, que j’ai traduit par 50 Euros, ce que je trouvais prohibitif. En fait, c’était 5 € ……

Le centre ancien de Minsk est minuscule, la ville ayant été détruite à 90 % lors de la « libération » par les soviétiques en Juillet 1944. Le dimanche 1er Avril étant celui de la Fête des Rameaux catholique (les Rameaux orthodoxes ont lieu ce dimanche 8 Avril), je me serais cru à Vilnius tant était grande la similitude aux portes des églises, trop petites pour accueillir tout le monde. Autre curiosité : les McDonald’s étaient en permanence bondés, quelle que soit l’heure.  


A côté de la maison des Officiers, monument de la Grande Guerre Patriotique 
Eglise catholique St Siméon et Ste Hélène

En résumé, on semble vivre normalement à Minsk, dans une ambiance très années 80. Mais sans doute ne faut-il pas se fier aux apparences !  

NB : En ce dimanche de Pâques 8 Avril, si je me réfère aux contacts que j’ai eus, il a neigé toute la journée à Riga et au moins ce matin à Klaipėda. Mais, une année, j’ai vu neiger à Vilnius le 1er Mai, donc tout est nominal……




mercredi 18 mai 2011

Mes villes de l’Europe médiane (4) : Minsk

Armoiries de la ville de Minsk
Minsk, capitale du Bélarus, sur les bords du fleuve Svislotch (affluent de la Bérézina), n’est pas une ville où je me précipiterais pour y finir mes jours. Mais elle a un petit côté, disons …… exotique qui ne peut que ravir ceux qui aiment voyager hors des sentiers battus.

Je suis allé à Minsk une seule fois, en voiture, en Avril 2006. Il s’est trouvé que c’est tombé sur le week-end de la 3ème investiture de Lukashenka (cf. ci-dessous - c’était réellement un hasard) et ça a donné du piment au séjour. L’aventure a commencé dès la frontière, passée en 1H¾ : il parait que j’ai été rapide (quelques semaines plus tard, deux Britanniques de mon cours de lituanien à Vilnius ont mis 3 heures pour passer !). De beaux écrans plats d’ordinateurs dans les guérites, mais tout se passe sur papier, à la main et à grands coups de tampons. Et si, comme ce fut mon cas, vous n’avez pas l’assurance voiture ad hoc, on vous envoie l’acheter à la guérite 7, avant de pouvoir revenir à la guérite 1 pour avoir le tampon qui vous permettra d’aller faire la queue à la guérite 2 ……

Minsk en elle-même est décevante. En effet, bien que 1067 soit considérée comme la date de sa fondation, il n’y a quasiment pas de centre ancien. Et pourtant, la Principauté de Minsk fut incluse dans le Grand-duché de Lituanie en 1242 et le resta jusqu’en 1793, lors du deuxième partage de la Pologne – Lituanie, lorsqu’elle fut annexée par la Russie. Mais la ville, qui comptait 300 000 habitants (dont 100 000 Juifs) avant la seconde guerre mondiale, fut détruite à 90 % lors de sa « libération » par l’armée rouge en 1944. Elle fut alors entièrement reconstruite en « style » architectural stalinien, dont la fantaisie n’était pas la vertu première.
Le palais des sports (le même qu'à Vilnius) devant l'hôtel Belarus, ancien hôtel Intourist, où je logeais. 

Minsk comptait en 2007 1 814 000 habitants, sur environ 10 millions de Bélarusses.

La Place d'Octobre est le noyau de la ville et regroupe l'Hôtel de Ville, la cathédrale Sainte-Marie, mais surtout le Palais de la République (Дворец Республики - ci-dessous), surnommé "le sarcophage". C’est sur cette place qu’avait lieu la cérémonie d’investiture de Lukashenka quand j’y étais. Tout le centre était bien sûr bouclé et la cérémonie réservée aux happy few. Le parcours qui devait être emprunté à l’issue par le Président était balisé de policiers, en tenue ou en civil, au ratio d’un tous les 5 mètres. J’ai d’ailleurs été très impressionné lorsque la stretched Mercédès de Luka est passée dans le silence le plus absolu, alors qu’on aurait pu s’attendre qu’un Président, élu (prétendument) par plus de 80 % des votants, soit acclamé. La raison de ce silence nous fut donnée par un ami bélarusse de mon accompagnateur lituanien ; toute manifestation, même de joie, pouvant être mal interprétée par la police, les spectateurs cherchaient à avoir une attitude la plus transparente possible, afin d’éviter les 15 jours de prison qui sont le tarif de base de tout « hooliganisme » !

A noter que, comme je discutais en anglais avec mon compagnon de voyage lituanien, j’ai remarqué que le policier en civil à 4-5 mètres devant nous, commençait à s’intéresser à nous plus que de coutume. Pensez ! Deux possibles hooligans étrangers, donc terroristes potentiels, sur le parcours de bats'ka (petit père)…… Nous avons donc rapidement décidé de changer de trottoir pour éviter les 15 jours etc.

Par ailleurs, pour en revenir à l’exotisme, entrer dans un magasin est un retour 20 ans en arrière dans un univers très soviétique. Je crois même que celui que je suis allé voir s’appelait « Goum », comme à Moscou. J’ai réussi à y acheter un drapeau car les noms étaient écrit en russe (ФЛАГ) et non pas en bélarusse (сцяг) ; or ФЛАГ = flag = drapeau en allemand ! Elémentaire ……

En résumé, Minsk est une ville contrastée, propre et sûre (jusqu’au récent attentat dans le métro) avec, tout au moins en 2006, un côté « Back to USSR » très marqué. Mais, comme tout ce qui est hors de la monotonie, j’adore !



jeudi 14 avril 2011

Bélarus : retour sur l’explosion du métro de Minsk


Le 11 Avril, à 17H56 locale, une explosion a eu lieu dans la station de métro Kastrychnitskaya (Oktyabrskaya) du métro de Minsk, capitale du Bélarus. Suivant les déclarations officielles, l’explosion a fait à ce jour 12 morts et plus de 200 blessés, dont 22 seraient dans un état critique.

Avant de se poser quelque question que ce soit, nos pensées doivent tout d’abord aller aux victimes.

L’explosion a immédiatement été qualifiée d’attentat. Une charge de 5 à 7 kg de TNT, avec des clous et des billes, placée dans un sac abandonné sous un banc sur le quai, aurait été actionnée à distance. Il y a deux lignes de métro à Minsk et une seule station de correspondance, celle où a eu lieu l’explosion, à l’heure de pointe du soir. Très rapidement, le KGB (nom gardé par les services de renseignements bélarusses) affirmait que « l’auteur de l’attentat est un jeune homme, au faciès non-slave ».

Moins de deux jours plus tard, hier 13 Avril après-midi, le Président Alyaksandr Lukashenka lui-même annonçait à la télévision que deux suspects (correspondant aux portraits robots ci-dessus ?), un tourneur et un électricien, citoyens bélarusses originaires de province, étaient passés aux aveux le matin même. En prime, ils auraient avoué être les auteurs des attentats de la fête de l’Indépendance de Juillet 2008 à Minsk (50 blessés) et dans une discothèque de Vitebsk en Septembre 2005 (48 blessés). Selon certaines sources, il y aurait un troisième suspect. Dans son allocution, Lukashenka s’en est pris aux figures de l’opposition, qu’il a soupçonnées d‘être de mèche avec les commanditaires de l’attentat. Il a aussi accusé l’Europe de ne pas se soucier de la “tragédie”.

Trop beau pour être vrai ? A qui profite le crime ?

Certes, ce type d’attentat pourrait rappeler la méthode utilisée par les islamistes, y compris nord caucasiens. Mais on ne voit pas en quoi le Bélarus serait impliqué, n’étant même pas, en outre, présent sur les théâtres d’opération irakien ou afghan.

Les responsables seraient-ils à chercher dans l’opposition intérieure bélarusse alors, comme l’a déjà laissé entendre Lukashenka dans un réflexe pavlovien ? Mais, outre qu’elle est dans un piètre état, ses leaders étant en prison ou assignés à résidence, après les manifestations qui ont suivi le scrutin présidentiel contesté du 19 Décembre 2010, on ne voit pas quel serait son intérêt puisque, en tout état de cause, l’attentat va fournir au pouvoir un prétexte pour serrer la vis encore plus fort.

Le pouvoir lui-même ? Certes ce serait assez cynique, mais c’est une méthode déjà vraisemblablement employée dans la Russie voisine. A court terme, cet attentat a effectivement l’intérêt de détourner l’attention des problèmes économiques grandissants, sur fond de dévaluation du rouble bélarusse. Mais, outre que ça ne va pas remplir les étalages, ça a l’inconvénient d’entacher sérieusement l’image du dit-pouvoir, qui aime se vanter et présenter la Biélorussie comme un îlot de stabilité.

Toutefois, la blogosphère bélarusse est quasiment unanime pour estimer que le grand bénéficiaire de l’attentat sera Lukashenka, car il va certainement en profiter pour sévir un peu plus contre l’opposition (comme ce fut le cas après les précédentes explosions de 2005 et 2008. Il a d’ailleurs déjà ordonné de faire interroger ses opposants politiques) et pour justifier des mesures d’austérité. Ce peut être également l’occasion pour Lukashenka de réorganiser, sur fond de lutte d’influence, son entourage et notamment les structures de force. Il a en outre proclamé que cet attentat était « un cadeau de l’étranger », syndrome du pays attaqué de toutes parts bien connu en Russie, justifiant par avance des restrictions de liberté potentielles.

Saura-t-on jamais la vérité ?

jeudi 23 décembre 2010

Souvenirs de Minsk en 2006


Alors que je résidais à Vilnius (capitale de la Lituanie), je suis allé à Minsk (capitale du Bélarus), distante de 200 kilomètres, en Avril 2006. Mais, à 200 km de distance, c’est vraiment un autre monde. Il s’est trouvé que, par pur hasard, j’étais là lors de la précédente cérémonie d’investiture d’Alyaksandr Lukashenka, le 8 Avril 2006. C’était vraiment un hasard, non voulu, dans la mesure où la cérémonie avait été repoussée d’une semaine, alors que j’avais dû demander mon visa plusieurs semaines à l’avance.

Tout d’abord, y étant allé en voiture avec un ami lituanien, l’aventure a commencé à la frontière. Bien qu’ayant visas et assurances santé ad hoc, il s’est avéré qu’il fallait aussi une assurance spéciale pour la voiture. Mais surtout qu’il fallait remplir des fiches de renseignement uniquement en russe dont, heureusement, mon compagnon de voyage lituanien avait quelques notions. Bilan : 1H3/4 pour passer la frontière. Au retour, on m’a dit que j’avais fait vite !! De fait, deux jeunes Britanniques qui y sont allés plus tard m’ont dit avoir mis 3 heures.

Bien sûr, j’ai voulu aller voir la cérémonie d’investiture qui se passait sur la place d’Octobre. Ce projet fut bien vite abandonné, puisque tout le quartier était bouclé, que seuls des invités triés sur le volet étaient admis et que le petit peuple dont je faisais parti était tenu à distance respectueuse, là où l’on ne voyait rien mais d’où l’on entendait quelque musique martiale.

Il est apparu en fait que nous nous trouvions sur le chemin que devait emprunter la voiture de Lukashenka après la cérémonie. Un indice ne trompait pas : il y avait un policier en uniforme ou plus généralement en civil tous les 5 mètres. Comme nous discutions en anglais avec mon Lituanien, j’ai noté que le policier en civil qui était à quelques mètres devant nous commençait à s’intéresser à nous plus que nécessaire, pensant certainement à quelques agents de l’impérialisme occidental animés de mauvaises intentions ! Peu intéressés pour visiter les geôles bélarusses, nous avons donc changé de trottoir.

Puis Lukashenka est passé. Ou plutôt, la longue stretched Mercedes aux vitres fumées, dans laquelle on suppose que devait être Lukashenka, est passée. Ce qui m’a frappé, c’est qu’elle est passée dans un « silence assourdissant ». On pouvait imaginer qu’un Président, élu avec 82 % des voix (eh oui, 2 % de mieux que cette année !), déclencherait l’enthousiasme sur son passage. En fait, outre que le scrutin avait déjà soulevé de fortes suspicions de magouillage, l’explication nous a été donnée par un jeune Bélarusse ami de mon Lituanien. Au Bélarus, toute manifestation, fut-elle de joie, peut être « mal interprétée » par les forces de sécurité. Et tout manifestant se retrouver ainsi en prison pour une durée de base de 15 jours.

Un indice a révélé le degré réduit d’initiative de la police de Minsk. Alors que les barrières avaient été ouvertes du côté où nous nous trouvions, nous avons eu le temps, depuis le rue Lénine, de traverser la place d’Octobre et de longer le palais de la République pour arriver dans le dos d’autres policiers …… qui empêchaient toujours les passants d’aller dans l’autre sens.

Pour l’anecdote, nous sommes allés le soir dans un restaurant …… cubain. Comme quelques convives étaient quelque peu bruyants à l’extérieur, on a vu débarquer la babouchka chef d’ilot, armée de son walky-talky, venant remettre de l’ordre. On se souviendra au passage qu’au Bélarus le KGB s’appelle toujours KGB !

En clair, Minsk est une ville propre et sûre. Les armadas de petites mains nettoyeuses et d’agents de sécurité de diverses obédiences, outre qu’ils participent à la réduction du chômage, ne sont pas étrangères à cet état de fait. Mais, même avec la meilleure objectivité du monde, on ressent très nettement la pesanteur policière.